Je vais commencer par une confession qui risque de me faire perdre toute crédibilité auprès de ceux qui me connaissent : j’aime les gadgets technologiques, et même beaucoup trop, au point d’être capable de regarder pendant une demi-heure une vidéo consacrée à un nouveau processeur dont je sais pertinemment que je n’achèterai jamais l’ordinateur qui l’utilise. Toutefois, j’aime la tech mais, concrètement, je n’achète que ce dont j’ai besoin. Je veux dire réellement besoin.
Mais avec les nouvelles Meta Ray-Ban Display, je dois reconnaître que quelque chose commence à me titiller sérieusement.
Meta vient en effet d’annoncer l’arrivée de ses lunettes équipées d’un écran dans cinq nouveaux marchés : le Royaume-Uni, le Canada, la France, l’Italie et l’Allemagne. Les Britanniques et les Canadiens peuvent déjà les commander, tandis que les précommandes sont ouvertes en France, en Italie et en Allemagne, avec une commercialisation prévue à partir du 13 octobre. En France, le tarif annoncé atteint 899 euros, ce qui commence à faire une jolie somme pour quelque chose que l’on pose sur son nez.
Et puis il y a la Belgique. Enfin… non, il n’y a pas la Belgique.
Pour le moment, nous pouvons donc regarder nos voisins français, allemands et britanniques s’amuser avec leurs nouvelles lunettes pendant que nous continuons à sortir notre smartphone de notre poche comme des gens qui auraient raté la dernière mise à jour de l’humanité. Je ne vais évidemment pas dramatiser, parce que nous avons déjà l’électricité, le haut débit et les frites, mais il faut tout de même reconnaître que nous avons été oubliés dans cette première vague. Et, à bien y réfléchir, cette exclusion pourrait même être excellente pour mon portefeuille.
Les Meta Ray-Ban Display ne sont pas simplement une nouvelle version des Ray-Ban Meta actuelles auxquelles Meta aurait ajouté une caméra plus performante ou une IA un peu plus bavarde, puisqu’elles intègrent cette fois un véritable écran couleur dans le verre droit, avec lequel l’utilisateur peut consulter des informations sans avoir besoin de sortir son téléphone.
L’idée est évidemment de pouvoir afficher une notification, consulter une indication de navigation, obtenir une traduction, regarder une photo ou interagir avec Meta AI tout en gardant son smartphone tranquillement au fond de sa poche, ce qui pourrait effectivement devenir pratique dans certaines situations où sortir son téléphone est pénible ou simplement dangereux.
Il ne faut toutefois pas imaginer un gigantesque écran façon casque de réalité virtuelle miniature, puisque l’affichage reste volontairement discret et limité, avec l’ambition de devenir une petite fenêtre d’information plutôt qu’un téléviseur personnel installé directement devant votre œil.
Meta conserve par ailleurs les caméras, les microphones et les haut-parleurs déjà présents sur ses précédentes lunettes, auxquels s’ajoute le Neural Band, un bracelet particulièrement original capable d’interpréter les signaux électriques générés par les muscles de la main afin de transformer certains mouvements des doigts en commandes.
Et je dois bien reconnaître que, techniquement, c’est plutôt malin.
Le Neural Band est probablement l’élément qui m’intrigue le plus dans cette histoire, parce qu’il permet de contrôler certaines fonctions des lunettes en effectuant de petits mouvements avec les doigts, sans avoir besoin de toucher les montures ou de sortir un quelconque contrôleur.
Le système interprète les signaux musculaires produits lorsque l’on effectue certains gestes et les transforme en commandes, ce qui permet notamment de faire défiler des informations ou d’interagir avec l’interface avec une discrétion assez étonnante.
Sur le papier, cela ressemble évidemment au genre de gadget que l’on montre pendant cinq minutes à ses amis avant de le ranger dans un tiroir, mais les différents tests réalisés par la presse technologique anglophone montrent que le système fonctionne réellement et qu’il est beaucoup plus précis qu’on pourrait l’imaginer.
Le seul petit détail qui me fait sourire, c’est qu’il faut donc porter un bracelet supplémentaire pour contrôler ses lunettes, ce qui signifie que nous sommes désormais à une époque où une paire de lunettes à 899 euros n’est pas autonome parce qu’elle a besoin d’un accessoire porté au poignet pour comprendre que je viens de pincer mes doigts.
Je sens déjà venir la conversation familiale chez Tonton Turlutte : “C’est quoi, ce bracelet ?” et moi de répondre très sérieusement : “Ce n’est pas une montre, Tonton, ce n’est pas un bracelet connecté, ça permet simplement à mes lunettes de comprendre quand je bouge les doigts.” Je vais probablement devoir réfléchir à une réponse plus courte.
C’est justement lorsqu’on regarde les tests anglophones que l’on comprend que les Ray-Ban Display sont beaucoup plus intéressantes que le simple gadget présenté dans une démonstration marketing, mais également beaucoup moins indispensables que certains discours pourraient le laisser croire.
Les différents médias qui ont pu les utiliser sont généralement impressionnés par l’écran, par la précision du Neural Band et par l’intégration de Meta AI, tout en revenant régulièrement sur les mêmes réserves concernant le prix, l’autonomie, le confort et surtout la quantité encore limitée de choses réellement utiles que l’on peut faire avec l’appareil.
Certains testeurs considèrent ainsi que Meta tient quelque chose de particulièrement intéressant avec cette combinaison entre lunettes, intelligence artificielle et interface gestuelle, tandis que d’autres estiment que le produit reste encore une démonstration technologique particulièrement réussie qui cherche toujours son véritable usage quotidien.
Un constat revient toutefois assez régulièrement : les lunettes fonctionnent mieux que ce que l’on pourrait attendre d’une première génération de ce type, mais leur intérêt dépend énormément de ce que l’utilisateur fait réellement de son smartphone et de la manière dont il accepte d’intégrer un nouvel objet connecté dans sa vie.
Et c’est précisément là que mon côté vieux râleur commence à reprendre le dessus. Parce que 899 euros pour quelque chose d’impressionnant, pourquoi pas, mais 899 euros pour quelque chose dont je dois encore chercher l’utilité, c’est une autre histoire.
C’est probablement la question que je me pose depuis que j’ai commencé à regarder cette technologie, parce que certaines fonctions sont effectivement intéressantes, mais que leur caractère indispensable me paraît nettement moins évident.
Pouvoir consulter une notification sans sortir son téléphone peut être agréable, notamment lorsque l’on marche ou que l’on est occupé, tandis qu’obtenir une traduction instantanée dans certaines situations peut réellement simplifier la vie d’un voyageur, et que disposer d’indications de navigation directement dans son champ de vision pourrait éviter de marcher avec le nez collé à son smartphone comme un zombie sous abonnement mobile.
Le fait de pouvoir voir immédiatement ce que l’on vient de photographier ou de vérifier son cadrage constitue également un progrès intéressant par rapport aux premières lunettes Meta, avec lesquelles on pouvait capturer des images sans avoir réellement de moyen de savoir ce que l’on était précisément en train de photographier.
Je me connais toutefois suffisamment pour savoir que la première semaine serait probablement formidable, la deuxième encore amusante, la troisième déjà beaucoup plus normale et qu’au bout de quelques mois je risquerais fort de me retrouver avec les lunettes sur la tête, le bracelet au poignet et le smartphone dans la main, simplement parce que ce dernier restera beaucoup plus pratique pour certaines tâches.
Et puis, dans mon cas, il y a un tout petit détail technique qui mérite quand même d’être signalé : je suis myope, astigmate et, pour couronner le tableau, je n’ai qu’un seul œil réellement valide. Autrement dit, quand Meta me vend une petite fenêtre d’information directement devant l’œil, je suis forcément un peu plus attentif que la moyenne à la question de savoir où cette fenêtre va exactement se placer. Disons que je n’ai pas vraiment le luxe de dire : “Tiens, je vais essayer avec l’autre œil pour voir si ça marche mieux.”
C’est là que je bloque avec ces 899 euros, parce que je suis quand même censé confier une partie de mon expérience visuelle à un objet qui doit réussir à cohabiter avec mes verres correcteurs et mon système optique personnel, lequel a visiblement décidé depuis longtemps de fonctionner en mode économie d’énergie.
Je comprends parfaitement qu’un professionnel, un créateur de contenu, un grand voyageur ou un passionné de nouvelles interfaces puisse y trouver une véritable utilité, mais pour l’utilisateur lambda qui possède déjà un excellent smartphone, une montre connectée et éventuellement des écouteurs sans fil, Meta lui demande finalement d’ajouter encore un appareil à une collection qui commence sérieusement à ressembler au contenu du rayon électronique d’un grand magasin.
Et dans mon cas, il faudrait même ajouter une catégorie supplémentaire : “accessoires compatibles avec un vieux type myope, astygmate et livré avec un seul œil opérationnel”. Je ne sais pas si Meta a prévu cette option dans son configurateur, mais j’imagine que le bouton est quelque part entre “couleur des montures” et “paiement en trois fois”.
La situation belge ajoute évidemment une petite couche d’absurdité à l’histoire, puisque Meta a choisi cinq marchés pour cette nouvelle phase de commercialisation : le Royaume-Uni, le Canada, la France, l’Italie et l’Allemagne, tandis que la Belgique reste pour le moment sur le banc de touche.
Cela signifie que les Belges qui auraient déjà prévu de consacrer près de 900 euros à cette petite merveille devront patienter jusqu’à une éventuelle commercialisation officielle, ce qui est assez frustrant pour certains, mais plutôt pratique pour moi puisque je risque moins de faire une bêtise en passant devant la vitrine d’un magasin.
L’absence de disponibilité en Belgique constitue donc, dans certains cas très particulier, une sorte de dispositif de sécurité financière mis en place par Meta. On ne peux même pas leur en vouloir.
Ce qui me gêne finalement le plus dans ces lunettes n’est pas leur technologie, puisque celle-ci semble au contraire particulièrement réussie, mais plutôt la question beaucoup plus terre-à-terre de savoir si elles résolvent réellement un problème suffisamment important pour justifier leur prix.
À 30 ans, j’aurais probablement regardé ces lunettes en me disant que c’était absolument génial et que je devais les essayer immédiatement, alors qu’à 56 ans je regarde davantage le même objet en me demandant s’il va réellement améliorer mon quotidien ou simplement ajouter une nouvelle batterie à recharger tous les soirs.
Parce qu’il faudra charger les lunettes, charger le bracelet, gérer le téléphone, gérer l’application, gérer Meta AI et probablement expliquer à ma femme pourquoi je suis dans le salon avec des lunettes à 899 euros en train de pincer mes doigts dans le vide.
À un moment donné, il faut quand même savoir s’arrêter.
Mon smartphone possède déjà un écran gigantesque par rapport à celui de ces lunettes, il sait prendre des photos, traduire des textes, me donner un itinéraire, répondre à mes questions, afficher mes notifications et probablement me rappeler dans quelques années que j’avais acheté les Meta Ray-Ban Display en pensant qu’elles allaient changer ma vie.
Malgré tout ce que je viens de raconter, je serais assez malhonnête si je prétendais que les Meta Ray-Ban Display ne m’intéressent pas, parce que je pense au contraire qu’elles pourraient représenter quelque chose de beaucoup plus important que ce que leur première génération laisse entrevoir.
Le véritable intérêt ne se trouve peut-être pas dans le fait de pouvoir consulter une notification Instagram directement devant son œil, mais dans la possibilité de disposer un jour d’une intelligence artificielle réellement contextuelle, capable de comprendre ce que je regarde, de savoir ce que je suis en train de faire et de me fournir uniquement l’information dont j’ai besoin au moment où j’en ai besoin, sans que j’aie à sortir mon téléphone ou à lui demander explicitement quoi que ce soit.
Là, je commence réellement à comprendre l’intérêt. Si Meta réussit à transformer ces lunettes en une interface informatique qui disparaît presque complètement de notre conscience tout en nous donnant accès aux informations pertinentes au bon moment, alors nous aurons peut-être quelque chose de réellement nouveau.
En revanche, si elles finissent simplement par devenir un deuxième écran miniature destiné à afficher mes notifications au milieu de mon champ de vision pendant que je continue à utiliser mon smartphone pour tout le reste, je risque fort de rester avec mes vieilles Ray-Ban et mes 899 euros bien au chaud sur mon compte. Enfin… jusqu’au prochain gadget.
Parce que je suis peut-être un vieux daron de 56 ans qui commence à regarder le prix avant de regarder la fiche technique, mais il ne faut quand même pas exagérer : je ne suis pas encore complètement guéri de ma passion pour les gadgets.
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