Le premier “L’Arme fatale” est sorti au cinéma en 1987. J’avais alors 17 ans. À cet âge, voir Mel Gibson et Danny Glover débarquer sur grand écran, c’était l’assurance de passer deux heures entre fusillades, poursuites, explosions et répliques devenues cultes. Je fais donc partie de cette génération qui a découvert Riggs et Murtaugh non pas sur une plateforme de streaming, mais confortablement installé dans un fauteuil de cinéma à Mons, berceau de mon adolescence.
Le quatrième épisode est sorti en 1998. J’avais 28 ans. Depuis, plus rien. Pas de cinquième aventure, pas de retrouvailles, pas même un petit coup de fil pour nous dire que Murtaugh allait bien. Près de trente ans plus tard, Lethal Weapon 5 pourrait pourtant enfin devenir une réalité. Et, forcément, cela me fait quelque chose.
Le premier film avait introduit un duo devenu emblématique du cinéma d’action américain : Martin Riggs, policier suicidaire et complètement imprévisible, associé à Roger Murtaugh, père de famille beaucoup plus raisonnable et qui répétait déjà qu’il était ” trop vieux pour ces conneries“. Le gag avait évidemment quelque chose de prophétique.
Aujourd’hui, Mel Gibson a 70 ans et Danny Glover 80. Et pour une fois, le scénario semble vouloir assumer cette réalité plutôt que de faire comme si les deux hommes avaient mystérieusement conservé leur condition physique de 1987.
Mel Gibson explique ainsi que les personnages ont beaucoup changé. L’un est à la retraite tandis que l’autre travaille désormais derrière un bureau et a pris du poids. Le film serait donc beaucoup moins spectaculaire que les précédents et davantage centré sur les deux personnages. Et, personnellement, je trouve cette idée plutôt intéressante.
Lorsque j’ai vu les premiers épisodes, ce qui fonctionnait n’était pas uniquement l’action. C’était surtout le duo. Riggs et Murtaugh étaient deux personnages profondément différents, mais leur relation constituait finalement le véritable moteur de la saga. Les explosions, les poursuites et les fusillades servaient surtout à mettre cette relation en scène.
Mel Gibson semble vouloir revenir à cette formule. Le cinquième film serait beaucoup plus “low-tech”, avec moins de grosses explosions et davantage d’attention portée aux personnages. Le scénario serait une histoire autonome, qui ne nécessiterait pas de reproduire toutes les mécaniques des quatre premiers films.
Et franchement, après avoir vu des dizaines de suites transformer chaque nouvel épisode en concours de destruction massive, cette perspective me plaît. Je n’ai pas forcément besoin de voir Riggs conduire une voiture lancée à 180 km/h depuis le toit d’un immeuble pendant que Murtaugh tire au lance-roquettes sur un hélicoptère.
Une enquête, deux vieux flics, quelques emmerdes et beaucoup de dialogues pourraient parfaitement suffire.
C’est ici que Mel Gibson prend un risque considérable. L’acteur affirme que le scénario du cinquième film serait meilleur que ceux des quatre précédents.
Alors là, Mel, doucement. Parce que dire cela après quatre films qui ont marqué le cinéma d’action, c’est quand même placer la barre légèrement au-dessus du plafond.
Le scénario a été développé avec Richard Wenk, déjà derrière plusieurs films de la saga The Equalizer, et finalisé après la disparition de Richard Donner en 2021. Gibson explique que lui et Wenk ont essayé de se demander ce que Donner aurait fait avec cette histoire. Cette dimension est importante.
Richard Donner avait réalisé les quatre premiers films. Il était donc difficile d’imaginer un cinquième épisode sans lui.
Avant sa disparition, Donner travaillait encore sur le projet et avait demandé à Mel Gibson de prendre éventuellement le relais s’il ne pouvait plus le réaliser. Gibson raconte qu’il n’avait évidemment pas pris cette conversation au sérieux à l’époque. Puis Donner est mort. Et Gibson s’est retrouvé avec une promesse à tenir.
Il a donc décidé de réaliser lui-même le cinquième épisode et de poursuivre le travail avec Richard Wenk en essayant de conserver l’esprit du réalisateur original.
C’est probablement la meilleure manière possible de faire revenir une franchise aussi ancienne : ne pas prétendre remplacer Donner, mais essayer de comprendre ce qu’il aurait voulu faire.
C’est évidemment la grande question. Impossible d’imaginer Lethal Weapon 5 sans Danny Glover. Murtaugh est aussi important que Riggs dans l’identité de la franchise.
Gibson et Glover doivent donc revenir ensemble, comme ils l’avaient fait dans les quatre premiers films. Mais leur âge rend nécessairement le film différent. Et c’est justement ce qui pourrait lui donner son intérêt.
J’ai vu les premiers films au cinéma à une époque où Riggs et Murtaugh semblaient pouvoir courir, sauter, cogner et tirer pendant deux heures sans que personne ne se demande si leur dos allait tenir jusqu’au générique.
Aujourd’hui, voir les mêmes personnages confrontés à leurs propres limites pourrait apporter une dimension presque mélancolique. Le film ne raconterait plus seulement la dernière enquête de deux policiers. Il raconterait aussi la dernière étape de leur vie.
Et c’est là que la nostalgie doit immédiatement redescendre d’un étage. Parce que Lethal Weapon 5 n’est toujours pas en tournage.
Le scénario est terminé, Mel Gibson veut réaliser le film, Danny Glover devrait revenir et l’histoire semble définie. Mais le projet est coincé dans les méandres de Hollywood.
Gibson explique que le film est resté bloqué dans une sorte d’« enfer industriel » et que les bouleversements concernant Warner Bros. ont compliqué son lancement. Il espère désormais que la situation pourra se débloquer et que le film pourrait entrer en production dans un délai d’environ un an.
Autrement dit, on est encore loin de réserver sa place au cinéma.
Certaines projections évoquent désormais une sortie autour de 2028, mais il faut rester prudent. Aucune date ferme de sortie n’a été annoncée et le film n’est même pas encore entré en production. 2028 serait donc davantage une perspective qu’une véritable date de rendez-vous. Mais cela aurait quelque chose d’assez amusant.
Entre-temps, toute une génération aurait eu le temps de vieillir suffisamment pour comprendre enfin pourquoi Murtaugh trouvait qu’il était trop vieux pour ces conneries.
Je vais être honnête : je suis probablement exactement le public que ce film cherche à récupérer. J’ai vu les premiers Lethal Weapon au cinéma. J’avais 17 ans lorsque Riggs et Murtaugh sont apparus pour la première fois sur grand écran. J’avais 28 ans lorsque leur quatrième aventure est sortie.
Aujourd’hui, j’ai 56 ans. Et lorsque je regarde Mel Gibson et Danny Glover, je ne peux évidemment plus les voir exactement comme en 1987.
Mais justement, je n’en ai pas envie. Je ne veux surtout pas d’un Lethal Weapon 5 qui chercherait à faire croire que Riggs a toujours 35 ans et qu’il peut encore sauter d’un hélicoptère, traverser une vitre et atterrir sur le capot d’une voiture sans même froisser son costume.
Je préfère largement l’idée de retrouver deux hommes vieillissants, confrontés à une dernière affaire, avec une histoire plus humaine et moins spectaculaire. Après tout, L’Arme fatale a toujours été une histoire d’amitié autant qu’une histoire de flics.
Et si Mel Gibson tient réellement sa promesse envers Richard Donner, le cinquième épisode pourrait finalement être exactement ce que les fans de la première heure espèrent : pas une tentative désespérée de refaire 1987, mais les retrouvailles avec deux personnages qui ont, eux aussi, pris de l’âge.
J’avais 17 ans lorsque j’ai découvert Riggs et Murtaugh au cinéma. Si le film finit réellement par sortir, j’aurai 58 ans.
Et, pour une fois, je serai peut-être parfaitement d’accord avec Murtaugh : je suis probablement trop vieux pour ces conneries. Mais je prendrai quand même mon ticket.
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