J’ai un iPad Air 2 acheté en 2014. Oui, 2014. Une époque formidable où l’on pouvait encore acheter un appareil électronique sans qu’il soit systématiquement accompagné d’un assistant artificiel, de trois abonnements et d’une conférence de presse expliquant qu’il allait révolutionner notre existence.
Mon antique tablette me sert essentiellement à regarder Netflix dans l’avion. Et, franchement, elle remplit parfaitement sa mission. Pourtant, Amazon vient de décider que les tablettes bon marché, c’était terminé. Enfin, presque. Le géant américain lance une nouvelle famille de tablettes Android baptisées Alexa Tablets, plus élégantes, plus ambitieuses et nettement plus chères. Parce qu’apparemment, pour regarder une série dans un avion, il faut désormais envisager un petit investissement stratégique.
Le 8 octobre, Amazon a dévoilé trois nouvelles tablettes : les Alexa Tablet 8, Alexa Tablet 11 et Alexa Tablet 12 Pro. Leur particularité ? Elles marquent une rupture avec les célèbres Fire, ces appareils abordables qui permettaient de consulter des pages web, de lire des livres et de regarder des vidéos sans devoir vendre un rein.
Cette fois, Amazon change de catégorie. Les nouveaux modèles adoptent un châssis en aluminium, des écrans plus ambitieux et surtout Android, avec un accès complet au Google Play Store. On pourra donc installer Netflix, YouTube, Gmail ou Google Docs sans devoir se demander pourquoi une application pourtant connue de toute l’humanité semble avoir mystérieusement disparu du catalogue.
C’était justement l’un des gros défauts des anciennes Fire. Elles reposaient sur Fire OS, une version dérivée d’Android, mais dépourvue de l’accès officiel au Play Store. Pour un utilisateur qui souhaitait simplement installer ses applications habituelles, l’expérience pouvait parfois ressembler à une chasse au trésor organisée par quelqu’un qui n’aime pas les trésors.
Amazon a donc fini par entendre les critiques. Il était temps. Il aura fallu quelques années, mais même les géants technologiques finissent parfois par comprendre que les clients apprécient les appareils qui fonctionnent sans leur demander de contourner trois obstacles.
La gamme se décline en trois formats. La petite Alexa Tablet 8 débute à 229,99 dollars, la version 11 pouces commence à 329,99 dollars et la grande Alexa Tablet 12 Pro atteint 499,99 dollars. Une version de cette dernière avec écran antireflet monte même à 549,99 dollars.
La tablette de 8 pouces dispose de 4 Go de mémoire vive et de 64 Go de stockage. Le modèle de 11 pouces passe à 8 Go de mémoire vive et propose un écran 2,5K, un taux de rafraîchissement de 90 Hz et jusqu’à 15 heures de lecture vidéo annoncées par le fabricant.
Quant à la version Pro de 12 pouces, elle bénéficie d’un écran de 120 Hz, d’une définition de 280 pixels par pouce et d’un processeur plus ambitieux. Elle vise aussi bien le divertissement que la productivité, avec un clavier vendu séparément à 149,99 dollars et un stylet facturé 89,99 dollars.
Vous avez bien lu. À ce tarif, le stylet ne vous écrira probablement pas votre déclaration d’impôts, mais il pourra au moins vous aider à annoter vos documents avec une élégance toute technologique.
Évidemment, ces prix américains ne sont pas nécessairement ceux que nous paierons en Belgique. Amazon prévoit une commercialisation européenne à partir du 19 octobre, notamment en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni. La Belgique ne figure toutefois pas dans la liste des premiers marchés annoncés.
Le véritable argument d’Amazon ne se limite pas à un morceau d’aluminium joliment usiné. Les nouvelles tablettes intègrent Alexa+, la version de son assistant vocal enrichie à l’intelligence artificielle générative.
L’objectif est de permettre des interactions plus naturelles, de comprendre des demandes plus complexes et de faciliter certaines tâches, notamment dans la maison connectée. Amazon veut transformer sa tablette en compagnon numérique capable de faire davantage que lancer une vidéo ou afficher la météo.
L’idée est intéressante. Reste à voir si nous avons réellement besoin d’une intelligence artificielle pour accomplir des tâches que nous effectuons déjà très bien avec nos doigts et quelques applications.
Surtout, il faudra surveiller les conditions d’accès à Alexa+. Aux États-Unis, le service est associé à l’abonnement Prime ou proposé séparément. Amazon a donc trouvé une autre manière de nous rappeler que la technologie moderne fonctionne merveilleusement bien, surtout lorsque notre carte bancaire est correctement renseignée.
Je dois reconnaître qu’Amazon a de bonnes raisons de revoir sa stratégie. Les anciennes Fire étaient abordables, mais leur système limitait parfois leur intérêt. En adoptant Android et le Play Store, la marque répond à une critique parfaitement légitime.
En revanche, je m’interroge sur cette course permanente au matériel plus haut de gamme. Mon iPad Air 2 a plus de douze ans. Il ne remportera probablement plus de concours de rapidité et certaines applications finiront par lui claquer la porte au nez. Mais pour regarder Netflix dans un avion, il fait encore le travail. Je n’ai pas besoin qu’il me propose une recette de lasagnes, qu’il organise mon calendrier ou qu’il analyse mes émotions pendant un épisode de série.
Amazon a donc peut-être raison de vouloir séduire les amateurs de tablettes plus performantes. Les nouvelles Alexa Tablets semblent nettement plus polyvalentes que les anciennes Fire et l’accès complet à Android constitue une amélioration importante.
Mais je vais continuer à regarder mon film dans l’avion avec mon vieux compagnon. Lui au moins ne me suggère pas de passer à une formule premium tous les trois épisodes.
Et si Amazon veut vraiment me convaincre de changer de tablette, il lui reste une fonctionnalité révolutionnaire à inventer : un appareil qui fonctionne parfaitement pendant douze ans, coûte raisonnablement cher et ne cherche pas à devenir mon meilleur ami artificiel.
Je sais, je rêve. Mais puisque l’intelligence artificielle est désormais partout, elle pourrait au moins m’aider à trouver un fabricant qui a compris ce que signifie le mot “suffisant”.
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