Le marché automobile français vient de connaître un mois de septembre plutôt spectaculaire, avec 156 629 voitures particulières neuves immatriculées, soit une progression de 11,6 % par rapport à septembre 2025, alors que le mois n’est pourtant pas réputé pour être particulièrement généreux avec les concessionnaires.
Après des mois de marché compliqué, de prix qui donnent envie de conserver sa vieille voiture jusqu’à sa mise en retraite et de consommateurs qui regardent les tarifs du neuf avec la même expression que devant une facture de chauffage, l’automobile française retrouve donc un peu d’oxygène.
Mais derrière ce rebond général, c’est surtout la voiture électrique qui attire l’attention, puisqu’elle représente désormais 41,7 % des immatriculations en septembre, un niveau record qui signifie qu’un peu plus de quatre voitures neuves sur dix vendues en France sont désormais électriques ou à hydrogène selon la classification de la filière automobile. Et lorsque l’on ajoute les hybrides rechargeables, les motorisations électrifiées approchent même la moitié du marché, avec environ 48 % des ventes du mois.
Le rebond du marché français ne se limite donc pas à un petit soubresaut statistique, puisque septembre constitue le cinquième mois consécutif de progression et permet au troisième trimestre de terminer sur une hausse de 9,6 %. Sur les neuf premiers mois de l’année, la France a ainsi enregistré 1 234 952 voitures particulières neuves, soit une progression de 4,1 % par rapport à la même période de 2025.
Cette évolution est intéressante parce qu’elle intervient alors que le marché automobile reste confronté à des prix élevés et à une certaine prudence des ménages, ce qui rend la progression encore plus significative. Il faut toutefois éviter de transformer ce mois de septembre en grand retour triomphal de l’automobile française : une progression sur un mois ne signifie évidemment pas que les consommateurs se sont soudainement enrichis ou que les voitures neuves sont redevenues abordables pour tout le monde.
Le chiffre de 41,7 % est surtout intéressant parce qu’il marque un changement de dimension pour la voiture électrique, qui n’est plus cantonnée aux premiers acheteurs convaincus, aux entreprises disposant d’un parking équipé de bornes ou à ceux qui considéraient depuis longtemps qu’un câble de recharge était finalement un accessoire automobile parfaitement normal.
En septembre, les voitures électriques ont représenté près de 42 % des immatriculations françaises et leurs volumes ont dépassé 75 000 unités selon l’Observatoire de l’Industrie Électrique, qui estime leur progression à environ 86 % sur un an. Sur l’ensemble des neuf premiers mois de 2026, leur part atteint désormais 31,4 %, ce qui montre surtout à quel point la progression s’est accélérée au cours des derniers mois.
Le plus intéressant est que cette progression concerne désormais aussi les particuliers, puisque Mobilians estime qu’en septembre 47,2 % des immatriculations réalisées par les particuliers étaient électriques, contre 42,9 % pour les sociétés. L’électrique n’est donc plus seulement une affaire de flottes d’entreprises et de commerciaux qui ont découvert les joies de la borne de recharge entre deux rendez-vous.
Cette accélération ne doit toutefois rien au hasard et les aides publiques jouent encore un rôle considérable dans la dynamique actuelle. Le leasing social, reconduit en 2026, permet notamment à certains ménages remplissant les conditions de revenus de louer une voiture électrique neuve pour moins de 200 euros par mois, avec un kilométrage minimal de 15 000 kilomètres par an, hors assurance, options et prestations supplémentaires.
La troisième édition du dispositif a démarré le 16 juillet 2026 et semble déjà avoir un impact concret sur les statistiques de septembre, puisque Mobilians estime qu’environ 9 500 immatriculations du mois pourraient être liées au leasing social. Cela représente une contribution loin d’être négligeable dans un marché où quelques milliers de voitures supplémentaires peuvent déjà modifier sensiblement les parts de marché.
Autrement dit, une partie du succès actuel de l’électrique est aussi très pragmatique : lorsque vous rendez une voiture électrique financièrement plus accessible à des ménages qui n’auraient probablement pas acheté le même véhicule au tarif catalogue, il ne faut pas être complètement surpris lorsque les ventes augmentent. L’économie vient parfois avec un mode d’emploi étonnamment simple.
Le phénomène est d’autant plus intéressant que la progression ne repose pas uniquement sur de grosses voitures électriques coûteuses et bardées d’écrans, dont certaines semblent avoir été conçues par un comité réunissant un designer, un ingénieur en intelligence artificielle et quelqu’un qui avait manifestement décidé qu’une voiture devait absolument pouvoir faire le café.
Mobilians souligne notamment la dynamique des petits modèles électriques, qui profitent particulièrement du contexte actuel et des dispositifs d’aide. Cette évolution est importante parce qu’elle contribue à faire sortir la voiture électrique de son ancienne image de véhicule forcément cher et imposant, en la faisant progressivement entrer dans des segments beaucoup plus accessibles.
C’est probablement l’un des éléments les plus importants pour la suite, car la véritable démocratisation de l’électrique ne passera pas uniquement par les modèles premium capables de parcourir 600 kilomètres entre deux cafés, mais aussi par des voitures plus simples, moins chères et davantage adaptées aux besoins quotidiens de la majorité des automobilistes.
Il serait toutefois assez amusant de profiter de ces chiffres pour annoncer la disparition imminente du moteur thermique, mais ce serait surtout une manière particulièrement efficace de se faire rappeler à l’ordre par les statistiques des prochaines années.
Les voitures essence, hybrides et diesel restent largement présentes sur les routes françaises et continueront à représenter une part importante du parc automobile pendant longtemps, puisque les statistiques d’immatriculations de voitures neuves ne disent évidemment rien de la vitesse à laquelle disparaissent les véhicules déjà en circulation.
La situation est donc beaucoup plus subtile que ne pourrait le laisser penser le chiffre de 42 %. Cela signifie que quatre voitures neuves sur dix environ sont électriques, mais cela ne signifie absolument pas que quatre voitures sur dix circulant actuellement sur les routes françaises le sont également.
Il faudra probablement encore de nombreuses années avant que le parc automobile français soit majoritairement électrique, même si la composition des nouvelles ventes donne désormais une indication très claire de la direction prise par le marché.
Ce qui change surtout, c’est que la voiture électrique commence à devenir banale, et c’est probablement beaucoup plus important que le franchissement symbolique d’un seuil statistique.
Lorsque les électriques représentaient quelques pourcents du marché, acheter une voiture électrique constituait encore un choix assez particulier qui nécessitait de se poser une série de questions sur l’autonomie, la recharge, les batteries et la possibilité de partir en vacances sans transformer chaque arrêt autoroutier en réunion de copropriété autour d’une borne.
Avec une part de marché qui dépasse désormais 40 % certains mois, la situation commence à changer, car le consommateur n’a plus forcément l’impression de choisir entre “une vraie voiture” et “une voiture électrique”, mais simplement entre plusieurs modèles dont certains fonctionnent à l’essence et d’autres à l’électricité.
Et c’est précisément à ce moment qu’une technologie commence réellement à se démocratiser : lorsqu’elle cesse progressivement d’être considérée comme une technologie.
Pour les constructeurs automobiles, cette accélération constitue évidemment une bonne nouvelle, mais également une sacrée pression, puisque la demande évolue rapidement alors que les gammes, les usines et les investissements ont été planifiés plusieurs années à l’avance.
Renault, par exemple, vient justement d’annoncer vouloir investir plus de 10 milliards d’euros en France au cours des cinq prochaines années, notamment pour développer l’électrique et rendre ses véhicules plus abordables, alors que le groupe affirme que la croissance de sa production française en 2026 est largement portée par la demande pour les véhicules électriques.
Le constructeur estime ainsi pouvoir produire au moins 625 000 voitures en France en 2026, contre environ 500 000 en 2025, ce qui illustre assez bien le changement de rythme actuellement observé dans l’industrie.
Les constructeurs n’ont donc plus vraiment le luxe de considérer l’électrique comme une simple branche expérimentale de leur catalogue, à placer discrètement entre le SUV familial et la berline diesel pour montrer qu’ils ont bien lu les réglementations européennes.
Il faut évidemment conserver un peu de recul, car un mois exceptionnel ne suffit pas à déterminer à lui seul l’avenir d’un marché aussi complexe, surtout lorsque les aides publiques, les dispositifs de financement et les évolutions réglementaires peuvent provoquer des variations importantes d’un trimestre à l’autre.
Néanmoins, plusieurs indicateurs convergent et rendent difficile l’idée selon laquelle septembre ne serait qu’un accident statistique : le marché global progresse, l’électrique atteint un niveau record, les particuliers eux-mêmes représentent une part importante des achats électriques et le leasing social contribue directement à cette accélération.
Le plus raisonnable est donc de considérer septembre comme un signal particulièrement fort de l’accélération de la transition, plutôt que comme l’acte de décès officiel du moteur thermique.
Le marché automobile français vient donc de franchir un seuil qui aurait probablement semblé assez improbable il y a encore quelques années, avec 41,7 % des voitures neuves immatriculées en septembre correspondant à des véhicules électriques ou à hydrogène, tandis que le marché global progressait lui-même de 11,6 %.
Ce n’est évidemment pas la preuve que tous les Français vont abandonner leur voiture thermique demain matin pour courir acheter une citadine électrique, et personne ne devrait commencer à organiser les funérailles du diesel avec une fanfare municipale. En revanche, cela montre clairement que l’électrique est désormais suffisamment installé pour peser lourdement sur le marché automobile français, notamment grâce à des modèles plus accessibles et à des dispositifs comme le leasing social.
La voiture électrique n’est donc plus vraiment le futur lointain que les constructeurs nous promettaient dans leurs brochures depuis une décennie : elle est déjà en train de devenir le présent, ce qui risque accessoirement de rendre les réunions marketing des constructeurs beaucoup plus intéressantes lorsqu’il faudra expliquer pourquoi on a encore 14 modèles thermiques dans le catalogue.
Et quelque part, dans un bureau de constructeur, un responsable doit probablement regarder les chiffres de septembre en silence, avant de demander très doucement : “On avait prévu quoi pour le moteur thermique déjà ?”.
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