Rumeurs en France : La voiture électrique va-t-elle être taxée au kilomètre ?

Vous avez acheté une voiture électrique pour faire des économies, réduire votre consommation de carburant et, accessoirement, avoir bonne conscience à chaque fois que vous passez devant une station-service ? Profitez-en, car l’État français commence doucement à se demander comment remplacer les recettes fiscales qui disparaissent avec la fin progressive du moteur thermique.

Rassurez-vous toutefois : la France n’a pas décidé de taxer les voitures électriques au kilomètre. Du moins, pas encore. Ce qui existe aujourd’hui, ce sont différentes réflexions sur l’évolution de la fiscalité automobile, notamment à travers les travaux du Conseil des prélèvements obligatoires, organisme rattaché à la Cour des comptes. Parmi les pistes évoquées figure notamment une taxation annuelle des voitures électriques qui pourrait représenter environ 95€ par véhicule.

Oui, 95€ par an. Pas de quoi vendre votre Tesla sur Leboncoin demain matin, mais suffisamment pour rappeler une règle fondamentale de la fiscalité : quand une taxe disparaît, quelqu’un finit toujours par chercher comment la remplacer.

Le problème est finalement assez simple

Le système fiscal français prélève une part importante de ses recettes liées à l’automobile à travers les taxes sur les carburants. Plus les automobilistes passent à l’électrique, moins ils achètent d’essence et de diesel et, mécaniquement, moins certaines recettes fiscales rentrent dans les caisses.

C’est d’autant plus amusant que l’État encourage précisément cette transition. Le gouvernement français a ainsi lancé en juin 2026 une campagne baptisée « Électrifions la France », destinée à accélérer l’électrification des usages, notamment pour réduire la dépendance aux énergies fossiles et améliorer le pouvoir d’achat.

On se retrouve donc avec un système assez cocasse : l’État vous encourage à abandonner une technologie qui lui rapporte beaucoup d’argent, puis doit réfléchir à la manière de récupérer l’argent perdu lorsque vous l’écoutez. C’est un peu comme si votre boulanger vous disait de faire attention au sucre, puis organisait une réunion pour savoir comment compenser la baisse de ses ventes de croissants.

Les 95 euros qui ont mis le feu aux réseaux sociaux

Le chiffre de 95 euros est venu alimenter les articles et les discussions sur une éventuelle taxation des voitures électriques. Le Conseil des prélèvements obligatoires a effectivement étudié différents scénarios permettant de faire évoluer la fiscalité automobile et cite notamment l’hypothèse d’une contribution annuelle spécifique aux véhicules électriques.

Mais il faut être précis : il ne s’agit ni d’une taxe votée, ni d’une mesure qui entrerait prochainement en vigueur. Les 95€ correspondent à un scénario parmi d’autres, et non à une facture que les propriétaires de voitures électriques vont recevoir dans leur boîte aux lettres.

Ce qui n’empêche évidemment pas Internet de transformer rapidement “une piste étudiée” en “la France va taxer votre voiture électrique”. Entre les deux, il y a pourtant une différence assez comparable à celle qui existe entre “je regarde les prix des vacances” et “j’ai réservé un hôtel cinq étoiles à 700 euros la nuit”.

Mais pourquoi parle-t-on d’une taxe au kilomètre ?

Parce qu’une taxation liée à l’utilisation du véhicule est une autre possibilité envisagée dans le débat européen. Le principe est séduisant sur le papier : puisque les voitures électriques ne contribuent plus aux taxes sur les carburants de la même manière, pourquoi ne pas taxer directement leur utilisation ?

Vous roulez 5 000 kilomètres par an ? Vous payez peu. Vous traversez la France tous les week-ends ? Vous payez davantage. Vous faites Paris-Marseille tous les quinze jours parce que votre belle-mère habite là-bas ? Vous allez enfin découvrir une nouvelle forme de fiscalité familiale.

Le Royaume-Uni a déjà choisi cette voie et prévoit une taxe spécifique sur les véhicules électriques et certains véhicules à faibles émissions à partir de 2028, calculée en fonction du kilométrage parcouru. Cela ne signifie pas que la France va forcément suivre le même chemin, mais l’exemple britannique montre que la taxation au kilomètre n’est plus seulement une idée théorique.

Le compteur kilométrique pourrait devenir votre nouveau meilleur ami

Imaginez un instant que la taxation au kilomètre devienne réalité. Vous montez dans votre voiture le matin et regardez votre autonomie : 420 kilomètres. Tout va bien. Puis vous regardez votre compteur kilométrique et réalisez que chaque kilomètre parcouru pourrait désormais avoir une petite valeur fiscale.

Votre voiture électrique devient soudain un outil de gestion budgétaire, et les vacances pourraient devenir particulièrement intéressantes : la distance entre votre domicile et votre destination deviendrait un critère aussi important que le prix de l’hôtel. La Bretagne plutôt que la Côte d’Azur, non pas pour le climat, mais pour optimiser le nombre de kilomètres fiscalement imposables.

La voiture électrique n’est déjà plus totalement épargnée

Il serait d’ailleurs faux de penser que les voitures électriques sont totalement protégées de la fiscalité automobile. Depuis le 1er janvier 2026, le malus au poids français a notamment été durci avec un seuil abaissé à 1,5 tonne. Cette évolution concerne particulièrement certains véhicules électriques, souvent plus lourds que leurs équivalents thermiques en raison de leur batterie.

C’est assez ironique : vous achetez une voiture qui ne rejette pas de CO₂ à l’échappement et vous découvrez qu’elle transporte sous vos pieds une batterie de plusieurs centaines de kilos qui peut, elle, intéresser le fisc.

Le vrai paradoxe de la fiscalité écologique

C’est probablement le point le plus intéressant de toute cette histoire. Une taxe environnementale est conçue pour modifier les comportements. Si elle fonctionne, les comportements changent et les recettes diminuent.

Prenons l’essence : si demain tout le monde abandonne les voitures thermiques, la consommation de carburant s’effondre et les recettes associées suivent la même trajectoire. C’est une excellente nouvelle pour l’environnement et beaucoup moins excellente pour les finances publiques.

Le problème est donc presque philosophique : comment financer durablement les infrastructures routières lorsque les comportements que l’on souhaite encourager font disparaître progressivement les recettes qui finançaient ces infrastructures ? Il faudra bien trouver une solution.

Et c’est là que la taxation au kilomètre devient intéressante. Historiquement, la logique était relativement simple : vous achetez du carburant, vous payez une taxe. Avec une voiture électrique, cette logique devient moins efficace puisqu’une partie de l’énergie peut être achetée à domicile, sur une borne publique ou produite directement par des panneaux solaires.

L’État pourrait donc être tenté de déplacer progressivement l’impôt du carburant vers l’utilisation du véhicule. Cela pourrait prendre plusieurs formes : une contribution annuelle, une taxation au kilomètre, une fiscalité basée sur le poids ou encore une combinaison de plusieurs mécanismes.

Et si on taxait directement la recharge ?

Une autre piste pourrait consister à taxer davantage l’électricité utilisée pour recharger les véhicules. Sur le papier, c’est assez séduisant : vous consommez de l’électricité pour votre voiture, vous payez une contribution.

Mais comment savoir quelle partie de votre consommation électrique sert à la voiture ? Le lave-linge fonctionne, le chauffe-eau aussi, la pompe à chaleur vient de démarrer, le four chauffe pour le gratin et votre voiture est branchée dans le garage. Vous voilà avec une maison qui consomme 8 kWh et un fisc qui vous demande de déterminer lesquels appartiennent à votre Peugeot.

La solution serait évidemment d’installer un compteur spécifique, ce qui permettrait ensuite de créer un nouveau poste dans votre installation électrique : le compteur qui regarde combien vous coûte votre voiture quand elle dort.

Le sujet n’est donc pas vraiment la voiture électrique

Derrière les titres parfois anxiogènes, le problème est en réalité beaucoup plus large. La question n’est pas de savoir comment punir les propriétaires de voitures électriques parce qu’ils ont abandonné l’essence, mais de savoir comment adapter une fiscalité conçue à une époque où presque toutes les voitures fonctionnaient avec un carburant taxé.

Le monde automobile est en train de changer beaucoup plus rapidement que le système fiscal qui l’accompagne, et ce décalage va forcément poser des questions. Faut-il taxer davantage les voitures lourdes, les véhicules qui roulent beaucoup, les kilomètres parcourus, l’énergie consommée, la possession du véhicule ou encore les déplacements dans certaines zones ?

Chaque solution possède ses avantages, ses inconvénients et surtout son potentiel de mécontentement. Parce qu’il existe une règle universelle de la politique fiscale : une taxe est toujours beaucoup plus populaire lorsqu’elle concerne quelqu’un d’autre.

Alors, faut-il s’inquiéter ?

Pas vraiment, du moins pas encore. Il n’existe actuellement pas de taxe française au kilomètre applicable aux voitures électriques. Les 95 euros évoqués correspondent à une hypothèse étudiée dans le cadre de la réflexion sur l’avenir des recettes fiscales automobiles, pas à une nouvelle obligation.

En revanche, le problème financier est bien réel et il faudra probablement adapter la fiscalité au fur et à mesure que le parc automobile se convertira à l’électrique. La question est donc moins de savoir si la voiture électrique finira par être davantage taxée que de savoir comment elle le sera.

Et connaissant notre imagination collective lorsqu’il s’agit d’inventer des taxes, plusieurs scénarios sont possibles : une taxe annuelle, une taxation au kilomètre, une fiscalité sur la recharge ou, soyons optimistes, une combinaison des trois. Après tout, nous sommes dans un pays où l’on a réussi à créer des taxes sur les voitures, leur puissance, leur poids, leur carburant, leur immatriculation et parfois même leur stationnement.


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Bertrand

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.