Vie du Web

Microsoft veut faire tourner l’IA, mais le Royaume-Uni manquent de courant, un peu comme la Wallonie

L’intelligence artificielle est censée révolutionner le monde, générer des milliards et nous aider à résoudre les problèmes les plus complexes de la planète. Mais elle a un petit défaut : elle consomme énormément d’électricité. Et quand le réseau ne suit pas, même les géants de la technologie se retrouvent à attendre devant une prise.

Au Royaume-Uni, Microsoft vient ainsi de se retirer d’un accord pour un gigantesque centre de données, faute de raccordement électrique dans les délais prévus. En Belgique, le problème est tout aussi concret : en Wallonie, des entreprises et des projets industriels sont déjà freinés par le manque de capacité du réseau. Bienvenue dans le monde merveilleux de la révolution numérique, où l’on peut avoir les serveurs, les investisseurs et les ambitions, mais pas forcément le courant.

Microsoft face à une prise électrique introuvable

Le projet britannique concerné se situe à Loughton, dans l’Essex, près de Londres. La société Nscale voulait y construire un centre de données destiné notamment à fournir de la puissance de calcul aux services Azure de Microsoft.

Les chiffres donnent une idée de l’ambition : environ 23 000 processeurs graphiques Nvidia GB300 et une capacité électrique annoncée de 50 mégawatts pour alimenter les infrastructures d’intelligence artificielle. Nous ne parlons donc pas d’un ordinateur posé sur un bureau, mais d’une installation industrielle particulièrement gourmande en énergie.

Le problème est venu du raccordement au réseau électrique. Les gestionnaires du réseau ne prévoyaient pas de pouvoir alimenter le site avant les années 2030. Or, le centre devait initialement entrer en service bien plus tôt.

Microsoft a donc abandonné son accord concernant ce site précis. L’entreprise précise toutefois que sa relation avec Nscale reste solide et que cette décision ne signifie pas la fin de leur partenariat global. De son côté, Nscale affirme vouloir poursuivre le projet et étudier des sources d’énergie alternatives.

Le revers est néanmoins sérieux : lorsqu’un client majeur se retire d’un projet qui devait accueillir ses infrastructures, ce n’est pas seulement une question de câbles et de transformateurs. C’est aussi un problème de calendrier, de financement et de crédibilité commerciale.

Le problème ne se limite pas aux Britanniques : la Wallonie est concernée

Ce serait tentant de considérer cette histoire comme une mésaventure britannique. Pourtant, la Wallonie rencontre une difficulté très comparable : dans plusieurs zones, le réseau électrique ne dispose plus de la capacité nécessaire pour répondre immédiatement à toutes les demandes des entreprises.

Les autorités régionales ont reconnu qu’une part significative des postes électriques était saturée ou risquait de l’être à l’horizon 2030. L’explosion des demandes est notamment liée à l’électrification industrielle, aux batteries, aux bornes de recharge, aux centres de données et au développement des énergies renouvelables.

Les conséquences ne sont pas théoriques. Dans la région liégeoise, des difficultés de raccordement ont notamment été signalées pour plusieurs parcs d’activités économiques. Le site des Cahottes 2, à Flémalle, est un exemple frappant : ce parc de 21 hectares, aménagé grâce à un investissement public de 10 millions d’euros, a été présenté comme étant confronté à un blocage de sa commercialisation en raison de l’absence de capacité électrique disponible.

D’autres sites, notamment à Villers-le-Bouillet et à Rossart, à Flémalle, ont également été cités dans ce contexte. Selon les chiffres avancés dans un document parlementaire, près de 30 millions d’euros d’investissements publics et plus de 1 100 emplois potentiels pourraient être concernés par ces retards. Il s’agit d’investissements et d’emplois espérés, et non de pertes définitivement constatées.

Autrement dit, il est possible d’aménager un terrain, de construire les infrastructures, de préparer l’arrivée des entreprises et de mobiliser de l’argent public… puis de découvrir que le réseau ne permet pas de fournir la puissance nécessaire. Le bâtiment est prêt, le projet est sur la table, mais le branchement risque de se faire attendre.

Des centaines de projets wallons dans la file d’attente

La situation dépasse largement quelques parcs industriels. En juin 2026, une réponse parlementaire faisait état de 161 demandes de raccordement en attente auprès d’ORES dans la zone Mons-La Louvière, sur un total de 1 066 demandes en attente sur l’ensemble du territoire couvert par ce gestionnaire.

Les projets concernés sont variés : installations de batteries, bornes de recharge pour véhicules électriques, projets industriels et entreprises. Le problème n’est donc pas réservé aux gigantesques centres de données de la Silicon Valley. Il touche aussi des activités beaucoup plus ordinaires, qui ont simplement besoin d’une alimentation électrique suffisante pour fonctionner.

ORES explique que les besoins de puissance ont fortement augmenté entre 2024 et 2025 et que les niveaux de charge anticipés pour 2030 étaient déjà observés en 2025. Le gestionnaire souligne aussi que certaines limitations viennent du réseau de transport exploité par Elia : même si ORES développe son propre réseau de distribution, il ne peut pas fournir une puissance que les infrastructures en amont ne sont pas en mesure d’acheminer.

La nuance est importante : ce n’est pas nécessairement qu’il manque de l’électricité produite en Belgique à chaque instant. Le problème peut être local et concerner la capacité à transporter cette énergie jusqu’à un site donné, à travers les lignes et les postes de transformation. Produire davantage ne suffit donc pas toujours. Il faut aussi pouvoir acheminer le courant au bon endroit, au bon moment et à la puissance demandée.

Pourquoi ne suffit-il pas de construire plus de lignes ?

Parce que renforcer un réseau électrique prend du temps. Il faut planifier les travaux, obtenir les autorisations, financer les investissements, installer les équipements et coordonner plusieurs acteurs. Pendant ce temps, les demandes de raccordement continuent d’augmenter.

La Wallonie a commencé à réagir. Un cadre permettant des raccordements flexibles a été adopté en décembre 2025. Le principe consiste à autoriser certaines entreprises à être raccordées même lorsque toute la puissance demandée ne peut pas être garantie en permanence. En contrepartie, leur consommation peut être limitée à certains moments, lorsque le réseau est sous tension.

Ces raccordements flexibles peuvent concerner les clients professionnels et industriels demandant plus de 250 kVA dans les zones où la capacité est limitée. Des solutions complémentaires, comme les batteries de stockage ou la production locale, peuvent également être envisagées selon les besoins du projet.

Ce n’est pas une baguette magique : une entreprise qui a besoin d’une puissance constante ne pourra pas nécessairement adapter son activité à toutes les restrictions. Et les solutions temporaires ne remplacent pas les investissements nécessaires pour renforcer durablement le réseau.

Le gouvernement wallon a reconnu que la modernisation des infrastructures demanderait plusieurs milliards d’euros au cours des prochaines années. La question est désormais de savoir à quelle vitesse les travaux pourront être réalisés et comment les capacités disponibles seront réparties entre les projets en attente.

L’intelligence artificielle se heurte à une réalité très physique

Le cas de Microsoft illustre un problème qui dépasse largement le Royaume-Uni. Les entreprises technologiques investissent massivement dans l’intelligence artificielle, mais les infrastructures indispensables à cette croissance ne se construisent pas à la vitesse des logiciels.

Les processeurs doivent être alimentés, les serveurs refroidis et les bâtiments raccordés. Sans oublier les réseaux de télécommunications, l’eau et les infrastructures de transport. Le « cloud » n’est pas une matière magique flottant au-dessus de nos têtes : il repose sur des installations bien réelles, qui occupent de l’espace et consomment des ressources.

En Belgique comme au Royaume-Uni, la capacité électrique devient ainsi un facteur déterminant pour l’implantation de nouvelles activités. Si les infrastructures ne suivent pas, les projets peuvent être retardés, redimensionnés ou déplacés vers des régions capables de fournir plus rapidement la puissance nécessaire.

Conclusion : le futur sera peut-être intelligent, mais il faudra d’abord le brancher

L’affaire britannique et les difficultés wallonnes racontent la même histoire : les ambitions numériques et industrielles progressent parfois plus vite que les infrastructures chargées de les alimenter.

Pour Microsoft, cela signifie renoncer à un accord sur un site dont le raccordement est trop tardif. En Wallonie, cela peut signifier des entreprises qui attendent, des investissements immobilisés et des emplois potentiels qui tardent à se concrétiser.

La réponse passe par des réseaux renforcés, une meilleure gestion des raccordements et des solutions flexibles lorsque c’est possible. Mais ces mesures demandent du temps, de l’argent et une planification sérieuse.

On nous promet une révolution portée par l’intelligence artificielle. Très bien. Mais avant de demander aux machines de résoudre tous les problèmes du monde, il serait déjà utile de pouvoir les allumer.

🇬🇧 Royaume-Uni : Microsoft confronté au manque d’électricité

Microsoft abandonne un accord pour un centre de données britannique en raison des retards électriques

19 octobre 2026 — Reuters

Microsoft se retire de l’accord concernant le centre de données prévu à Loughton, dans l’Essex. Le raccordement électrique ne serait pas disponible avant les années 2030. L’entreprise précise que sa décision concerne ce site précis et ne met pas fin à son partenariat global avec Nscale.

À retenir : ce cas illustre les difficultés que peuvent rencontrer les projets de centres de données lorsque les infrastructures électriques ne progressent pas au même rythme que les investissements dans l’intelligence artificielle.

🇧🇪 Wallonie : des projets économiques freinés par le réseau électrique

Réseaux électriques wallons : un plan d’action pour lever les freins au redéploiement économique

12 mars 2026 — Région wallonne

La Région reconnaît la saturation croissante de certains postes électriques et le risque de nouvelles contraintes d’ici 2030. L’électrification industrielle, les batteries, les centres de données, la mobilité et les énergies renouvelables augmentent les besoins de raccordement.

Des parcs d’activités économiques confrontés aux difficultés de raccordement

Décembre 2025 — Parlement de Wallonie

Une question parlementaire évoque les difficultés rencontrées par plusieurs sites de la région liégeoise, notamment les Cahottes 2 à Flémalle et des parcs d’activités à Villers-le-Bouillet. Les montants d’investissements et les emplois cités correspondent aux estimations exposées dans le document parlementaire.

Des projets bloqués par le manque de capacité électrique à Mons-Borinage

Réponse du 22 juin 2026 — Parlement de Wallonie

La ministre wallonne de l’Énergie indique que 161 demandes de raccordement sont en attente dans la zone Mons-La Louvière, sur 1 066 demandes en attente sur l’ensemble du territoire couvert par ORES. Les projets concernés comprennent des installations de batteries, des bornes de recharge et des projets industriels.

Les centres de données et la saturation du réseau électrique en Wallonie

Réponse du 5 juin 2026 — Parlement de Wallonie

La réponse ministérielle distingue les demandes de raccordement au réseau de transport et celles adressées aux gestionnaires de distribution. Elle souligne notamment l’ampleur des capacités demandées pour les projets de centres de données et les limites des infrastructures disponibles.

ORES explique le principe du raccordement électrique flexible

ORES — Documentation professionnelle

Le gestionnaire de réseau explique comment certaines entreprises peuvent être raccordées avec une puissance modulable lorsque le réseau est saturé. La solution peut permettre de lancer des projets avant le renforcement complet des infrastructures, mais la puissance disponible n’est alors pas garantie en permanence.

 

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.

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