Humeurs

Polémique : Paul Mirabel parle politique et déclenche la brigade des indignés de la télé

Purée, il y a des matins où je me demande sincèrement si la télévision française n’a pas définitivement renoncé à nous divertir pour se consacrer entièrement à une nouvelle discipline olympique consistant à transformer la moindre phrase prononcée par une célébrité en crise nationale, et puis j’apprends que Paul Mirabel a simplement parlé politique pendant quelques minutes et que Pascal Praud et Cyril Hanouna (Vous savez, ces gens d’une grande finesse d’esprit) se sont immédiatement emparés du sujet, ce qui me rappelle que nous vivons décidément une époque formidable où il suffit désormais qu’un humoriste ouvre la bouche pour que plusieurs plateaux de télévision entrent en état d’alerte maximale.

Paul Mirabel était invité dans Quotidien (bon, ok, c’est gentil-gentil comme émission. C’était plus mordant avant) et, interrogé sur ses convictions, il a expliqué qu’il se sentirait mal de rester silencieux face à certains partis dont il rejette les idées, allant jusqu’à évoquer sa volonté de faire barrage au Rassemblement national (le RN, dirigé par le beau gosse à l’image aussi fraiche d’un tube de dentifrice), avec une intervention assez hésitante et quelques formulations maladroites qui ont évidemment constitué une matière première idéale (ou fécale, selon les points de vue) pour tous ceux qui passent leurs journées à découper les déclarations des autres afin de pouvoir ensuite les commenter pendant des heures.

Personnellement, j’ai trouvé la scène assez fascinante parce que Mirabel semblait surtout essayer de répondre honnêtement à une question, sans prétendre être professeur de sciences politiques, candidat à l’Élysée ou détenteur d’une quelconque vérité révélée, et il s’est pourtant retrouvé transformé en sujet médiatique majeur comme si la République venait de vaciller parce qu’un humoriste avait exprimé une opinion.

Il faut dire qu’en France, un comédien peut passer deux heures sur scène à raconter des absurdités devant plusieurs milliers de personnes sans que personne ne songe à convoquer une commission d’enquête (Jordan, si tu me lis), mais il suffit qu’il prononce le nom d’un parti politique pour que des adultes parfaitement sérieux commencent à analyser chaque mot, chaque hésitation et chaque mouvement de sourcil comme s’ils venaient de découvrir les carnets secrets du général de Gaulle.

Et puis Pascal Praud est arrivé avec son microscope

Pascal Praud a consacré une partie de sa revue de presse aux artistes qui prennent position contre le RN, avec Paul Mirabel en bonne place dans cette nouvelle rubrique qui ressemble parfois davantage à un bulletin météorologique des opinions médiatiques qu’à une revue de presse traditionnelle, puisqu’il s’agit désormais de surveiller régulièrement les personnalités qui ont eu la mauvaise idée de dire publiquement ce qu’elles pensent.

J’ai donc immédiatement imaginé Paul Mirabel rentrant tranquillement chez lui après son passage à la télévision, posant son manteau, prenant un verre d’eau et découvrant quelques heures plus tard qu’il était devenu un sujet de revue de presse, alors qu’il avait probablement prévu une soirée beaucoup moins mouvementée et peut-être même quelques heures sans entendre parler de Pascal Praud.

Puis Hanouna a sorti l’artillerie lourde

Comme si cette première couche de polémique ne suffisait pas, Cyril Hanouna (Le gars qui m’énerve, même si le son est coupé) s’est lui aussi emparé de l’affaire pour s’en prendre à Paul Mirabel, allant jusqu’à qualifier son intervention de catastrophique et à le présenter comme un gugusse qui ne saurait pas vraiment de quoi il parle, ce qui a évidemment donné à cette petite affaire toute la dimension nécessaire pour occuper encore quelques heures d’antenne et quelques dizaines de milliers de commentaires sur les réseaux sociaux.

J’avoue que cette séquence me laisse légèrement perplexe, parce que je trouve assez amusant ce mécanisme dans lequel un humoriste doit soudainement présenter une thèse, une antithèse, une bibliographie complète, une analyse géopolitique et probablement son diplôme de Sciences Po dès qu’il exprime une opinion politique, tandis que les “animateurs” qui commentent ses propos peuvent tranquillement le faire depuis leur plateau avec un micro devant eux et quelques chroniqueurs autour de la table.

Je me demande d’ailleurs ce qui se passerait si un boulanger expliquait un matin qu’il n’aimait pas le programme économique d’un parti, parce que j’imagine déjà la scène avec trois éditorialistes réunis autour d’un plateau pour déterminer si le professionnel de la baguette possède les qualifications nécessaires pour avoir une opinion sur la fiscalité des entreprises.

Le problème est peut-être simplement qu’il a osé parler

Je peux parfaitement comprendre que l’on critique la position de Paul Mirabel, son raisonnement, ses arguments ou même sa manière de les présenter, car une opinion exprimée publiquement devient naturellement susceptible d’être discutée, contestée et critiquée, ce qui constitue tout de même l’un des principes élémentaires d’une société démocratique.

Ce qui me fait sourire, en revanche, c’est la disproportion entre la déclaration initiale et la machine médiatique qui s’est mise en route derrière elle, puisque Paul Mirabel n’a jamais prétendu être candidat à la présidentielle, ministre de l’Intérieur ou professeur de sciences politiques, mais simplement un humoriste à qui on a posé une bête question et qui a décidé d’y répondre.

On peut considérer sa réponse comme brillante, maladroite, pertinente, confuse ou totalement à côté de la plaque, mais cela reste une opinion exprimée par un citoyen et elle n’a pas besoin d’être validée par une commission d’experts avant d’avoir le droit d’exister.

Ce que je trouve encore plus savoureux, c’est de voir certains reprocher à un artiste de parler politique tout en consacrant ensuite une partie de leur propre temps d’antenne à expliquer pourquoi cet artiste aurait mieux fait de ne pas parler politique, ce qui revient finalement à prendre un mégaphone pour reprocher à quelqu’un d’autre de faire trop de bruit.

La télévision adore les polémiques fabriquées avec trois phrases

Paul Mirabel parle, Praud commente Mirabel, Hanouna commente Mirabel, puis Internet commente Praud et Hanouna, jusqu’à ce que plus personne ne sache vraiment pourquoi tout le monde s’énerve. Une intervention de quelques minutes devient ainsi un feuilleton national, parce qu’il faut bien remplir les plateaux et occuper les chroniqueurs.

Au fond, la télévision française a trouvé son super-pouvoir : transformer trente secondes de conversation en trois jours de polémique. Et demain, il faudra simplement trouver un autre artiste assez inconscient pour avoir une opinion sans demander son permis de parler.

Allez, je vous laisse, je vais me repasser de vieux “Nulle part ailleurs”, cette époque où on pouvait tout dire et nous foutre une paix royale.

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.

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