Trump TV : quand la Maison-Blanche décide que le meilleur journaliste, c’est finalement Trump lui-même
Donald Trump vient de trouver une solution assez originale à un problème qui semble l’agacer depuis longtemps : les journalistes qui posent des questions auxquelles il n’a pas envie de répondre. Puisqu’il est manifestement plus simple de contrôler la caméra que les questions, la Maison-Blanche vient de lancer Trump TV, une plateforme vidéo destinée à diffuser directement les images et messages de l’administration.
Le timing est difficile à rater. Quelques jours avant son lancement, Trump avait annoncé l’exclusion de CNN, MS NOW et Politico de la Maison-Blanche, leur reprochant leur couverture de son administration. Les trois médias ont depuis saisi la justice fédérale en estimant que cette exclusion porte atteinte à leurs droits constitutionnels.
Trump TV arrive donc dans un contexte où le président souhaite manifestement réduire la dépendance de la Maison-Blanche envers les médias traditionnels. Le principe est assez simple : pourquoi laisser une chaîne de télévision sélectionner les images, poser des questions et décider du montage lorsqu’on peut directement diffuser les images choisies par l’administration ? La première diffusion a ainsi repris des images de Trump, notamment un discours prononcé au mont Rushmore, tandis que la Maison-Blanche présente le service comme un moyen de montrer directement les réalisations de son administration.
Une télévision présidentielle, mais pas vraiment une télévision d’information
Le concept ressemble donc davantage à une vitrine audiovisuelle de la Maison-Blanche qu’à une rédaction indépendante. Et c’est précisément ce qui inquiète certains défenseurs de la liberté de la presse, qui considèrent que la multiplication des canaux gouvernementaux permettant de parler directement au public ne remplace évidemment pas le travail de journalistes capables de poser des questions et de vérifier les déclarations présidentielles.
Cela explique aussi pourquoi Trump semble apprécier de plus en plus les médias qui reprennent directement les images et messages de son administration, tout en se montrant beaucoup moins enthousiaste lorsqu’un journaliste insiste sur une question embarrassante ou conteste une affirmation présidentielle. La conférence de presse façon Trump peut parfois donner l’impression qu’il existe une règle non écrite : la question est libre, mais la réponse est facultative.
Et la Constitution dans tout ça ?
C’est ici que les choses deviennent beaucoup moins amusantes.
Le Premier Amendement de la Constitution américaine protège explicitement la liberté d’expression et la liberté de la presse. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’un journaliste possède automatiquement un droit constitutionnel absolu à entrer partout à la Maison-Blanche ou à obtenir une interview avec le président. La jurisprudence reconnaît au gouvernement une certaine marge de manœuvre concernant l’accès, notamment lorsque les places sont limitées.
En revanche, la situation devient juridiquement beaucoup plus délicate lorsque l’accès est retiré précisément parce qu’un média critique le président ou publie des informations que celui-ci considère comme défavorables. La Constitution Annotated du Congrès souligne notamment que des restrictions visant certains médias en fonction de leur contenu ou de leur point de vue peuvent poser un problème au regard du Premier Amendement.
Il existe également un deuxième problème : le cinquième amendement garantit une procédure régulière lorsque le gouvernement prive une personne d’un droit ou d’un intérêt protégé. Les médias concernés affirment justement avoir été exclus sans procédure suffisante et contestent donc également cet aspect devant les tribunaux.
Les tribunaux ont déjà eu un mot à dire
Ce n’est pas la première bataille judiciaire de Trump avec les journalistes. Lors de son premier mandat, la Maison-Blanche avait retiré l’accréditation du journaliste de CNN Jim Acosta après un échange particulièrement tendu avec Trump. Un juge fédéral avait alors ordonné la restauration temporaire de son accès, notamment en raison de problèmes liés à la procédure suivie par la Maison-Blanche.
La nouvelle affaire est désormais devant un tribunal fédéral à Washington. CNN, MS NOW et Politico demandent notamment une mesure d’urgence afin de retrouver leur accès à la Maison-Blanche. L’affaire pourrait donc déterminer jusqu’où un président peut aller lorsqu’il décide qu’un média est suffisamment désagréable pour mériter une porte fermée au nez.
Et pendant que les avocats vont disséquer le Premier et le Cinquième Amendement, Trump peut au moins compter sur une certitude : sur Trump TV, il n’y aura probablement aucun journaliste pour lui demander pourquoi Trump TV existe.
Le problème, c’est que cette fois, la Constitution, elle, risque bien de poser quelques questions.
Sources
- Reuters – CNN, MS NOW and Politico sue Trump, challenging White House ban
- AP News – What is the White House pool? These days, it’s a battleground between Trump and free press rights
- AP News – News outlets sue Trump over lost White House access
- The Washington Post – White House media bans have been tried before. They rarely hold up in court.
- The White House – White House Access Is a Privilege — Not a Right
- Constitution Annotated – First Amendment: Freedom of the Press

