Google veut poser un data center géant au milieu des champs : les élus français démissionnent

Google voulait simplement installer quelques serveurs en France. Enfin, « quelques » est peut-être un terme un peu optimiste : à Étrechet, dans l’Indre, le géant américain prépare un data center qui pourrait occuper près de 195 hectares et consommer, à pleine capacité, entre 880 MW et 1,1 GW d’électricité. Résultat : au lieu de simplement voir apparaître quelques bâtiments remplis de machines, le village vient surtout de découvrir une nouvelle spécialité du numérique : faire démissionner les élus locaux.

Quand Google débarque avec une facture électrique de compétition

Le projet est prévu dans le parc d’activités d’Ozans, près de Châteauroux, avec huit à dix bâtiments destinés à accueillir des milliers de serveurs. Google, via sa filiale française Tricolore Computing, pourrait y construire son premier data center détenu directement en France.

Sur le papier, c’est le genre d’annonce qui fait généralement apparaître les mots innovation, emplois, investissement et souveraineté numérique dans les communiqués de presse. Dans les chiffres, c’est nettement moins discret : la puissance électrique annoncée pourrait atteindre 1,1 gigawatt, soit un ordre de grandeur comparable à celui d’un réacteur nucléaire classique.

Autrement dit, Google ne vient pas exactement poser trois Mac mini derrière la mairie.

Et soudain, les élus ont beaucoup moins envie de sourire

Le projet avait pourtant été présenté comme une opportunité économique pour le territoire, avec des créations d’emplois directs et indirects estimées à près d’un millier par le président de Châteauroux Métropole, Gil Avérous.

Mais localement, l’ambiance s’est progressivement refroidie. Le 11 septembre, trois adjoints et une conseillère municipale d’Étrechet ont démissionné. Quatre jours plus tard, le 15 septembre, la maire Florence Laurent a elle aussi rendu son écharpe tricolore, expliquant avec les autres élus leur sentiment d’impuissance face à un projet sur lequel la commune dispose de peu de pouvoir décisionnel.

Il faut reconnaître que la situation a quelque chose d’assez savoureux : on promet à une commune rurale le grand saut dans le XXIᵉ siècle, et sa réponse consiste finalement à faire tomber une partie de son conseil municipal.

Des serveurs, des hectares et beaucoup d’électricité

Les opposants s’inquiètent notamment de l’artificialisation des terres, de la consommation d’eau, de l’impact paysager et de la pression supplémentaire sur le réseau électrique. Le projet concerne environ 195 hectares, alors que le territoire autour d’Étrechet reste largement agricole.

C’est là que le contraste devient assez spectaculaire : pour faire fonctionner nos recherches Google, nos vidéos YouTube, nos sauvegardes dans le cloud et probablement quelques milliers de prompts Gemini, il faut désormais construire des infrastructures qui ressemblent davantage à des complexes industriels qu’à des « ordinateurs dans le cloud ».

Le cloud, rappelons-le, n’est donc toujours pas un petit nuage sympathique qui flotte au-dessus de nos maisons. Il est plutôt posé au sol, avec des transformateurs, des câbles, des bâtiments et une consommation électrique qui ferait tousser quelques électriciens.

Google n’est pas encore en train de creuser

Attention toutefois : le data center n’est pas encore sorti de terre. Le projet reste soumis aux différentes étapes d’études et d’autorisations, et l’acquisition définitive des terrains n’est pas prévue avant plusieurs années. Le Monde indique que la signature pourrait intervenir au plus tard en juillet 2030.

La contestation ne signifie donc pas que Google vient de perdre son data center, mais plutôt que le projet vient de rencontrer son premier gros problème : les habitants et les élus ont découvert que derrière le joli mot « numérique » se cachait une installation industrielle particulièrement imposante.

Le paradoxe du numérique

Cette affaire illustre surtout un problème qui risque de devenir de plus en plus fréquent. Nous voulons tous davantage de cloud, de streaming, d’intelligence artificielle, de services instantanés et de données disponibles partout, mais quelqu’un doit bien construire les machines capables de faire tourner tout cela.

Et ces machines ont besoin d’électricité, d’eau, de terrains, de réseaux et d’infrastructures.

Google peut donc promettre l’innovation, les emplois et le développement économique. Les opposants peuvent, eux, regarder les champs disparaître et se demander combien de recherches Google il faudra effectuer pour justifier un data center de cette taille.

Finalement, le progrès numérique a peut-être trouvé son nouveau slogan : “Vous ne voyez rien, tout est dans le cloud.” Sauf le data center. Lui, vous allez très bien le voir.

Sources

 


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Bertrand

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.