Par réflexe, quand je voyage, j’ouvre machinalement Uber (ou autres applications locales). C’est le choix de la facilité : on sait à la seconde près où est la voiture, on connaît le prix à l’avance, et l’application s’occupe de tout sans mauvaise surprise au moment de payer. Sur le papier, le taxi traditionnel ressemble presque à une relique du passé.
Pourtant, lors de mon passage à l’IFA de Berlin, la théorie s’est heurtée assez violemment à la réalité du terrain.
Deuxième jour de salon. L’IFA ferme ses portes, la foule se déverse dehors et la météo berlinoise décide de s’en mêler avec une pluie battante. Premier hic : l’enceinte de l’IFA étant une zone privée, les Uber n’y ont pas accès, contrairement aux taxis officiels qui attendent devant la porte de sortie.
Je me retrouve donc à trotter sous l’eau pour sortir du périmètre, réfugié sous un arbre, le regard rivé sur mon écran. J’attends ma course. Après plusieurs minutes dans le froid, notification magique : le chauffeur annule sans explication.
Je relance une commande : 12 minutes d’attente annoncées pour rejoindre mon hôtel situé à 4 kilomètres. La pluie redoublant, j’annule à mon tour, un peu agacé.
C’est là qu’un taxi “classique” passe à côté de moi. Par réflexe d’utilisateur d’appli, je lui demande le prix pour me déposer à mon hôtel. Sa réponse fuse, sèche et presque agressive : il n’est pas un Uber, il ne donne pas de prix fixe à l’avance mais une estimation au compteur. Un peu échaudé par l’accueil, je monte quand même.
Il faut dire que mes trajets précédents en Uber dans Berlin m’avaient laissé un goût plutôt amer. À chaque course, j’avais la nette impression que le chauffeur découvrait la ville pour la toute première fois.
À côté de mon hôtel, une rue était en travaux. Résultat ? Tous les chauffeurs Uber s’y sont engouffrés les yeux fermés en suivant aveuglément leur GPS, avant de devoir manœuvrer pour faire demi-tour 200 mètres plus loin. Côté discrétion, c’était tout aussi particulier : des appels passés en continu pendant la conduite. Un seul a pris la peine de demander poliment si cela dérangeait avant de chuchoter ; les autres discutaient à voix haute via leurs oreillettes sans trop se soucier de ma présence.
Le pompon revient à ce chauffeur qui, voyant un bouchon se profiler en fin de parcours, m’a gentiment suggéré de descendre 400 mètres avant l’arrivée, m’assurant que « ça irait aussi vite à pied » et sans se soucier qu’il pleuvait. On a connu plus professionnel.
Dans le taxi officiel, le contraste a été immédiat dès les premiers mètres.
L’accueil était un peu rustre au départ, certes, mais le chauffeur n’a même pas touché à un GPS. Au simple nom de l’hôtel, il a demandé si c’était bien en face du parc et savait exactement où aller. Pour contourner les bouchons de l’IFA, il a enchaîné les ruelles secondaires, pris des raccourcis audacieux et esquivé le trafic avec une aisance chirurgicale.
En fin de journée, avec la demande qui explose à la sortie d’un grand événement, l’algorithme d’Uber fait flamber les prix : la même course dépassait les 30 euros sur l’application. Le taxi, lui, tourne au compteur officiel basé sur la distance et la durée réelle. Avec tous ses raccourcis, la course m’a coûté 19 euros. Moins cher, plus rapide, et sans se faire déposer à mi-chemin sous la pluie.
Arrivé à destination, j’ai salué sa conduite. Le chauffeur, d’origine turque et installé depuis très longtemps en Allemagne, s’est alors détendu pour vider son sac. Son énervement du début ciblait directement Uber (et les chauffeurs immigrés, qui ne parlent ni anglais ni allemand) et ce qu’il considère comme une concurrence déloyale. Il m’a rappelé que les chauffeurs de taxi officiels à Berlin doivent passer des examens stricts — un peu à l’image du célèbre Knowledge londonien — pour mémoriser les axes majeurs, maîtriser les raccourcis et respecter un cadre professionnel rigoureux, là où les plateformes recrutent des profils qui dépendent à 100 % d’une flèche sur un écran sans connaître la ville.
Il ne s’agit pas de jeter Uber aux orties : le service reste ultra pratique à l’étranger pour éviter la barrière de la langue, esquiver certaines arnaques locales et connaître la note à l’euro près avant de monter.
Mais à l’image d’autres géants comme Booking, ces applications ont réussi un tour de force marketing : nous faire croire qu’elles sont systématiquement la solution la plus moderne, la plus efficace et la moins chère. À Berlin, face à des chauffeurs Uber mal formés et des tarifs dynamiques qui s’envolent dès qu’il tombe trois gouttes, le bon vieux taxi officiel a clairement remporté le match.
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