Vous avez téléchargé The Odyssey ? Ce fichier pourrait vider votre PC
Il fallait bien que cela arrive : le nouveau film de Christopher Nolan, consacré à l’un des récits les plus célèbres de la mythologie grecque, vient à peine de faire son apparition que certains internautes ont déjà trouvé le moyen de vivre leur propre Odyssée, sauf qu’au lieu de passer des années à naviguer entre monstres, dieux et îles mystérieuses, ils risquent surtout de passer quelques heures particulièrement désagréables à essayer de récupérer leurs comptes après avoir installé un malware.
Le choix du film comme appât est d’ailleurs d’une ironie absolument délicieuse : dans l’histoire originale, le cheval de Troie permet aux Grecs de s’introduire dans une ville pourtant protégée ; aujourd’hui, des cybercriminels utilisent un faux exemplaire de l’histoire d’Ulysse pour faire entrer leur propre cheval de Troie directement dans votre PC. Même Hollywood aurait peut-être trouvé le scénario un peu trop évident.
Le cheval de Troie est finalement bien là
Le procédé utilisé n’a pourtant rien de révolutionnaire, puisqu’il repose essentiellement sur une technique vieille comme Internet : profiter de l’impatience des internautes pour leur faire télécharger quelque chose qu’ils pensent être un film. Vous cherchez une copie de The Odyssey, vous trouvez une page qui ressemble vaguement à un site de torrents respectable, vous repérez une version 1080p ou 4K avec un nom qui semble suffisamment crédible pour inspirer confiance et, après avoir constaté qu’elle est partagée par plusieurs centaines de personnes, vous vous dites probablement que vous avez trouvé la perle rare.
C’est précisément à ce moment-là que les cybercriminels commencent à gagner leur journée.
Un fichier identifié dans cette campagne portait par exemple un nom particulièrement convaincant, The Odyssey 2026 1080p WEBRip-LAMA.exe, et était présenté comme une copie du film alors qu’il s’agissait en réalité d’un exécutable Windows malveillant. Pour rendre le piège encore plus crédible, le fichier utilisait l’icône bien connue de VLC, ce petit cône orange que des millions d’utilisateurs associent immédiatement à la lecture d’une vidéo.
Parce qu’évidemment, un fichier qui ressemble à VLC doit forcément être sympathique. C’est probablement inscrit quelque part dans la mythologie grecque.
Un .exe n’est pas un film, même avec beaucoup d’imagination
Il existe pourtant une manière extraordinairement simple de détecter ce genre d’arnaque : regarder l’extension du fichier.
Un fichier .mp4, .mkv ou .avi peut être lu par un lecteur multimédia, alors qu’un .exe est un programme Windows qui va être exécuté sur votre ordinateur. La différence est donc assez fondamentale : lorsque vous ouvrez une vidéo, vous demandez à votre lecteur multimédia de lire un contenu ; lorsque vous lancez un .exe, vous demandez à Windows d’exécuter un programme qui peut effectuer des opérations sur votre machine.
Si ce programme contient un malware, vous venez donc de lui donner exactement ce qu’il attendait.
Le piège est d’autant plus efficace que Windows masque par défaut certaines extensions de fichiers, ce qui peut rendre plus difficile la détection d’un exécutable déguisé en document ou en fichier multimédia. Ajoutez à cela un nom parfaitement crédible et l’icône d’un logiciel connu, et vous obtenez un fichier qui peut sembler totalement innocent à quelqu’un qui ne prend pas le temps de vérifier ce qu’il est réellement.
C’est finalement un peu comme si quelqu’un vous présentait une boîte portant l’étiquette “chocolat” alors qu’elle contient un serpent, mais avec une jolie photo de chocolat dessus pour vous rassurer.
Même VLC est embarqué malgré lui
L’utilisation de l’icône VLC est particulièrement efficace parce qu’elle exploite un réflexe très courant : voir le petit cône orange signifie généralement “vidéo”.
Les cybercriminels n’ont évidemment rien à voir avec l’équipe qui développe VLC et utilisent simplement l’apparence du logiciel pour donner au fichier une allure plus rassurante.
C’est une vieille technique d’ingénierie sociale qui fonctionne toujours aussi bien : si vous ne pouvez pas rendre un fichier sûr, rendez-le simplement familier.
Le fichier malveillant peut ainsi apparaître dans le dossier Téléchargements avec un nom ressemblant parfaitement à celui d’une release vidéo et une icône qui semble indiquer qu’il s’agit d’un fichier multimédia parfaitement normal.
Et pendant ce temps, le véritable VLC, innocent dans cette histoire, regarde probablement tout cela avec son petit cône orange en se demandant pourquoi on lui met encore quelque chose sur le dos.
” Votre navigateur doit être réparé “
Les cybercriminels ne se sont toutefois pas arrêtés au simple faux fichier vidéo, puisqu’une autre méthode consiste à reproduire l’apparence d’un site de téléchargement avant d’afficher une fausse alerte expliquant que votre navigateur aurait besoin d’un composant supplémentaire pour pouvoir lire le film.
Une magnifique fenêtre apparaît alors, accompagnée d’un bouton du genre « Fix It Now », parce qu’une alerte informatique qui vous demande gentiment de cliquer sur un gros bouton rouge est évidemment beaucoup plus rassurante.
Évidemment, votre navigateur n’a probablement aucun problème et aucun mystérieux composant ne manque. Le problème, c’est le site.
Cette fausse alerte peut vous rediriger vers des publicités malveillantes, de fausses extensions ou d’autres téléchargements destinés à installer des logiciels indésirables ou malveillants.
Le plus amusant dans cette technique est que la victime fait finalement tout le travail elle-même : elle clique, elle télécharge, elle installe et parfois elle autorise même le programme à effectuer des modifications.
Le cybercriminel peut donc tranquillement attendre que son logiciel fasse le reste.
Des centaines de seeders ne rendent pas un malware sympathique
Autre piège particulièrement efficace : le nombre de personnes qui partagent le fichier.Un torrent affichant plusieurs centaines de seeders et de leechers peut évidemment donner une impression de sérieux, surtout lorsque l’on cherche une copie récente d’un film très attendu. On peut facilement se dire que si autant de personnes partagent le fichier, c’est qu’il doit fonctionner et qu’il a probablement été vérifié. Malheureusement, les seeders ne constituent pas un label de sécurité informatique.
Ils indiquent simplement que des utilisateurs partagent le fichier, sans garantir que son contenu est sain ou même que ceux qui le partagent savent réellement ce qu’il contient.
Vous pouvez donc avoir plusieurs centaines de personnes qui diffusent un fichier malveillant sans qu’aucune d’entre elles n’ait pris la peine de vérifier ce qui se trouve réellement à l’intérieur. C’est un peu le principe d’une chaîne de confiance où personne n’a vérifié le premier maillon.
Le cadeau caché : vos mots de passe
Le véritable problème commence lorsque le programme malveillant s’exécute, car certains échantillons associés à cette campagne peuvent installer des logiciels capables de récupérer des informations sensibles présentes sur l’ordinateur.
Parmi les données recherchées figurent notamment les mots de passe enregistrés dans les navigateurs, les cookies de session, les informations de paiement, les données de remplissage automatique ou encore certaines informations liées aux portefeuilles de cryptomonnaies.
Vous pensiez donc avoir trouvé gratuitement un film qui a coûté des centaines de millions de dollars à produire, et vous pourriez finalement offrir gratuitement à quelqu’un vos identifiants, vos sessions Web et vos données personnelles.
C’est probablement la seule séance de cinéma où le prix du billet peut augmenter après le générique.
Pas besoin d’être un génie du piratage
Ce qui rend cette campagne particulièrement intéressante est qu’elle ne repose pas nécessairement sur une faille informatique spectaculaire ou une vulnérabilité inconnue capable de prendre le contrôle de votre ordinateur à distance.
Les attaquants exploitent surtout quelque chose de beaucoup plus puissant : l’impatience humaine.
Vous voulez voir le film. Vous le voulez maintenant. Vous avez trouvé un fichier qui porte exactement son nom. Et quelqu’un vous explique qu’il suffit de cliquer sur “Télécharger”. Voilà.
Le système de sécurité le plus compliqué du monde vient de rencontrer son adversaire naturel : un utilisateur qui veut regarder un film gratuitement.
Comment éviter de devenir le prochain Ulysse
La règle la plus simple est aussi la plus efficace : si vous téléchargez une vidéo et que le fichier obtenu se termine par .exe, ne l’exécutez pas.
Même si son nom ressemble parfaitement à celui du film, même s’il affiche l’icône de VLC et même s’il est partagé par des centaines de personnes, un .exe reste un programme Windows et non une vidéo.
De la même manière, si un site vous explique que Chrome, Edge ou Firefox nécessite une mystérieuse mise à jour ou une extension spéciale pour pouvoir regarder votre film, fermez simplement la page au lieu de cliquer sur le bouton qui vous promet de “réparer” quelque chose qui n’était probablement pas cassé.
Vous pouvez également afficher les extensions complètes des fichiers dans l’Explorateur Windows, ce qui permet de voir immédiatement si ce qui est présenté comme une vidéo est en réalité un exécutable.
Ce n’est évidemment pas une protection absolue contre les logiciels malveillants, mais c’est une excellente manière d’éviter le piège le plus élémentaire.
Ulysse avait son cheval, vous avez un fichier .exe
L’histoire est finalement tellement parfaite qu’elle pourrait presque avoir été écrite par Christopher Nolan lui-même : un film consacré à Ulysse, un cheval de Troie, une ruse destinée à faire entrer quelque chose de dangereux derrière une protection et, quelques milliers d’années plus tard, des internautes qui ouvrent volontairement la porte de leur ordinateur à des inconnus parce qu’ils veulent regarder un film gratuitement.
Ulysse avait au moins une excuse : il n’avait pas Windows Defender, pas de navigateur sécurisé et certainement pas de bouton ” Afficher les extensions de fichiers”.
Vous, en revanche, vous avez tout cela et vous avez surtout une possibilité beaucoup plus simple : ne pas cliquer.
Parce que si une copie de The Odyssey vous promet du 4K HDR, une qualité exceptionnelle, des centaines de seeders et un téléchargement instantané, mais qu’elle vous demande en plus d’exécuter un .exe, d’installer une extension inconnue ou de ” réparer ” votre navigateur, ce n’est probablement pas Ulysse qui vient vous rendre visite.
C’est probablement quelqu’un qui aimerait beaucoup repartir avec vos mots de passe. Et contrairement au héros grec, il n’aura probablement même pas besoin de vingt ans pour arriver à destination.
Crédit photo : The Odyssey Movie
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Ajouté le 15/08/2026
