La cyberattaque des supermarchés prend de l’ampleur : d’autres marques de frigo concernées
On pensait avoir identifié le principal problème, mais les nouvelles ne sont pas franchement rassurantes. Après les systèmes de réfrigération Danfoss, visés lors de la cyberattaque qui a touché plusieurs centaines de supermarchés français, d’autres équipements ont été compromis. Cette fois, ce sont des systèmes associés à Dixell et à sa maison mère américaine, Copeland, qui sont dans le viseur. Et l’ANSSI prévient que les attaques pourraient encore se poursuivre.
Un autre fabricant entre dans l’histoire
Le 13 octobre, de nouveaux incidents ont été signalés dans des magasins équipés de systèmes Dixell. Cette entreprise, d’origine italienne et désormais détenue par le groupe américain Copeland, ne fabrique pas les réfrigérateurs eux-mêmes. Elle conçoit notamment les régulateurs électroniques qui pilotent la température des vitrines réfrigérées, des chambres froides et des congélateurs. Et c’est précisément là que les choses deviennent intéressantes, dans le mauvais sens du terme.
Dans un supermarché de la région bordelaise, un frigoriste a constaté que des pirates avaient modifié les paramètres de dégivrage et de régulation. Selon son témoignage rapporté par Le Monde, certains réglages destinés à maintenir les produits surgelés à −22 °C avaient été remplacés par une valeur de 150 °C. Autant dire que les lasagnes surgelées n’étaient pas exactement parties pour passer une nuit tranquille.
Les techniciens ont toutefois pu intervenir à temps dans ce magasin, évitant la destruction des marchandises. Un autre établissement, un E.Leclerc de Lescure-d’Albigeois, dans le Tarn, n’a pas eu cette chance : il a annoncé avoir dû vider ses réfrigérateurs et jeter les produits concernés après la rupture de la chaîne du froid.
Des failles qui ne datent pas d’hier
Le problème ne se limite donc plus aux équipements Danfoss évoqués lors de la première vague d’attaques.
L’agence française de cybersécurité, l’ANSSI, a actualisé son bulletin d’alerte le 13 octobre. Celui-ci mentionne désormais quatre familles de systèmes de contrôle à distance : les séries AK-SM et AK-SC de Danfoss, ainsi que les équipements XWEB associés à Copeland et Dixell.
Des vulnérabilités avaient déjà été documentées sur certains de ces équipements. En février 2026, l’agence américaine de cybersécurité, la CISA, avait également signalé des failles concernant des systèmes Dixell. Certaines pouvaient notamment permettre de contourner l’authentification ou d’exécuter des commandes à distance.
Attention, cela ne signifie pas que l’on a définitivement identifié la faille précise exploitée dans chaque magasin. L’existence d’une vulnérabilité connue ne prouve pas, à elle seule, qu’elle a servi lors de cette campagne. L’enquête doit encore déterminer comment les pirates ont procédé.
Le point commun reste néanmoins préoccupant : des interfaces permettant de gérer des installations frigorifiques sont accessibles depuis Internet. Si ces interfaces sont mal protégées, un équipement conçu pour conserver des aliments peut devenir un levier de sabotage à distance.
L’ANSSI recommande de ne pas laisser les portes ouvertes
Dans son bulletin officiel, l’ANSSI avertit que des campagnes d’attaques sont probablement toujours en cours. Elle recommande notamment de supprimer l’exposition directe des équipements concernés à Internet, de vérifier leurs paramètres et de réserver les accès à des réseaux protégés ou à des VPN sécurisés.
Les systèmes compromis doivent faire l’objet de mesures supplémentaires, notamment une restauration appropriée et une remise en service sécurisée. Une simple réinitialisation ne suffit pas nécessairement si l’équipement reste vulnérable et accessible depuis Internet.
C’est le genre de détail que l’on oublie facilement lorsqu’un appareil fonctionne depuis dix ans sans faire d’histoires. Mais un système informatique vieillissant ne devient pas plus sûr parce qu’il a été sage pendant une décennie. Et lorsqu’il pilote une installation frigorifique, ses problèmes dépassent largement le cadre d’un écran qui refuse de démarrer.
Qui attaque, et pourquoi ?
Pour le moment, les auteurs de ces opérations n’ont pas été identifiés publiquement. Aucune revendication claire n’a été signalée et, contrairement aux scénarios classiques de rançongiciel, aucune demande de rançon n’a été rapportée dans les informations disponibles.
Il reste donc plusieurs inconnues : s’agit-il d’une même opération visant plusieurs fabricants, de campagnes distinctes ou d’attaquants profitant opportunément de systèmes vulnérables ? Les éléments disponibles ne permettent pas encore de trancher.
Une chose est sûre : l’élargissement de l’alerte montre que le problème dépasse un seul constructeur. Les entreprises qui assurent la maintenance de ces installations, les exploitants de magasins et les fabricants devront examiner leurs équipements et leurs accès à distance.
La morale de cette histoire est finalement assez simple : on protège généralement les caisses, les données des clients et les serveurs. Mais les systèmes qui maintiennent les aliments au froid méritent eux aussi une vraie politique de cybersécurité. Car un pirate n’a pas toujours besoin de voler des données ou de bloquer un ordinateur pour faire des dégâts. Parfois, il lui suffit de modifier quelques chiffres sur un thermostat. Et là, le ticket de caisse n’est pas le seul à risquer de grimper.

