Colossus 2 : 1,2 million de GPU, des milliards de dollars et une consommation électrique folle

Des centaines de milliers de processeurs Nvidia, des bâtiments industriels transformés en centres de calcul, des turbines à gaz, des batteries géantes et une consommation électrique qui se mesure désormais en gigawatts. Avec Colossus 2, Elon Musk ne construit plus simplement un superordinateur pour faire fonctionner Grok. Il développe une véritable infrastructure industrielle dédiée à l’intelligence artificielle, dont l’expansion prévue pour fin 2026 donne le vertige.
Pour comprendre l’ampleur du projet, oublions quelques instants les éternels débats sur les performances de ChatGPT ou de Grok. Derrière chaque réponse générée par une intelligence artificielle, des milliers de processeurs s’activent dans des centres informatiques gigantesques. Et comme les modèles deviennent toujours plus gourmands, il faut sans cesse ajouter des machines, des bâtiments, du refroidissement et, accessoirement, trouver suffisamment d’électricité pour éviter de plonger le voisinage dans le noir.
Elon Musk a donc décidé de régler le problème à sa manière : acheter des processeurs Nvidia par centaines de milliers, construire des centres de données à une vitesse hallucinante et installer les infrastructures électriques nécessaires. Le tout avec un calendrier qui ferait probablement avaler son dossier de permis de travers à n’importe quel fonctionnaire belge.
Imaginons un instant le même projet en Belgique
Le temps de choisir le terrain, de réaliser les études d’incidences, d’obtenir les permis, de consulter les riverains, de vérifier la capacité du réseau électrique et de déterminer si le dossier relève de la Région, de la commune ou d’une commission dont personne ne connaissait l’existence, Nvidia aurait probablement déjà commercialisé trois nouvelles générations de processeurs. Et on n’aurait toujours pas décidé où installer le parking à vélos.
Aux États-Unis, le chantier se développe autour de Memphis, dans le Tennessee, et de plusieurs sites voisins du Mississippi. Colossus premier du nom avait déjà impressionné l’industrie en 2024 par sa rapidité de déploiement. Avec Colossus 2, Musk change encore d’échelle : davantage de GPU, davantage de bâtiments, des besoins électriques vertigineux et des investissements qui donnent le tournis.
Reste une question : à force de vouloir construire plus vite que son ombre, le milliardaire parviendra-t-il à alimenter toutes ses machines ? Parce qu’acheter un million de processeurs, c’est une chose. Trouver la prise pour les brancher, c’en est une autre.
Colossus 2 : les chiffres qui donnent le tournis
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Objectif annoncé fin 2026
≈ 1,2 M
GPU Blackwell sur l’ensemble du complexe étendu
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Puissance informatique estimée actuellement
946 MW
Estimation indépendante d’Epoch AI, non relevé électrique
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Projection début 2027
1,53 GW
Puissance informatique estimée, hors frais généraux du site
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Coût d’investissement estimé
35,8 Md$
Estimation Epoch AI, pas un budget audité publié par Musk
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Un GPU, c’est un processeur qui a une spécialité : faire travailler une armée de petits calculateurs en même temps. Là où le processeur classique de votre ordinateur s’occupe de gérer les tâches du quotidien, le GPU peut effectuer simultanément une quantité phénoménale d’opérations mathématiques. Une véritable usine à calculs, particulièrement efficace pour entraîner les intelligences artificielles.
Mais attention, quand Elon Musk annonce vouloir réunir plus d’un million de GPU, cela ne signifie pas qu’il a commandé un million d’ordinateurs chez MediaMarkt, avec une petite souris offerte pour chaque achat. Ces processeurs sont regroupés dans des serveurs spécialisés, eux-mêmes installés dans d’immenses bâtiments et reliés entre eux par des réseaux ultrarapides.
Imaginez une gigantesque équipe de mathématiciens capables de travailler simultanément sur le même problème, sans réunion Teams et sans demander de télétravail le vendredi. Voilà, en simplifiant beaucoup, comment fonctionne cette débauche de puissance de calcul.
À quoi va servir toute cette puissance ?
Le premier objectif est évidemment Grok, l’intelligence artificielle développée initialement par xAI. Pour améliorer ses performances, il faut entraîner de nouveaux modèles sur d’immenses volumes de données, puis les faire fonctionner pour répondre aux utilisateurs.
Colossus 2 doit permettre de réaliser ces opérations à une échelle supérieure : entraînement de modèles plus complexes, traitement simultané de davantage de demandes et développement de systèmes capables de travailler sur du texte, des images, de la vidéo et des tâches nécessitant plusieurs étapes de raisonnement.
Le complexe pourrait également servir à d’autres acteurs de l’IA. Des capacités sont notamment associées à Anthropic et Cursor dans les informations suivies par Epoch AI.
En pratique, Colossus représente pour Musk ce qu’une immense usine représente pour un constructeur automobile : le moyen de fabriquer son produit à très (très) grande échelle. Sauf qu’ici, le produit est une IA, et la matière première est principalement constituée de calculs et d’électricité.
Une construction à une vitesse vertigineuse
La première génération de Colossus a été installée dans une ancienne usine Electrolux de Memphis. L’entreprise affirme avoir réalisé en quatre mois un chantier dont la durée habituelle aurait été estimée à deux ans.
Pour Colossus 2, les travaux ont commencé en 2025. Les documents financiers publiés en juin 2026 décrivent plusieurs étapes d’installation de processeurs Nvidia GB200 et GB300, avec des capacités électriques augmentant à mesure que les grappes de serveurs sont mises en service.
Le développement ne concerne désormais plus un bâtiment unique. Musk multiplie les implantations autour de Memphis, parfois en reconvertissant d’anciens sites industriels.
La feuille de route : cinq sites pour atteindre 1,2 million de GPU
Statut des annonces au 3 novembre 2026. Les échéances futures sont des objectifs d’Elon Musk, et non des mises en service confirmées.
| Site | Capacité annoncée | Situation |
|---|---|---|
| Macrohard | 330 000 GPU | Développement engagé |
| Macroharder | 220 000 GPU | Déploiement engagé |
| Minihard | 220 000 GPU | Travaux annoncés |
| Gun Range | ≈ 210 000 GPU | Fin novembre 2026 (prévision) |
| Spam | ≈ 210 000 GPU | Décembre 2026 (prévision) |
| Total | ≈ 1,19 million | Objectif fin 2026 |
Les deux derniers sites doivent accueillir ensemble environ 420 000 GPU Nvidia GB300. « Gun Range » occupera une ancienne zone d’entraînement de la police et des pompiers, tandis que « Spam » réutilisera un entrepôt autrefois consacré aux produits alimentaires Hormel. L’un doit principalement servir à entraîner des modèles, l’autre à les faire fonctionner.
Musk affirme avoir personnellement inspecté le chantier pendant la nuit et le lendemain matin, et assure que les travaux progressent bien. Les échéances restent toutefois particulièrement ambitieuses.
Les grandes étapes du chantier
1
Première infrastructure majeure à Memphis, dans une ancienne usine Electrolux.
2
Préparation du terrain et acquisition du site d’extension.
3
Environ 110 000 processeurs Nvidia GB200 et 210 MW de puissance informatique, selon les documents de l’entreprise.
4
Installation de nouvelles grappes de GPU GB300, de batteries et de systèmes de refroidissement. Les images satellites montrent des bâtiments supplémentaires en construction.
5
PRÉVISION
Ouverture visée des sites Gun Range et Spam, avec environ 420 000 GPU supplémentaires.
6
PROJECTION
Epoch AI projette environ 1,53 GW de puissance informatique, sous réserve de l’achèvement des installations.
Situation au 3 novembre 2026.
Combien d’électricité Colossus 2 va-t-il consommer ?
C’est ici que les chiffres deviennent particulièrement impressionnants, voire totalement irréel. Un gigawatt représente un milliard de watts. À cette échelle, on ne parle plus de quelques bâtiments informatiques, mais d’une demande comparable à celle d’une grande installation industrielle ou à la puissance électrique délivrée par un réacteur nucléaire.
Epoch AI estime à 946 MW la puissance informatique installée sur le périmètre étudié et prévoit environ 1 531 MW début 2027. Il faut ensuite ajouter les équipements auxiliaires, notamment une partie du refroidissement et de la distribution électrique.
Pour comprendre ce que cela représente, prenons l’hypothèse d’une installation consommant constamment 1 GW.
Scénario théorique : fonctionnement permanent à 1 GW
Soit 8,76 milliards de kilowattheures
sur une année complète.
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2,5 M
Foyers
Consommant chacun
3 500 kWh/an |
515 M
Parcours de 100 km
En voiture électrique
à 17 kWh/100 km |
Équivalences purement énergétiques. Il ne s’agit ni d’une consommation annuelle mesurée de Colossus 2 ni d’une prévision de facture.
Autrement dit, si Colossus 2 consommait effectivement 1 GW sans interruption, son énergie annuelle équivaudrait à la consommation de 2,5 millions de ménages utilisant chacun 3 500 kWh par an. Et à 1,5 GW constants, on atteindrait 13,14 TWh annuels, soit l’équivalent de 3,75 millions de ces ménages.
Il faut néanmoins distinguer trois choses : la puissance électrique prévue, la puissance réellement appelée et l’énergie effectivement consommée sur une année. Un centre de calcul ne fonctionne pas nécessairement à sa puissance maximale 24 heures sur 24.
Le véritable défi : trouver suffisamment d’électricité
Acheter des centaines de milliers de processeurs est une chose, les alimenter sans provoquer de déséquilibre sur le réseau électrique en est une autre. Colossus 2 nécessite des infrastructures de raccordement considérables : postes électriques haute-tension, transformateurs, lignes de transport et équipements de secours.
Or, construire de nouvelles capacités de réseau peut prendre plusieurs années. Musk veut développer ses centres de calcul beaucoup plus rapidement. Pour contourner cette difficulté, Musk a donc fait installer des turbines fonctionnant au gaz naturel. Elles permettent de produire de l’électricité directement à proximité des installations, sans attendre que le réseau puisse fournir toute la puissance demandée. Dingue, non ?
Les associations environnementales contestent cependant les conditions d’exploitation de certaines de ces turbines. Le 30 octobre 2026, une juge fédérale a rejeté une demande de l’entreprise visant à faire abandonner une procédure concernant 27 turbines installées à Southaven, dans le Mississippi. Vingt sept turbines !
Les plaignants évoquent une puissance cumulée d’au moins 495 MW et dénoncent des installations qui n’auraient pas obtenu les autorisations environnementales nécessaires. La décision judiciaire autorise la poursuite de la procédure, sans établir définitivement une infraction. Ce contentieux pourrait compliquer la stratégie d’approvisionnement électrique si des restrictions étaient finalement imposées.
Et si le réseau électrique ne suit plus ?
Une panne électrique de quelques secondes peut interrompre des calculs extrêmement coûteux. Les centres de données utilisent donc des batteries et des systèmes de secours pour maintenir leurs opérations ou permettre un arrêt contrôlé.
L’entreprise affirme avoir investi dans ses propres sous-stations électriques et installé plus de 240 batteries sur le site historique de Colossus. Elle indique également vouloir se déconnecter du réseau pendant certaines situations de forte tension sur l’approvisionnement local.
Les batteries ne créent pas d’électricité : elles stockent une quantité limitée d’énergie.
en supposant toute leur capacité disponible.
La question essentielle n’est donc pas seulement de savoir combien de batteries Musk peut installer, mais combien de temps elles peuvent réellement alimenter les serveurs.
Cette autonomie n’est pas établie publiquement pour l’ensemble de Colossus 2. La comparaison ci-dessus est théorique et ne représente pas la capacité réelle des batteries installées.
Le refroidissement : comment empêcher un million de GPU de surchauffer ?
Un processeur Nvidia destiné à l’intelligence artificielle peut consommer énormément d’électricité. Et presque toute cette énergie finit par être transformée en chaleur. Imaginez une pièce contenant plusieurs radiateurs électriques puissants. Multipliez maintenant leur nombre jusqu’à atteindre des centaines de milliers d’équipements, installés dans des rangées de serveurs.
Sans refroidissement, les températures grimperaient rapidement et les systèmes réduiraient leurs performances ou s’arrêteraient pour se protéger. Colossus 2 combine des solutions de refroidissement liquide au niveau des équipements informatiques et des installations capables d’évacuer la chaleur vers l’extérieur.
Les observations satellites analysées par Epoch AI montrent notamment de vastes ensembles de refroidisseurs et de condenseurs utilisant l’air extérieur. Le chercheur a identifié 217 refroidisseurs à air et 144 condenseurs sur le périmètre étudié, mais ces nombres ne constituent pas un inventaire définitif de toutes les installations.
Et la consommation d’eau ?
L’entreprise affirme que Colossus 2 utilise un circuit de refroidissement fermé, avec une consommation d’eau industrielle directe limitée, contrairement au système hybride de Colossus 1.
Un circuit fermé permet de réutiliser le liquide de refroidissement plutôt que de le renouveler continuellement. Il ne signifie cependant pas une consommation d’eau strictement nulle : entretien, pertes et production d’électricité peuvent également avoir une empreinte hydrique.
L’entreprise annonce par ailleurs un projet de station de recyclage des eaux usées dans la région de Memphis, présenté comme un moyen de réduire la pression sur les ressources locales.
Il manque encore des données indépendantes complètes permettant de calculer précisément la consommation totale d’eau de Colossus 2.
Quels sont les risques pour la suite du projet ?
1
Les serveurs peuvent être livrés avant que les infrastructures électriques soient capables de les alimenter. Les travaux sur le réseau, les autorisations et les turbines représentent donc des étapes aussi importantes que l’installation des GPU.
2
Ajouter des processeurs sans disposer d’une capacité suffisante pour évacuer leur chaleur ne permettrait pas d’augmenter durablement la puissance de calcul.
3
Les estimations d’Epoch AI évoquent plusieurs dizaines de milliards de dollars d’investissement. Au-delà de l’achat des GPU, il faut financer les bâtiments, les réseaux, l’énergie, la maintenance et le remplacement progressif des équipements.
4
Le développement rapide des centrales au gaz associées aux centres de données provoque déjà des contestations locales et judiciaires.
Aucun de ces risques ne signifie que Colossus 2 va échouer. Ils montrent simplement qu’un superordinateur de cette dimension ne dépend pas uniquement de la capacité à acheter les dernières puces Nvidia.
Bref : Elon Musk construit-il une intelligence artificielle ou une centrale électrique ?
Avec Colossus 2, Musk pousse la logique industrielle de l’IA à une échelle impressionnante. Son objectif n’est pas simplement d’avoir un modèle plus performant, mais de disposer d’une infrastructure capable d’entraîner et d’exploiter les futures générations d’IA.
Reste à transformer les annonces en capacités réellement opérationnelles. Les prochains mois seront déterminants pour vérifier si les nouvelles installations respectent les échéances annoncées et si l’approvisionnement électrique suit.
Pendant que les utilisateurs demandent à Grok de rédiger un e-mail ou de résumer une réunion, des milliers de personnes construisent les bâtiments, les réseaux et les systèmes énergétiques nécessaires à ces quelques lignes de texte.
L’intelligence artificielle promet de nous faire économiser du temps. Pour l’électricité, en revanche, elle semble avoir d’autres projets.
Sources et références
Neuf références pour comprendre le développement de Colossus 2, ses besoins énergétiques, ses ambitions et ses controverses.
Colossus 2 : Elon Musk veut doubler le nombre de GPU Nvidia
Les turbines à gaz de xAI au cœur d’une controverse
Deux nouveaux sites pour étendre Colossus 2
Colossus 2 : capacités, coûts et observations satellites
Infrastructures électriques, batteries et refroidissement
Une installation géante de batteries à Memphis
Les nouvelles extensions et le contentieux des turbines
Les nuisances des installations électriques pour les riverains
Sources consultées au 3 novembre 2026. Les chiffres annoncés par l’entreprise et les projections d’Epoch AI ne constituent pas des mesures indépendantes de consommation électrique réelle.
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