Humeurs

HPI, TDAH, hypersensibilité : non, les réseaux sociaux ne les ont pas inventés

Ouvrez les réseaux sociaux cinq minutes : une vidéo vous explique que vous êtes peut-être TDAH parce que vous avez oublié vos clés, la suivante vous propose un test HPI parce que vous vous sentez “différent”, la troisième conclut que vous êtes hypersensible parce que les gens bruyants vous fatiguent.

Trente ans plus tôt, on aurait sans doute dit : “Tu es distrait”, “Tu réfléchis beaucoup” ou “Tu prends tout trop à cœur”. Aujourd’hui, on cherche un mot, un test, parfois un diagnostic. Alors, sommes-nous soudainement devenus neuroatypiques en masse ? Ou assistons-nous à une grande foire aux étiquettes ?

La réponse tient sans doute entre les deux : ce n’est pas une simple mode, mais ce n’est pas non plus une épidémie apparue hier.

Le TDAH n’a pas été inventé par TikTok

Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement reconnu, qui commence dans l’enfance et peut persister à l’âge adulte. Seulement voilà : pendant longtemps, l’image dominante était celle du petit garçon incapable de rester assis en classe.

Cela a laissé beaucoup de monde sur le bord de la route : les personnes dont l’hyperactivité est moins visible, celles qui compensent énormément, les femmes souvent repérées plus tard, ou les adultes qui ont toujours réussi à « tenir » au prix d’une fatigue, d’un stress et d’un sentiment d’échec considérables.

Aujourd’hui, ces personnes ont enfin un vocabulaire pour raconter ce qu’elles vivent. Elles consultent davantage. Ce n’est pas que le TDAH surgit à 38 ans après trois vidéos Instagram : c’est que certains adultes découvrent tardivement une difficulté qui était déjà là, mais qu’ils avaient appris à camoufler.

Encore faut-il garder les pieds sur terre. Un diagnostic sérieux ne se résume pas à cocher dix cases dans un quiz en ligne. Il s’appuie sur l’histoire de la personne, sur des symptômes présents depuis l’enfance et sur un retentissement durable dans plusieurs domaines de la vie : travail, études, famille, relations, quotidien. L’objectif n’est pas de distribuer des badges, mais de comprendre ce qui entrave réellement une personne.

HPI : une identification, pas une maladie

Le HPI est souvent mis dans le même sac que le TDAH. Pourtant, ce n’est pas la même chose.

Le haut potentiel intellectuel désigne un fonctionnement cognitif évalué à l’aide d’un bilan psychométrique. Ce n’est ni une maladie, ni un trouble psychiatrique, ni l’explication automatique à tous les décalages sociaux, toutes les insomnies ou toutes les discussions interminables sur le sens de la vie à 23 h 47.

Être HPI peut aider à comprendre certaines facilités ou certains décalages. Mais le terme est aussi devenu une réponse séduisante à une question beaucoup plus vaste : “Pourquoi est-ce que je me sens différent ?”. Le problème commence quand l’étiquette devient une explication universelle. Une personne peut avoir un haut potentiel et aller très bien. Elle peut avoir un haut potentiel et souffrir d’anxiété. Elle peut aussi avoir d’autres difficultés qui méritent d’être regardées pour elles-mêmes, au lieu d’être rangées dans le tiroir “cerveau trop rapide”.

Le HPI n’est donc pas un diagnostic à poser, mais une caractéristique à identifier éventuellement. Nuance importante : elle évite de transformer toute singularité en pathologie, ou toute souffrance en signe de génie incompris.

“Hypersensible” : un mot qui parle à beaucoup de monde

L’hypersensibilité est probablement le mot le plus populaire du lot. Il est simple, rassurant et moins chargé qu’un terme médical. Il peut décrire une sensibilité forte aux émotions, au bruit, à la lumière, aux conflits, au regard des autres ou à l’ambiance générale d’un repas de famille. Bref, à tout ce qui fait qu’un dîner avec douze personnes peut devenir une épreuve olympique.

Mais c’est aussi un terme très large. La recherche étudie bien la sensibilité de traitement sensoriel comme un trait de tempérament. Elle ne permet pas, pour autant, d’en faire un diagnostic unique qui expliquerait tout. Une grande sensibilité peut exister seule, être liée à une période de stress, côtoyer de l’anxiété, un épuisement, un TDAH, un trouble du spectre de l’autisme… ou simplement correspondre à la personnalité de quelqu’un.

Le mot peut être utile pour se comprendre. Il devient moins utile s’il ferme la porte à toutes les autres questions.

Pourquoi autant de tests chez les adultes ?

Parce qu’un test donne parfois ce que les adultes cherchent depuis longtemps : une explication. Quand on a passé des années à se reprocher son désordre, son épuisement, sa difficulté à organiser sa vie ou son sentiment d’être à côté de la plaque, entendre “ce n’est peut-être pas juste un manque de volonté” peut être un soulagement immense.

Il y a aussi des raisons très concrètes :

  • les professionnels sont mieux formés au repérage chez l’adulte ;
  • les critères et les connaissances ont évolué ;
  • les témoignages ont réduit la honte et l’isolement ;
  • les réseaux sociaux rendent ces sujets visibles — parfois trop visibles ;
  • les tests en ligne sont immédiats, alors qu’un rendez-vous spécialisé peut demander des mois d’attente.

Le revers, c’est la confusion entre repérage et diagnostic. Un questionnaire peut donner envie de consulter ; il ne tranche pas à lui seul. Un bilan cognitif peut décrire un profil ; il ne dit pas forcément pourquoi une personne souffre. Et un mot vu sur les réseaux peut être le début d’une réflexion, pas son point final.

Alors, effet de mode ?

Oui, il existe un effet de mode : les algorithmes adorent les contenus où l’on se reconnaît, les mots circulent plus vite que les nuances et l’on peut facilement se retrouver avec trois étiquettes avant même d’avoir pris un rendez-vous.

Mais réduire tout cela à une mode serait injuste. Pendant des décennies, des adultes ont reçu des explications incomplètes : paresse, manque de sérieux, anxiété, stress, mauvaise organisation. Certaines ont effectivement un TDAH ou un autre trouble resté invisible. D’autres ont surtout besoin d’aide pour un épuisement, une dépression, une anxiété, un traumatisme, un sommeil catastrophique ou un environnement de vie devenu impossible.

La bonne question n’est donc pas : “Quelle étiquette vais-je obtenir ?”. C’est plutôt : “Qu’est-ce qui me fait souffrir ou m’empêche d’avancer, depuis quand, et de quelle aide ai-je besoin ?”

Un bon bilan ne devrait jamais servir à enfermer quelqu’un dans une case. Il devrait lui donner de meilleures clés pour ouvrir les bonnes portes.

Repères : le TDAH de l’adulte nécessite une évaluation clinique globale, incluant l’existence de symptômes dès l’enfance et leur impact fonctionnel ; la HAS le rappelle explicitement. Le HPI n’est pas une maladie et relève d’une identification, pas d’un diagnostic, comme l’explique l’AFEHP. Quant à l’hypersensibilité, la recherche décrit un trait de sensibilité, dont la distinction avec des troubles aux symptômes proches reste à clarifier (revue scientifique).

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.

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