Pourquoi est-on tous devenus les locataires numériques des USA
Il y a quelque chose de profondément ironique dans le fait que cet article critiquant notre dépendance américaine sera probablement hébergé sur AWS, lu via Chrome, partagé sur LinkedIn, et sauvegardé dans Google Drive. Mais bon, au moins on a la RGPD, non ?
Le jour où l’Europe a dit “non merci” au cloud
Remontons en 2006. Pendant qu’Amazon Web Services lançait discrètement EC2 et que personne ne comprenait vraiment ce qu’était un “serveur élastique” (spoiler : c’est pas un serveur en Lycra), l’Europe débattait passionnément de… la directive sur les services. Fascinant.
À ce moment précis de l’histoire, nous aurions pu nous dire : “Tiens, et si on créait notre propre infrastructure cloud ?” Au lieu de ça, on a préféré organiser 47 commissions, 12 sommets européens, et rédiger un rapport de 300 pages concluant qu’il faudrait peut-être, éventuellement, envisager de réfléchir à la question.
Pendant ce temps, un type en sandales chaussettes à Seattle disait juste : “OK Google, lance le cloud”. Enfin non, pas Google. Vous voyez l’idée.
La géopolitique expliquée à ma grand-mère qui pense que le cloud c’est la météo
“Mamie, imagine que toutes tes photos de famille soient stockées chez les voisins américains.”
“Mais pourquoi je ferais ça ? J’ai un album !”
“Exactement mamie. EXACTEMENT.”
Le truc, c’est qu’on a vendu notre souveraineté numérique pour 0,023$ par Go et mois. C’est à peu près le prix d’un Tic Tac. On a bradé notre indépendance technologique pour le prix d’un bonbon à la menthe.
Le triangle des Bermudes du cloud européen
Oh, on a essayé ! Souvenez-vous de ces initiatives glorieuses :
- Quaero (2008) : Le “Google européen” qui devait révolutionner la recherche. Budget : 250 millions d’euros. Résultat : Vous en avez déjà entendu parler ? Non. Moi non plus.
- Gaia-X (2020) : Le projet qui allait enfin libérer l’Europe ! Après 4 ans, on a surtout produit des PowerPoints magnifiques et une documentation de gouvernance de 847 pages. Amazon et Microsoft ont gentiment rejoint le projet. Vous savez, pour aider.
- OVHcloud : Ah, enfin un vrai acteur européen ! Basé à Roubaix, fier, indépendant… Dont un datacenter a cramé en 2021. Pas de bol. Au moins, c’était nos données qui brûlaient sur notre sol.
Les vraies raisons de notre échec (entre nous)
1. On est trop occupés à se disputer
Pendant que les Américains disaient “Let’s go !”, nous on se demandait : “Mais qui paie ? Les Allemands ? Les Français ? Et si on faisait participer les Luxembourgeois ?” Trois ans plus tard, après 47 réunions à Bruxelles : “Ah mince, AWS a racheté le marché.”
2. On confond réglementation et innovation
Nous : “Il faut d’abord créer un cadre réglementaire solide !” Eux : Construisent 50 datacenters Nous : “Article 3, paragraphe 2, sous-section b…” Eux : Lancent le machine learning Nous : “Attendez, on n’a pas validé le comité !” Eux : Inventent ChatGPT
3. Le syndrome du “Not Invented Here” inversé
Paradoxalement, en Europe on souffre du syndrome INVERSE. Si c’est américain, c’est forcément mieux ! Un service cloud européen ? “Mouais, c’est pas aussi bien qu’AWS quand même…” Un service américain ? “OMG, prenez mon IBAN !”
Petit guide de survie en territoire cloud américain
Ce qu’on gagne :
- Des services qui marchent vraiment bien
- Des prix compétitifs (au début)
- L’innovation à vitesse grand V
- La possibilité de dire “C’est dans le cloud” en réunion
Ce qu’on perd :
- Nos données (enfin, on les prête gentiment)
- Notre souveraineté numérique
- La capacité de négocier les tarifs (essayez de marchander avec Bezos)
- Notre dignité quand le Cloud Act nous rappelle que nos serveurs “français” sont surtout… américains
Et maintenant ?
On pourrait se lamenter, pleurer sur notre sort, écrire encore 300 rapports. Ou on pourrait… non en fait c’est ce qu’on va faire. Écrire des rapports, c’est notre truc.
L’ironie ultime ? Gaia-X, notre grand projet de cloud souverain européen, a son site web hébergé… attendez… chez un fournisseur américain. Ah non pardon, ils ont changé. Mais quand même, c’était cocasse.
En conclusion
Dire qu’on dépend totalement des USA pour le cloud serait exagéré. On dépend aussi un peu de la Chine pour le hardware, de Taïwan pour les puces, et de la bonne volonté des câbles sous-marins. Mais pour le cloud, oui, c’est essentiellement les States.
La bonne nouvelle ? Au moins, quand la NSA lit nos emails, elle le fait sur une infrastructure vraiment performante. C’est déjà ça.
Article rédigé sur Google Docs, relu sur Grammarly, publié via WordPress hébergé sur AWS, et automatiquement sauvegardé sur OneDrive. L’ironie, elle, reste 100% européenne.
P.S. : Si après avoir lu cet article vous décidez de migrer vers un cloud européen, bravo ! Vous avez le choix entre… euh… OVH, Scaleway, et… attendez, je cherche… donnez-moi une seconde…

