TEST PC dématérialisé (Dans le Cloud, quoi) : Shadow, le pouvoir de l’ombre

Il est de ces choses que l’on attend depuis des mois, fantasmant sur le résultat, rêvant des choses fantastiques que l’on pourra faire en sa douce compagnie. Shadow est de ces choses. Steve Jobs aurait sans doute dit « C’est une révolution », plus modestement je dirais « C’est le futur qui sort de l’ombre », mais on reste dans la même veine.

Là, vous devez être titillé et vous dire « Mais bon sang de bonsoir, Shadow c’est quoi ? » et moi dans un sourire de vous répondre « Mais un PC dématérialisé mon cher ami ! ». Un PC sans PC… ou presque.

Blade et son couteau suisse. Arf, non, français

Blade est la société qui se cache dans l’ombre, une startup française qui travaille un peu comme le font les nouvelles entreprises (Google en tête) que comme la société de papa. Elle innove, stimule, fait participer ses employés, offre des activités ludiques, bref elle est dans son temps, voire en avance. Il n’est donc pas anormal que du « Cloud Computing » sorte du brainstorming continu de  ses membres.

Ainsi est né Shadow, via une campagne participative (très à la mode pour tout aujourd’hui), dont les premiers souscripteurs ayant cru au projet se sont vu livrer durant l’été. Livrés… mais livrés de quoi vu que l’on parle d’un PC dématérialisé ? D’une box, petite, sobre, design, qui permet à son propriétaire de la brancher sur un écran, d’y adjoindre une souris et un clavier et de profiter de son PC dans le nuage une fois connecté à Internet.

Car la box n’est qu’une plateforme (un peu comme votre box Proximus, VOO, Orange, Bouygues,…) sur laquelle on va permettre de rebondir vers votre PC situé dans des serveurs en racks, ailleurs dans le monde (France et USA dans les premiers mois). Quand vous faites appel à votre machine, elle se lance dans les serveurs distants pour vous fournir une image de celle-ci (de votre bureau windows au départ) via Internet et la box, pour finir sur votre écran.

Un PC dans le Cloud, un truc de geek !

Ce n’est pas faux, mais pas que. Car la question qui se pose, c’est « A part la frime, quel intérêt d’avoir un PC dans le nuage plutôt que chez moi, en vrai ? ». La réponse est facile : « Le rapport puissance / prix ». Pour bien l’expliquer, penchons-nous sur la configuration de votre machine.

Depuis le 29 novembre 2017, les caractéristiques de la machine disponible sont les suivantes :

  • Windows 10 home famille (64 bits)
  • Connexion de 1Gb/s côté serveur (Bridé temporairement en 1GB/s en téléchargement (download) et 100mbps de téléversement (upload)).
  • Intel Xeon avec 8 cœurs dédiés
  • Carte haut de gamme dédié par utilisateur de chez NVIDIA Quadro P5000 équivalant à une GTX 1080 mais plus adapté pour l’usage depuis un serveur.
  • 12 Go de mémoire vive
  • 256 Go de stockage (extensible à l’avenir).

Si pour vous c’est du chinois à la Bill Gates, sachez que cela correspond à un PC fixe de la maison de 1.600 €. A ceci près que je doute que votre connexion Internet ait ce débit !

Ce PC est mis à votre disposition pour 30 € / mois (29,95 € pour être précis) + 120 € pour la box (achat unique). Petit calcul, cela représente 360 € / an et en 4 ans vous aurez déboursé 1560 €. On est donc dans les prix d’une machine que vous changez tous les 4 ans, pas de quoi sauter de joie. Sauf que…

La différence, et elle est de taille, c’est dans l’upgrade de votre machine. Là où, après deux ans, vous constatez que votre machine commence à peiner, qu’après 4 ans c’est un soulagement d’enfin changer de PC, il n’en sera rien avec votre Shadow. Car dans votre abonnement, vous disposez de remplacements des composants dépassés par la nouvelle génération, vous assurant toujours un PC qui tourne comme lors de sa première année, quand il était au top du moment.

Une config de Gamer

Il ne faut pas se voiler la face, la cible privilégiée du Shadow, ce sont les gros joueurs, ceux qui veulent un PC au top pour faire tourner des jeux de tirs à la première personne sans risque de mourir suite à un lag violent. Comme vous disposez d’un débit immense, des matériaux de qualité, les jeux peuvent tourner avec l’affichage ultime (en « Ultra »). Il ne faut pas oublier que ce que vous voyez ce n’est que l’image de votre PC qui est transmise par votre petit taux de téléchargement, donc un poids léger permettant toutes les folies.

Mais si les cibles premières sont les gamers, Shadow offre des perspectives réjouissantes pour les amateurs de montage photos ou vidéos. Ils savent à quel point ces softs sont gourmands en ressource et combien ils ont déjà peiné lors d’une compression qui avait l’air infinie. Les ressources sont ici encore bien utilisées.

Les afficionados du grain de qualité peuvent aussi rêver d’une image enfin en rapport avec leur TV dernière génération sur laquelle afficher leur série Netflix, Youtube ou leur streaming en 1080P à 144FPS, voire plus selon leur connexion locale.

Enfin l’usage bureautique est bien sûr possible, bien que les capacités de la machine soit surdimensionnées dans pareil cas. Mais qui n’a jamais acheté un PC de pointe pour faire de la simple bureautique ? On veut tous le meilleur, pourtant on n’en utilise souvent qu’un faible pourcentage.

L’aventure intérieure

Vous comprenez bien qu’avec pareilles possibilités, moi avec mon PC portable de 4 ans, je me mette à baver. D’autant que lors de l’ouverture des places à ceux qui n’avaient pas souscrit à la première heure, Blade annonce, avec quelques vidéos bien senties, que l’accès à Shadow peut se faire via un simple ordinateur, même sans carte graphique, ou avec son téléphone mobile. Je range donc proprement ma langue dans ma bouche, me tourne vers mon adorable épouse et passe en mode « yeux ronds de chat suppliant » façon manga pour l’amadouer. Comme je suis un homme chanceux, la petite maman noël me gratifie d’un bon pour un test d’un mois de Shadow. Paix aux Hommes de bonne volonté !

Le soir même de Noël, je me connecte, prends l’abonnement d’un mois sans obligation (45 €), sans la box. Puis j’attends… Une semaine est annoncé comme temps possible pour mettre mon PC Shadow à disposition, aussi je profite tranquillement des fêtes en famille.

Le vendredi, soit 4 jours plus tard, je reçois mes données secrètes et je me rue sur le PC pour installer l’application permettant la connexion puis lance cette dernière. Je découvre les options de connexion, avec plus ou moins de débit et laisse l’application s’adapter à ma réalité. Arrivé sur Windows, comme pour un nouvel ordinateur, je rentre les quelques infos sur mes comptes mails and co.

Là, l’excitation retombe plus vite qu’un soufflet. La souris ne suit pas mes mouvements (plus d’une seconde de latence), l’image et plus pixelisée qu’un Minecraft, bref inutilisable. Je coupe tout et vais me coucher pour pleurer dans mon coussin (oui, je suis sensible).

Le lendemain, les yeux bouffis, je tente une deuxième connexion pour remuer the blade dans la plaie. Là, miracle, plus de bug d’affichage, une souris qui répond aux mouvements.Bref, j’entame enfin une vraie expérience de Cloud computing. Je m’attelle aux installations de jeux de base, soit Fornite et Hearthstone.

Je sais d’expérience que les premières installations sont longues avec de multiples mises à jour. Enfin… longues chez moi, avec ma machine et mon débit, car ici, tout était fait dans la minute. Le sourire revenait avec la puissance promise. Je cherche un petit tuto pour connecter ma manette PS4 sur mon portable afin de copier vidéos promotionnelles vues en ligne. Je découvre DS4Windows et réalise ma première partie en pvp (joueur contre joueur) sur Fornite.

Tout fonctionne presque parfaitement (juste quelques des bugs d’affichage appelés artefacts dans le milieu) et je fais une pause famille, pressé d’y revenir.

Des illusions et des bugs

A mon retour, et plusieurs fois par la suite, je fût confronté à la première réalité Shadow : « Quand tu te connectes à la même heure que tout le monde, le service diminue ». De nouveau, des problèmes d’affichages, un lag de la souris, mais aussi des déconnexions subites, des processus à tuer, des contacts avec le helpdesk.

Je varie donc mes connexions pour avoir une alternance de bon feeling et de mauvais. J’essaie des choses que mon PC ne me permettait pas, comme l’enregistrement direct d’une de mes parties avec diffusion sur Facebook. Là où je n’avais que des saccades, j’ai une image superbe, mais … sans son. Pourquoi ? Helpdesk !

Il faut avouer que le Helpdesk Shadow est bien foutu, réaliste, réactif, avec des noms de geek (Green Lantern, Hulk,…). C’est bien, mais on aimerait y avoir accès moins souvent. Ils me permettent cependant de comprendre leur réalité. Le Shadow est loin, loin de ma machine de base, et pour que ce que j’y connecte soit reconnu, il faut passer par des ports USB et qu’ils aient déjà validé le périphérique en interne. Ma caméra et mon micro intégré n’étant pas connecté en USB, schnoll, pas de lien possible avec Shadow. Je devrais utiliser une caméra et un micro externe, et encore, pas une version chinoise, mais quelque chose de connu/reconnu/vendu en France. Je comprends ce type de contrainte, ainsi que la complexité de leur produit, bien qu’elle ne me sied guère.

Comme je n’ai pas encore testé la connexion à Shadow via mon téléphone mobile, j’y installe l’application et lance la connexion. C’est petit petit petit petit ! Je fais un tour sur la FAQ et on explique comment augmenter la taille, mais… cela ne fonctionne pas. Persévérant, je poursuis en m’abimant les yeux. Une fois sur mon Shadow, la simulation du clavier s’affiche, mais il ne reconnaît pas le clic sur les touches. Bref illisible, inutilisable. L’Helpdesk (mes nouveaux amis tellement je les contacte en peu de temps) expliquent que je n’ai pas un téléphone conventionnel, entendez par là « vendu en France dans les grandes surfaces ». Ma faute ! J’ai opté pour un téléphone plus puissant vendu en Chine via Gearbest, 4 fois moins cher qu’en France. Il faudra attendre « un peu » pour qu’il soit reconnu dans la multitude de ceux existant mais peu usité par les Français. RIP pour moi le test Mobile.

A contre-courant

Quand je lis les retours des utilisateurs Shadow, je me dis que, soit je n’ai pas de chance, soit ma machine connectée en Wifi ne convient pas, soit mon débit est trop faible, soit je suis trop loin des serveurs. Je n’ai pas vraiment de réponse à cela, si ce n’est la confirmation de l’Helpdesk que plusieurs clients rencontrent les mêmes désagréments. Je fournis d’ailleurs mon débit de connexion (qui est loin d’être mauvais) et attends une analyse… que je n’aurai jamais.

La fin de mon mois d’essai ne donnera pas de meilleurs résultats, j’en sors donc forcément déçu, tant mon attente était élevée.

Ce qui me réconforte, ou plutôt ce qui me donne moins l’impression d’être le mouton noir, c’est les quelques autres retours d’utilisateurs qui eux aussi ont connu des déconvenues. L’impossibilité de reconnaître un deuxième écran, la non-connexion à un NAS local, le streaming direct pixelisé, le trop faible espace disque. Je vous passe les craintes de piratage, les problèmes d’antivirus, le fait de croire qu’on avait un Cheat dans les jeux, la déconnexion de la box quand on est inactif,…

Cependant, tous reconnaissent que les développeurs travaillent d’arrache-pied pour résoudre ces problèmes au fur et à mesure de leur apparition. C’est sans doute l’espoir qu’il nous faut.

Lâcher la proie pour l’ombre

Faut-il passer à Shadow et abandonner son PC ? Aujourd’hui je serai mitigé. Si vous êtes dans le cas d’un PC en fin de vie, faites le test Shadow. Comme moi, optez pour un mois sans obligation pour définir si cela est adapté à votre réalité, à votre manière de travailler/jouer et votre réseau/wifi/4G. Peut-être serez-vous comme ces centaines d’utilisateurs qui ne jurent que par lui, peut-être moins.

Entre mon test, l’écriture de ces lignes et votre lecture, certains bugs seront  peut-être résolus, rendant l’expérience plus plaisante. L’espace disque plus important est déjà à l’étude, moyennant, j’imagine, une modification de l’abonnement.

Je reste personnellement convaincu que le Cloud Computing sera notre réalité future et Shadow aura été un précurseur dans le domaine. Je ne peux qu’espérer qu’ils seront un acteur majeur du marché et pas seulement des défricheurs, accumulant les mauvaises expériences pour que d’autres en tirent les fruits.

Je crois en eux, ce n’est donc qu’un « au revoir » !

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Shadow
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