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Caméras de surveillance : les États-Unis commencent à bloquer des appareils équipés de puces chinoises

Votre caméra surveille votre entrée, votre voiture ou votre jardin. Très bien. Mais qui surveille les composants électroniques installés à l’intérieur ? Aux États-Unis, les autorités ont décidé de regarder sous le capot. Et une puce fabriquée par une entreprise liée à Huawei vient de coûter à deux appareils leur autorisation de commercialisation.

Le 22 octobre 2026, la Federal Communications Commission (FCC), le régulateur américain des télécommunications, a annoncé avoir bloqué deux équipements contenant des puces de HiSilicon, une filiale du géant chinois Huawei.

L’affaire pourrait sembler anecdotique. Deux appareils sur un marché mondial qui en compte des millions, ce n’est pas exactement une révolution. Pourtant, la décision marque un tournant : les États-Unis ne s’intéressent plus uniquement à la marque inscrite sur la boîte, mais aussi aux composants cachés à l’intérieur.

Deux appareils bloqués, mais pas forcément ceux que vous imaginez

Les deux produits concernés sont une caméra embarquée pour voiture, appelée dashcam, et un émetteur vidéo sans fil. Les autorités américaines n’ont pas communiqué leurs marques ni leurs références commerciales. Il ne s’agit donc pas d’une interdiction générale des caméras de surveillance domestiques chinoises.

La FCC a refusé les autorisations nécessaires à leur commercialisation aux États-Unis. Cela ne signifie pas non plus que les appareils déjà installés chez les particuliers doivent être débranchés.

Le point commun des deux équipements ? Ils utilisent des composants de HiSilicon, une entreprise spécialisée dans la conception de semi-conducteurs et appartenant à Huawei. Et c’est précisément cette filiation qui pose problème à Washington.

Une puce de surveillance, c’est quoi exactement ?

Une caméra connectée n’est pas simplement un objectif relié à Internet. À l’intérieur, plusieurs composants travaillent ensemble pour transformer la lumière en images exploitables.

Le capteur capture les images. Un processeur les traite, peut les compresser et exécuter différentes fonctions : détection de mouvement, identification d’une silhouette humaine ou reconnaissance de certains objets.

Certaines puces réunissent plusieurs de ces fonctions dans un seul composant. On parle alors de SoC, pour System on a Chip, ou système sur puce.

Imaginez un petit ordinateur spécialisé dans la vidéo, capable d’effectuer une partie du travail sans solliciter systématiquement un serveur extérieur. C’est pratique, notamment pour distinguer une personne d’un chat qui traverse le jardin à trois heures du matin. Votre caméra évite ainsi de vous réveiller pour annoncer que Félix rentre de soirée.

Les puces HiSilicon sont utilisées dans différents équipements vidéo. Le fabricant met notamment en avant des capacités de détection des visages. Mais attention : détecter un visage ne signifie pas automatiquement identifier une personne, et encore moins transmettre ses images à un gouvernement étranger.

Pourquoi les Américains s’inquiètent-ils ?

Huawei figure depuis plusieurs années sur une liste américaine d’entreprises considérées comme présentant un risque pour la sécurité nationale, appelée Covered List.

Jusqu’ici, certaines restrictions visaient surtout les équipements commercialisés directement par les entreprises concernées. Le problème, selon Washington, était qu’un fabricant pouvait intégrer une puce provenant d’une entreprise figurant sur cette liste dans un produit vendu sous une autre marque.

Les nouvelles règles, entrées en vigueur le 13 octobre 2026, étendent les restrictions à certains composants électroniques intelligents, notamment les processeurs. La décision du 22 octobre constitue leur première application concrète.

Autrement dit, une marque américaine, européenne ou asiatique ne peut plus nécessairement obtenir une autorisation américaine simplement parce que son logo ne figure pas sur la liste noire. Les autorités regardent désormais aussi ce qu’elle a installé sur sa carte électronique.

Ces puces espionnent-elles réellement leurs utilisateurs ?

C’est la question essentielle. Et la réponse mérite davantage de nuances que certains titres alarmistes. La FCC considère ces composants comme présentant un risque inacceptable pour la sécurité nationale. Elle met en avant leur origine et leurs capacités de traitement vidéo.

En revanche, les informations publiques accompagnant cette décision ne démontrent pas que les deux appareils bloqués ont effectivement transmis des images ou des données aux autorités chinoises.

Il faut distinguer trois choses : les capacités techniques d’une puce, les vulnérabilités qu’elle pourrait contenir et les preuves d’un espionnage réel.

Une puce capable d’analyser des visages n’est pas, par définition, un logiciel espion. Cette fonctionnalité existe également chez des fabricants occidentaux.

Les risques peuvent toutefois apparaître à plusieurs niveaux : micrologiciel vulnérable, mises à jour compromises, accès distant mal sécurisé ou transmission de données insuffisamment protégée. Et ces problèmes ne concernent évidemment pas exclusivement les produits chinois.

Et en Europe, faut-il jeter ses caméras ?

Non. Cette décision concerne les autorisations de commercialisation américaines. Elle ne constitue pas une interdiction automatique des appareils HiSilicon en Belgique ou dans l’Union européenne.

Le marché européen possède ses propres règles de cybersécurité, de protection des données et de conformité des équipements. Pour les particuliers, le plus important reste de comprendre comment leur caméra fonctionne réellement.

Une caméra peut enregistrer localement sur une carte microSD ou un NAS, tout en utilisant Internet pour les notifications ou l’accès à distance. Une autre peut dépendre presque entièrement des serveurs de son fabricant.

La présence d’une puce chinoise ne suffit donc pas à conclure qu’un appareil espionne son propriétaire. À l’inverse, une marque européenne ne garantit pas automatiquement une sécurité irréprochable.

Cinq précautions avant d’installer une caméra connectée

À retenir : Ces précautions sont utiles quelle que soit l’origine géographique de votre équipement.

Une bataille de sécurité, mais aussi de souveraineté technologique

La décision américaine illustre une évolution importante : la cybersécurité ne se limite plus aux logiciels et aux mots de passe. Elle concerne également la provenance des composants électroniques.

Pour Washington, il s’agit de réduire les risques liés aux fournisseurs considérés comme sensibles. Pour les fabricants, cela signifie potentiellement revoir leurs circuits d’approvisionnement et modifier la conception de certains produits.

Reste une question délicate : jusqu’où ces restrictions reposent-elles sur des risques techniques démontrés, et quelle place occupent les tensions commerciales et géopolitiques ? La réponse n’est pas toujours simple.

Une chose est certaine : la prochaine fois que vous achèterez une caméra connectée, le logo sur l’emballage ne racontera pas toute l’histoire. Et ce qui se cache sous le plastique pourrait désormais compter autant que la qualité de l’image.

Sources

Articles de presse

Reuters — Les États-Unis bloquent deux appareils équipés de puces chinoises

22 octobre 2026 · Anglais

Présentation de la décision américaine, des deux équipements concernés et des liens entre HiSilicon et Huawei.


The Verge — La FCC commence à bloquer les appareils contenant certaines puces de surveillance

22 octobre 2026 · Anglais

Analyse technique du composant vidéo et des nouvelles restrictions visant les puces intégrées dans des produits d’autres fabricants.


The Record — La FCC applique ses nouvelles restrictions sur les composants électroniques

23 octobre 2026 · Anglais

Contexte réglementaire, fonctionnement de la liste américaine des entreprises sensibles et conséquences pour les fabricants.


Boursorama / Reuters — Deux équipements vidéo bloqués aux États-Unis

22 octobre 2026 · Français

Dépêche en français reprenant les faits, les arguments du régulateur américain et la position des entreprises concernées.

Communiqués officiels

FCC — Communiqué officiel sur les deux appareils bloqués

22 octobre 2026 · Anglais

Annonce officielle de la première application des règles américaines relatives aux composants électroniques provenant d’entreprises inscrites sur la Covered List.


FCC — Communiqué original au format PDF

22 octobre 2026 · Anglais

Document officiel précisant la nature des appareils refusés, les composants concernés et la justification réglementaire de la décision.

 

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.

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