Neko health : le contrôle technique de votre corps existe désormais

Vous connaissez probablement Daniel Ek, le fondateur de Spotify, l’homme qui a contribué à faire disparaître nos CD, nos MP3 et une bonne partie de notre capacité à posséder réellement de la musique (bon, j’ai encore mes vieux vinyl de mélalleux). Et maintenant, il s’attaque à quelque chose d’un peu plus compliqué à mettre en streaming : notre santé.

Avec Neko Health, Daniel Ek s’est lancé dans un domaine qui peut sembler assez éloigné de Spotify, mais qui repose finalement sur une obsession assez similaire : collecter énormément de données, les rendre compréhensibles et essayer d’en tirer quelque chose d’utile. Sauf que cette fois, au lieu de mesurer combien de fois vous avez écouté ABBA à 2 heures du matin, Neko veut savoir ce qui se passe à l’intérieur de votre corps.

Et le concept est plutôt étonnant : vous entrez dans une clinique, vous passez une batterie d’examens pendant environ une heure, un médecin vous explique ensuite les résultats et vous repartez avec une sorte de tableau de bord extrêmement détaillé de votre organisme.

Bref, le contrôle technique automobile, mais avec beaucoup moins de chances que le garagiste vous dise que votre pot d’échappement est nase.

Des millions de données en une heure

Neko Health a été créée en Suède en 2023 par Daniel Ek et Hjalmar Nilsonne. L’idée n’est pas de remplacer votre médecin généraliste (dont les plages de rendez-vous ressemblent au plage de la Costa Brava en plein mois de d’août : full !)  lorsque quelque chose ne va pas, mais plutôt de déplacer une partie de la médecine vers la prévention.

Le principe est assez simple : au lieu d’attendre qu’un symptôme apparaisse, Neko cherche des signaux qui pourraient indiquer qu’un problème commence à se développer. Et pour cela, la machine ne fait pas exactement dans la demi-mesure.

Le bilan combine notamment des images haute résolution de la peau, de l’imagerie thermique et des capteurs de profondeur, un électrocardiogramme, plusieurs mesures de tension artérielle, une analyse de la circulation sanguine, une évaluation de la fonction cardiaque, une mesure de la composition corporelle, la force de préhension, la pression intraoculaire et une prise de sang analysée directement sur place. Neko affirme ainsi capturer des millions de points de données pendant la séance.

La peau fait notamment l’objet d’une cartographie particulièrement poussée puisque le système prend plus de 2 000 images haute résolution afin de créer une sorte de carte personnelle des grains de beauté et autres marques cutanées. L’intérêt est évidemment de pouvoir comparer les résultats au fil du temps plutôt que de simplement regarder une photo et se demander si ce truc était déjà là l’année dernière.

Le système analyse également différents paramètres cardiovasculaires et métaboliques, notamment le cholestérol, l’HbA1c, certains marqueurs inflammatoires, la composition corporelle et la graisse viscérale.

Et c’est précisément cette combinaison qui rend le concept intéressant : Neko ne prétend pas obtenir une photographie parfaite de votre organisme, mais cherche à assembler suffisamment de morceaux du puzzle pour permettre à un professionnel de santé de repérer des éléments qui méritent éventuellement une attention supplémentaire.

Pas d’irm, pas de scanner 

Il y a également une différence importante avec certains examens médicaux classiques : le système Neko fonctionne sans rayonnement ionisant. Pas de radiographie, pas de scanner CT et pas d’IRM.

L’entreprise utilise plutôt un ensemble de caméras, capteurs, systèmes optiques, thermographie, laser et dispositifs médicaux classiques afin de produire son fameux portrait numérique du patient. Et surtout, les résultats sont disponibles immédiatement.

C’est probablement l’un des aspects les plus séduisants du concept. Le sang est analysé directement sur place et les différentes mesures sont regroupées avant la consultation finale avec le médecin.

Vous n’avez donc pas besoin de repartir avec une feuille disant “les résultats vous seront communiqués ultérieurement”, cette phrase qui possède probablement le pouvoir de faire grimper instantanément la tension artérielle de n’importe quel patient.

Après le scan, un clinicien examine les résultats avec vous et peut recommander des examens complémentaires ou une consultation spécialisée lorsque quelque chose nécessite une investigation supplémentaire.

Neko insiste d’ailleurs sur le fait que son système est complémentaire du parcours médical classique et ne constitue pas un remplacement du médecin généraliste ou des spécialistes.

Bref, vous vous installez dans une salle futuriste et personnelle, où l’élément qui vient directement à l’esprit est “Dans quel film de science-fiction suis-je en train de jouer ?”.

299 livres pour savoir si votre corps mérite une mise à jour

Le prix britannique est actuellement fixé à 299 livres, soit grosso modo 350 € pour une heure d’examen particulièrement poussée.

Cela peut paraître beaucoup, mais il faut comparer ce tarif avec le nombre d’examens et de mesures réalisés pendant la séance plutôt qu’avec le prix d’une simple consultation médicale.

Bon, de là à imaginer que ce genre de bilan soit un jour remboursé par nos mutuelles, il y a encore un sacré fossé. Surtout quand notre Premier ministre Bart nous rappelle qu’il n’y a plus vraiment de sous dans les caisses et qu’il faut encore trouver 10 milliards ! Autrement dit, pour le contrôle technique de votre corps, prévoyez peut-être de sortir la carte bancaire avant de sortir la carte SIS. A non, ça n’existe plus depuis 1000 ans, cette carte SIS en Belgique.

Evidemment, le problème est évidemment ailleurs : la prévention médicale n’est pas nécessairement synonyme de multiplication des examens. Découvrir une anomalie n’est utile que si elle peut être correctement interprétée, confirmée lorsque nécessaire et prise en charge ensuite. Une montagne de données n’est pas automatiquement une montagne de bonnes décisions.

C’est probablement la partie la plus intéressante du modèle Neko. L’entreprise ne vend pas seulement une énorme quantité de mesures. Elle essaie de transformer ces mesures en informations compréhensibles avec l’intervention d’un professionnel de santé. Vous me voyez venir : Que vont devenir ces données, qui et comment va-t-on les utiliser ? N’oublions pas que tout s’achète.

Toutefois,  à l’heure où nous sommes déjà capables de mesurer notre fréquence cardiaque, notre sommeil, notre saturation en oxygène, nos calories, notre activité physique et probablement bientôt la quantité exacte de regrets ressentis après avoir mangé une troisième part de pizza, nous franchissons là un pas vers le “tout contrôler par les données”. Ah, on les partagerait pas sur Strava ?

Le succès dépasse largement le gadget de milliardaire

Neko n’est d’ailleurs plus vraiment une petite expérience suédoise financée par le fondateur de Spotify. En juillet 2026, l’entreprise a annoncé une levée de fonds de 700 millions de dollars. Elle indiquait alors que plus de 350 000 personnes s’étaient inscrites ou avaient rejoint la liste d’attente et que plus de 100 000 personnes avaient déjà réalisé un bilan au Royaume-Uni ou en Suède. La société affirme également que 75 % des membres réservent et prépaient un nouveau bilan après leur première visite.

Et depuis quelques jours, Neko a franchi une nouvelle étape avec l’ouverture de sa première clinique américaine à New York, dans le quartier de SoHo. Plus de 25 000 personnes s’étaient inscrites sur la liste d’attente avant cette ouverture.

D’autres implantations américaines sont déjà prévues, notamment à Miami, Washington et San Francisco. Le concept commence donc à ressembler moins à une curiosité pour technophiles fortunés et davantage à une nouvelle catégorie de services de santé préventive.

Et en Belgique, en France, on fait comment ?

C’est probablement la question que vous vous posez si, comme moi, vous habitez à quelques centaines de kilomètres de Londres et que vous n’avez pas prévu de transformer votre prochain week-end en pèlerinage médical britannique.

Pour l’instant, Neko Health est implanté en Suède, au Royaume-Uni et aux États-Unis. La Belgique et la France ne figure pas encore parmi les implantations annoncées.

Il faudra donc patienter pour pouvoir réserver tranquillement son heure de contrôle technique humain depuis Bruxelles, Paris, Mons ou Lille. Mais le concept mérite tout de même qu’on s’y intéresse, parce qu’il illustre une évolution assez intéressante de la médecine : passer progressivement d’une logique où l’on consulte parce que quelque chose ne va pas à une logique où l’on cherche régulièrement des signaux indiquant que quelque chose pourrait commencer à ne plus aller. La nuance est importante.

Neko ne peut évidemment pas garantir que vous ne développerez jamais une maladie simplement parce que vous avez passé une heure sous ses capteurs. Et un résultat normal aujourd’hui ne constitue pas une assurance-vie médicale valable jusqu’à votre prochain anniversaire.

En revanche, disposer régulièrement d’un ensemble de mesures comparables pourrait permettre de repérer certaines évolutions avant qu’elles ne deviennent suffisamment importantes pour provoquer des symptômes.

Le spotify de la santé ?

C’est finalement là que Daniel Ek pourrait avoir trouvé son véritable terrain de jeu. Spotify a contribué à transformer une gigantesque quantité de données musicales en une expérience simple pour l’utilisateur. Neko tente de faire quelque chose de comparable avec des données biologiques, sauf que la playlist de votre organisme est légèrement plus compliquée à corriger lorsque quelque chose déconne.

La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir si Neko possède suffisamment de capteurs. Il en possède manifestement beaucoup.

La question sera plutôt de savoir ce que cette accumulation de données permet réellement de détecter, combien de vies elle peut effectivement améliorer et, surtout, si cette médecine préventive ultra-technologique peut progressivement sortir du club des personnes capables de payer plusieurs centaines d’euros pour faire analyser leur organisme une fois par an.

Et l’idée est plutôt “smart” : ne pas attendre que le voyant moteur s’allume pour découvrir qu’il y a un problème.

Reste simplement à savoir si, dans quelques années, nous considérerons ce genre de bilan comme une extravagance de geek fortuné ou comme l’équivalent moderne de la vidange annuelle. Personnellement, je préférerais quand même éviter le voyant moteur rouge. Surtout si c’est moi qui suis sous le capot.

Sinon, qu’en pense la presse ? 

Et bien, la presse semble assez partagée face à Neko, et c’est probablement ce qui rend le concept encore plus intéressant. Les articles consacrés à l’entreprise sont généralement impressionnés par l’expérience proposée, la quantité de données récoltées et la rapidité du parcours, mais beaucoup moins catégoriques lorsqu’il s’agit de déterminer si cette avalanche de mesures permet réellement d’améliorer la santé à long terme.

Le Financial Times s’intéresse surtout à l’ambition technologique et économique de Daniel Ek, avec cette volonté de construire une sorte d’Apple de la santé, tandis que The Guardian, après avoir testé le service, s’attarde davantage sur l’expérience du patient et sur les questions que pose la médicalisation croissante de la prévention.

The Times adopte une approche assez pragmatique en regardant ce que les examens ont effectivement permis de découvrir chez les patients, tout en soulignant qu’une partie des anomalies détectées aurait probablement été identifiée dans le parcours médical classique.

D’autres médias spécialisés dans la santé et la technologie s’intéressent surtout au volume impressionnant de données produit par chaque examen et à la manière dont Neko entend utiliser l’intelligence artificielle pour les analyser. En résumé, la presse semble surtout dire : “c’est vachement impressionnant, ce bazar !”, avant d’ajouter presque immédiatement : “maintenant, montrez-nous que toutes ces données servent réellement à quelque chose”. Et c’est probablement la bonne question à poser.

Sources

 


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Bertrand

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.