ChatGPT, Gemini, Claude : vos secrets les plus intimes vont-ils finir entre les mains des publicitaires ?

Vous avez confié à ChatGPT vos problèmes de couple, demandé à Gemini comment négocier une augmentation et expliqué à Claude pourquoi votre patron vous donne des boutons ? Félicitations, vous avez peut-être créé le journal intime le plus bavard de l’histoire. Mais une question mérite d’être posée : qui d’autre pourrait s’intéresser à ce que vous racontez à votre intelligence artificielle préférée ?
Une étude de chercheurs espagnols a justement tiré la sonnette d’alarme concernant le partage de données avec des services tiers de suivi publicitaire et analytique sur plusieurs assistants IA accessibles depuis un navigateur. Et le sujet est suffisamment sérieux pour attirer l’attention des autorités européennes.
Votre chatbot est-il aussi discret que votre meilleur ami ?
Le principe d’un assistant IA est séduisant : on lui parle naturellement, on lui pose des questions parfois très personnelles et on attend une réponse adaptée à notre situation. À force de discuter avec lui, on finit presque par oublier qu’il ne s’agit pas d’un confident assis dans un fauteuil, mais d’un service informatique composé de logiciels, de serveurs et de mécanismes de collecte de données.
Les chercheurs de l’institut espagnol IMDEA Networks ont étudié neuf assistants IA. Selon leurs résultats, six versions web transmettaient certains éléments liés aux conversations à des services tiers de suivi publicitaire ou analytique. Parmi les informations concernées figuraient notamment des titres, des liens ou d’autres éléments associés aux échanges.
Attention, cela ne signifie pas que toutes les conversations de tous les assistants sont envoyées aux annonceurs, ni que chaque message privé est accessible à n’importe quelle entreprise. Il faut distinguer les données effectivement observées par les chercheurs, les pratiques propres à chaque service et les possibilités théoriques de suivi.
Mais le simple fait que des informations liées à des échanges avec une IA puissent parvenir à des tiers mérite quelques explications.
Non, votre IA ne vend pas forcément vos secrets au plus offrant
Il serait tentant de résumer l’affaire par un “ChatGPT vend vos conversations à des publicitaires”. Ce serait aussi spectaculaire que trompeur.
La collecte de données peut servir à mesurer l’utilisation d’un site, à analyser son audience, à améliorer un service ou à personnaliser des publicités. Le problème dépend notamment de la nature des informations transmises, de leur caractère identifiable, du consentement obtenu et de la manière dont elles sont utilisées.
Les pratiques varient selon les fournisseurs, les versions des applications et les réglages activés. Il faut donc éviter de mettre ChatGPT, Gemini et Claude dans le même panier sans preuves propres à chacun.
En octobre, des préoccupations concernant la transmission de données liées aux chatbots ont également attiré l’attention de la Commission européenne. Cela ne constitue toutefois pas, à lui seul, une preuve que tous les services concernés ont enfreint la loi.
Bref, avant de crier au scandale, il faut regarder les faits. Mais avant de raconter toute sa vie à un chatbot, il serait également raisonnable de réfléchir deux secondes.
Comment éviter de raconter sa vie numérique à toute la planète ?
Quelques précautions simples permettent déjà de limiter les risques. Évitez de saisir des mots de passe, des coordonnées bancaires, des documents confidentiels ou des données professionnelles sensibles dans un assistant grand public. Si vous devez analyser un document, supprimez autant que possible les noms, les adresses et les informations permettant d’identifier les personnes concernées.
Vérifiez également les paramètres de confidentialité de votre assistant. Selon le service, vous pouvez disposer d’options concernant l’historique, l’utilisation des conversations pour améliorer les modèles ou la suppression des échanges. Attention toutefois : désactiver une option ne signifie pas nécessairement que toutes les données techniques cessent d’être collectées.
Enfin, gardez un œil sur les cookies et les autorisations accordées aux applications. Et si vous utilisez une IA dans le cadre professionnel, vérifiez les règles de votre entreprise avant de lui confier des documents internes.
Le meilleur confident reste parfois celui qui ne connaît pas votre mot de passe
L’intelligence artificielle peut être un formidable outil pour apprendre, travailler et résoudre des problèmes. Mais la facilité avec laquelle nous lui parlons peut nous faire oublier une règle élémentaire : toute information transmise à un service numérique mérite un minimum de prudence.
Non, il n’est pas nécessaire de retourner au papier et au stylo, ni de communiquer avec son ordinateur par pigeon voyageur. Il suffit de se rappeler qu’une conversation apparemment privée reste soumise aux règles techniques et commerciales du service utilisé.
Après tout, votre chatbot peut vous aider à rédiger un message délicat à votre patron. Il serait dommage qu’une mauvaise configuration transforme cette aide en sujet de conversation pour toute une chaîne publicitaire.
Vos conversations sont-elles vendues aux publicitaires ? Doucement, Sherlock !
Avant d’imaginer que votre dernière confession à ChatGPT va finir sur l’écran d’un publicitaire qui vous proposera des mouchoirs, des antidépresseurs et un séjour dans un monastère tibétain, faisons une petite distinction. Toutes les pratiques liées à vos données ne se valent pas.
Première possibilité : vos conversations servent à entraîner ou à améliorer une intelligence artificielle. En gros, votre chatbot révise ses leçons avec certains échanges, selon les règles du service et vos paramètres. Deuxième possibilité : des données sont exploitées pour personnaliser des publicités ou mesurer leur efficacité. Et troisième possibilité, bien différente : le contenu de vos discussions est effectivement transmis à des annonceurs ou à des services tiers de suivi.
Et ce dernier point n’est pas qu’une théorie destinée à faire frissonner les amateurs de science-fiction. Des chercheurs espagnols d’IMDEA Networks et de l’Université Carlos III de Madrid ont étudié le comportement de plusieurs assistants d’intelligence artificielle. Selon les résultats rapportés par le média espagnol elDiario.es, certains assistants transmettraient des éléments liés aux conversations à des services tiers, notamment des outils de suivi et de publicité. Les informations concernées pourraient inclure des titres de conversations, des questions ou des documents partagés.
Pour découvrir les détails de cette enquête, consultez l’article d’elDiario.es consacré aux fuites de données de conversations vers des annonceurs.
Est-ce que cela signifie que votre vie privée est vendue au kilo sur le marché publicitaire ? Pas si vite ! La transmission de données à des traceurs ne prouve pas automatiquement que le contenu intégral de vos discussions est revendu aux marques ou utilisé pour personnaliser des publicités. Il faut distinguer les données collectées, celles qui sont transmises et l’usage qui en est réellement fait. La nuance est moins spectaculaire qu’un complot mondial, mais nettement plus sérieuse qu’une simple rumeur de comptoir.
Le bon réflexe consiste donc à vérifier les politiques de confidentialité de ChatGPT, Gemini et Claude, ainsi que les options de contrôle des données. Et surtout, évitez de raconter à votre chatbot absolument tout ce qui vous passe par la tête. Votre numéro de compte bancaire, vos secrets de famille et votre projet de vengeance contre le voisin qui tond sa pelouse le dimanche à 7 heures n’ont pas besoin de devenir les vedettes d’une conversation numérique.
Bref : votre IA n’est pas nécessairement une balance au service des publicitaires. Mais ce n’est pas non plus le vieux confessionnal en bois du fond de l’église. Et contrairement au curé, elle fonctionne avec des serveurs, des paramètres et des politiques de confidentialité que vous avez probablement acceptés sans les lire.
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