Pas de réseaux sociaux avant 13 ans : protéger les enfants ou oublier de les éduquer ?

Interdire les réseaux sociaux aux moins de 13 ans paraît simple. Presque trop simple. Un âge, une frontière, un bouton « interdit » et l’on pourrait presque croire que le problème disparaît. Sauf qu’un enfant de 12 ans et 364 jours n’est pas soudainement devenu adulte à minuit. Et qu’Internet, lui, n’a malheureusement pas prévu de fermer boutique la veille de son anniversaire.

La question mérite donc mieux qu’un simple débat entre « pour et contre ». Elle pose une question beaucoup plus ancienne : comment apprend-on à un enfant à vivre dans un monde dangereux ? En lui interdisant d’y entrer ou en lui apprenant progressivement à y marcher ?

L’interdiction rassure… l’éducation construit

Plusieurs pays européens envisagent aujourd’hui de renforcer les limites d’âge. La Finlande recommande que les moins de 13 ans n’utilisent pas les réseaux sociaux et déconseille également leur propre smartphone avant cet âge. Mais cette approche insiste également sur la responsabilité des adultes et sur l’importance de développer les compétences numériques à l’école.

L’Allemagne adopte une approche assez révélatrice. Les autorités éducatives défendent un triptyque : sensibiliser, renforcer les compétences, protéger. Le rôle des parents et des enseignants y occupe également une place importante.

Ce détail est essentiel. Car protéger un enfant d’un danger n’est pas nécessairement lui apprendre à y faire face.

Un enfant peut très bien ne jamais avoir rencontré un inconnu malveillant en ligne parce que ses parents lui ont interdit Internet. Mais le jour où il dispose enfin d’un téléphone sans surveillance, il devra apprendre tout seul ce qu’est un faux profil, une manipulation, un lien piégé, un algorithme qui cherche à retenir son attention ou une photographie qui ne disparaîtra jamais vraiment.

On peut repousser l’apprentissage. On ne peut pas repousser indéfiniment le monde dans lequel l’enfant devra vivre.

Et les parents dans tout ça ?

C’est probablement l’éléphant numérique au milieu du salon.

La Suède s’intéresse de plus en plus au rôle des parents. Les autorités recommandent notamment aux adultes de réfléchir à leur propre usage des écrans : poser le téléphone lorsqu’ils sont avec leurs enfants, instaurer des zones sans téléphone et réfléchir avant de publier des images de leurs enfants.

Autrement dit : avant d’apprendre à un enfant à décrocher de TikTok, il faudrait peut-être commencer par regarder combien de fois papa consulte son téléphone pendant le dîner.

Le Luxembourg défend lui aussi l’idée d’un accompagnement progressif : parents et éducateurs doivent apprendre aux mineurs à utiliser Internet de manière responsable et à se protéger des risques.

C’est finalement assez logique. Un enfant n’apprend pas à traverser une route parce qu’on lui interdit de sortir de la maison jusqu’à 13 ans.

Apprendre à regarder derrière l’écran

L’Espagne place officiellement la compétence numérique dans l’éducation, avec l’idée d’apprendre à utiliser les outils numériques de manière saine et responsable, et pas simplement de savoir cliquer dessus.

La Finlande va encore plus loin en intégrant la « media literacy » dans l’ensemble du parcours scolaire. Il ne s’agit pas seulement de savoir utiliser un réseau social, mais de comprendre les informations, reconnaître la désinformation, vérifier les sources et analyser ce que l’on voit. C’est peut-être là que se trouve le véritable enjeu.

Le problème n’est pas seulement que l’enfant puisse voir quelque chose de mauvais. C’est qu’il puisse ne pas comprendre pourquoi cette chose est mauvaise, qui la lui montre, pourquoi elle lui est montrée et ce que quelqu’un gagne à ce qu’il la regarde.

Un algorithme n’est pas un camarade de classe. Il n’est pas non plus un professeur. Il est conçu pour maximiser quelque chose : l’attention, l’engagement, le temps passé.

Apprendre cela à un enfant constitue peut-être une protection beaucoup plus durable qu’une simple barrière d’âge.

Faut-il alors supprimer les limites ?

Pas nécessairement. Les Pays-Bas défendent actuellement une limite européenne d’âge pour les réseaux sociaux, estimant que les algorithmes et certains contenus présentent des risques importants pour les jeunes. Mais une limite à 13 ans ne signifie évidemment pas que les réseaux deviennent soudainement sûrs le jour de l’anniversaire. L’accompagnement parental reste nécessaire.

L’Italie, de son côté, mène depuis plusieurs années des campagnes destinées spécifiquement aux parents pour les sensibiliser à la protection des mineurs sur les réseaux sociaux.

Voilà peut-être la voie la plus raisonnable : protéger sans abandonner l’éducation, limiter sans croire que la limite suffit, accompagner sans surveiller chaque respiration numérique.

Car l’objectif ne devrait pas être de fabriquer une génération qui ne sait pas utiliser Internet avant 13 ans. Il devrait être de fabriquer une génération qui, lorsqu’elle y entre, sait reconnaître quand Internet essaie de l’utiliser.

Et pour cela, il faudra probablement éduquer les enfants. Mais aussi leurs parents.

Parce qu’il serait tout de même assez cocasse de vouloir apprendre aux enfants à poser leur smartphone à table avec un adulte qui filme son assiette pour Instagram.

Sources

 

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Bertrand

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.