Humeurs

Trump découvre que les guerres font monter le prix du pétrole… et accuse Zelensky

Il fallait oser. Alors que les prix de l’énergie flambent, que le pétrole dépasse à nouveau les 100 dollars le baril et que le diesel américain vient de franchir les 6 dollars le gallon, Donald Trump a trouvé le responsable idéal : Volodymyr Zelensky.

Pas l’Iran. Pas la guerre que les États-Unis mènent actuellement contre Téhéran. Pas les attaques contre les navires et les infrastructures pétrolières dans le Golfe. Non. Zelensky.

Le président américain demande donc à son homologue ukrainien d’arrêter de frapper les raffineries russes, estimant que ces attaques contribuent à la pénurie mondiale de diesel. Et, pour une fois, il existe effectivement une part de vérité dans son raisonnement. Les frappes ukrainiennes ont fortement perturbé le raffinage russe, au point que Moscou a limité ses exportations de carburant. Certaines raffineries importantes ont été mises à l’arrêt.

Mais transformer cette réalité en explication principale de la flambée mondiale des prix de l’énergie, c’est un peu comme mettre le feu à sa cuisine, constater que le voisin a cassé une fenêtre et lui présenter ensuite la facture des pompiers.

Le petit problème : l’Iran est dans la pièce

Parce qu’au même moment, il se passe quelque chose d’assez gênant pour le récit présidentiel : la guerre entre les États-Unis et l’Iran perturbe directement le marché mondial du pétrole.

Le détroit d’Ormuz est sous tension, des navires ont été attaqués, des infrastructures pétrolières saoudiennes ont été touchées et les routes d’approvisionnement sont devenues beaucoup plus incertaines. Le résultat est assez simple : une partie considérable des approvisionnements mondiaux est désormais soumise à un risque géopolitique supplémentaire et le prix du pétrole s’envole. Trump lui-même vient pratiquement de reconnaître le problème.

Il expliquait encore récemment que les prix du pétrole avaient augmenté à cause de la guerre avec l’Iran et qu’ils pourraient ne pas redescendre avant les élections américaines de mi-mandat.

On a donc une situation assez savoureuse : quand le prix de l’essence augmente, Trump explique que c’est la guerre avec l’Iran. Puis, quelques jours plus tard, quand le diesel augmente, il explique que c’est Zelensky. Il ne manque plus qu’un tweet accusant la météo.

Zelensky attaque des raffineries russes… parce que la Russie attaque l’Ukraine

Il faut également rappeler un détail légèrement encombrant : l’Ukraine n’attaque pas les raffineries russes parce que Zelensky aurait décidé que les automobilistes américains avaient besoin d’une nouvelle raison de payer leur plein plus cher.

Ces installations participent à l’effort économique et militaire russe. Et l’Ukraine cherche précisément à rendre plus difficile l’approvisionnement de la machine de guerre de Moscou. La Russie, de son côté, attaque depuis des années les infrastructures énergétiques ukrainiennes.

Autrement dit, demander à l’Ukraine de ne surtout pas toucher aux infrastructures énergétiques russes revient à demander au boxeur qui reçoit des coups de ne pas viser le foie de son adversaire parce que cela pourrait déranger les spectateurs.

D’autant plus que Trump lui-même reconnaissait encore récemment que les frappes ukrainiennes en profondeur contre la Russie pouvaient contribuer à faire évoluer le rapport de force et pousser Moscou vers une négociation.

Le principe semble donc assez flexible : quand les frappes russes ou ukrainiennes servent la stratégie diplomatique de Trump, elles sont une bonne chose. Quand elles commencent à faire grimper le prix du diesel américain, elles deviennent soudainement une très mauvaise idée.

Le vrai tour de magie : déplacer la responsabilité

C’est là que la déclaration devient politiquement intéressante. Trump est confronté à une situation particulièrement inconfortable : il est président des États-Unis, il est engagé militairement contre l’Iran, la guerre dure, les routes pétrolières sont perturbées et les prix de l’énergie explosent.

Et que fait un responsable politique lorsqu’une situation devient difficile à expliquer ? Il cherche un autre bouton sur lequel appuyer. En l’occurrence, celui qui porte le nom de Zelensky.

C’est politiquement très pratique : la guerre en Ukraine existe déjà, Zelensky est déjà la cible parfaite pour une partie de l’électorat américain et les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes ont effectivement un impact sur les carburants. Il suffit donc de prendre un problème réel, d’en grossir considérablement l’importance et de laisser discrètement hors champ le conflit qui perturbe directement les principales artères énergétiques du Moyen-Orient.

C’est un peu comme accuser le voisin d’avoir cassé le thermomètre

Imaginez un propriétaire qui met volontairement le feu à sa cheminée, provoque une fumée épouvantable dans tout le quartier, puis découvre que son voisin a ouvert une fenêtre pour évacuer la fumée.

Le lendemain, il organise une conférence de presse : “Mesdames et messieurs, la catastrophe est entièrement due à cette fenêtre.” C’est à peu près la logique actuelle. Oui, les frappes ukrainiennes aggravent les tensions sur le diesel. Mais non, cela ne transforme pas Zelensky en responsable de la flambée mondiale des prix de l’énergie.

Les marchés pétroliers réagissent surtout à la disponibilité du brut, aux capacités de raffinage, au transport maritime et aux risques géopolitiques. Et actuellement, une guerre impliquant directement les États-Unis et l’Iran, avec des perturbations autour d’un des principaux passages pétroliers de la planète, n’est pas exactement un détail dans l’équation.

Trump veut une guerre… mais pas la facture

Le plus ironique dans cette histoire est peut-être là.

Trump veut pouvoir mener une guerre contre l’Iran, obtenir une victoire spectaculaire, contrôler les conséquences géopolitiques, éventuellement sécuriser l’accès au pétrole et annoncer ensuite que tout va redevenir merveilleux.

Mais entre le début d’une guerre et le moment où l’on proclame sa victoire, il existe une invention assez pénible : la facture. Et cette facture arrive maintenant à la pompe. Alors Trump regarde autour de lui et semble découvrir qu’il faut bien quelqu’un à qui la présenter. Zelensky fait parfaitement l’affaire.

Après tout, il est beaucoup plus facile de demander à l’Ukraine d’arrêter de frapper les raffineries russes que d’expliquer aux électeurs américains pourquoi une guerre lancée par Washington contre l’Iran contribue à faire exploser le prix du carburant.

La diplomatie façon Trump, finalement, c’est peut-être cela : si le thermomètre affiche 40 degrés, ne cherchez surtout pas qui a allumé le feu. Cherchez plutôt qui a ouvert la fenêtre.

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.

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