Humeurs

Donald Trump est-il mégalomane en publiant cette nouvelle carte des États-Unis ?

Donald Trump vient peut-être de découvrir une nouvelle façon de faire de la géopolitique : prendre une carte, sortir un drapeau américain géant, recouvrir tout ce qui dépasse et attendre de voir qui appelle son ambassadeur.

Lundi 7 septembre, le président américain a publié sur Truth Social une carte pour le moins ambitieuse. On y retrouve les États-Unis, mais également le Canada, le Groenland, l’Islande, le Mexique, l’Amérique centrale et une bonne partie des Caraïbes recouverts par les étoiles et les rayures du drapeau américain. L’ensemble est présenté comme les « United States of America », sans aucune explication. Même les cartographes ont probablement demandé une pause-café.

Quand Google Maps rencontre l’Empire américain

Le plus fascinant dans cette publication est son absence totale d’explication. Trump ne précise pas s’il s’agit d’une plaisanterie, d’un projet politique, d’une carte générée par IA ou simplement d’un exercice réalisé un lundi matin avec beaucoup trop de café.

Mais visuellement, le message est difficile à rater : le Canada disparaît, le Mexique aussi, le Groenland devient américain, l’Islande semble avoir déménagé de l’autre côté de l’Atlantique et les Caraïbes sont gentiment priées de changer de drapeau.

On attend presque une mise à jour de Google Maps annonçant que votre hôtel en Martinique se trouve désormais dans le « Trump District 47 ».

Et les Français dans tout ça ?

La carte ne s’est pas contentée de redessiner l’Amérique du Nord. Elle englobe également des territoires français des Caraïbes ainsi que Saint-Pierre-et-Miquelon.

Voilà donc la France tranquillement installée dans cette nouvelle version cartographique des États-Unis.

Le gouvernement français n’a évidemment pas organisé une conférence de presse pour annoncer que la Guadeloupe venait de devenir le 51e État américain, ce qui est probablement préférable pour tout le monde.

Il faut toutefois rappeler un détail assez important : une publication sur Truth Social ne modifie pas les frontières internationales. Même avec beaucoup de majuscules, un drapeau américain et Donald Trump derrière le clavier, le droit international continue malheureusement d’exister.

L’Islande, elle, n’a pas trouvé ça drôle

L’Islande a été nettement moins amusée. Le gouvernement islandais a convoqué l’ambassadeur américain Billy Long afin de lui faire part de son opposition. Le ministère des Affaires étrangères a qualifié la publication de totalement inappropriée.

Et on peut difficilement leur reprocher cette réaction.

Imaginez découvrir sur Internet que votre pays vient soudainement d’être intégré aux États-Unis sans consultation, référendum, traité ou même petit coup de téléphone. « Bonjour Reykjavík, vous êtes américains maintenant. Bonne journée. »

Une obsession qui commence à dessiner une carte

Cette publication ne tombe évidemment pas du ciel.

Trump a déjà affirmé à plusieurs reprises que les États-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland. Il a également multiplié les initiatives symboliques autour des noms géographiques, jusqu’à promouvoir récemment l’idée de rebaptiser le Nouveau-Mexique « New America ».

Il faut reconnaître une certaine cohérence : si le nom des endroits ne lui plaît pas, il le change. Si le territoire ne lui plaît pas, il l’ajoute sur la carte.

À ce rythme, il ne manque bientôt plus qu’une nouvelle capitale appelée « Trump City ».

Le problème avec les cartes quand on est président

Une carte publiée par un internaute lambda peut être ridicule, satirique ou complètement délirante sans provoquer grand-chose.

Lorsque cet internaute est le président des États-Unis, la situation devient légèrement différente.

Les dirigeants étrangers doivent alors se demander si l’image est une plaisanterie, un message politique, une provocation ou une nouvelle manifestation de la politique étrangère américaine.

L’Islande a donc officiellement réagi, tandis que le Danemark et le Groenland restent particulièrement attentifs aux déclarations américaines concernant l’Arctique.

Ce qui était probablement une image publiée sur un réseau social devient ainsi un petit problème diplomatique international.

Mégalomanie ou simple trolling présidentiel ?

Le mot « mégalomanie » est tentant, surtout lorsqu’un président publie une carte dans laquelle son pays englobe plusieurs nations souveraines sans fournir la moindre explication.

Mais il serait imprudent d’affirmer que cette publication constitue à elle seule la preuve d’un trouble ou d’une pathologie.

On peut en revanche parler d’une communication politique particulièrement théâtrale.

Trump maîtrise parfaitement le pouvoir des images et sait qu’une carte pareille provoquera immédiatement des réactions. Elle attire l’attention, alimente les discussions sur son projet territorial et permet de remettre au centre du débat ses ambitions concernant le Groenland et la place des États-Unis dans l’hémisphère occidental.

En clair, pendant que certains présidents publient des communiqués diplomatiques de 14 pages, Donald Trump publie une carte où il met un drapeau sur ses voisins. C’est plus rapide.

Verdict : la géographie selon Donald Trump

Le plus inquiétant n’est finalement pas que Trump puisse publier une carte fantaisiste.

C’est que cette carte s’inscrit dans une série de déclarations et d’initiatives réelles concernant le Groenland, le Canada, les changements de noms géographiques et l’influence américaine dans l’Arctique.

Il faut donc évidemment prendre cette image pour ce qu’elle est : une publication sans statut juridique et sans annonce formelle d’annexion.

Mais elle mérite tout de même d’être regardée attentivement, parce qu’elle illustre assez bien une nouvelle manière de faire de la politique étrangère : provoquer, publier, attendre les réactions et laisser tout le monde se demander si c’était une blague.

Pendant ce temps, les cartographes ont probablement une réunion d’urgence pour déterminer si leur métier est toujours nécessaire.

Après tout, si Donald Trump peut redessiner le monde depuis Truth Social, autant fermer Google Maps et ressortir les crayons de couleur.

Sources

 

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.

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