Apple veut aller plus vite : John Ternus veut secouer la grosse machine
La situation actuelle d’Apple prête tout de même à sourire. L’entreprise qui nous a habitués à attendre religieusement septembre pour découvrir le nouvel iPhone pourrait bientôt décider qu’attendre septembre est finalement une très mauvaise idée.
Depuis le 1er septembre, Apple a officiellement changé de patron. Après quinze années passées sous la direction de Tim Cook, c’est désormais John Ternus qui tient les commandes. Et le nouveau CEO n’arrive pas exactement avec l’intention de déplacer tranquillement deux dossiers sur une étagère avant de repartir déjeuner.
Son projet serait plutôt de secouer sérieusement la grosse machine californienne pour la rendre plus rapide, plus légère et davantage centrée sur ses ingénieurs. Et quand on connaît la taille de la bestiole, cela risque de faire quelques courants d’air dans les couloirs de Cupertino.
Moins de chefs entre l’ingénieur et le grand patron
L’une des pistes étudiées par Ternus consiste à réduire le nombre de niveaux hiérarchiques qui séparent les équipes techniques de la direction.
L’idée paraît presque évidente : lorsqu’un ingénieur doit faire remonter une information, une proposition ou un problème à travers une succession de responsables, de managers, de responsables de programme et de responsables des responsables, il finit parfois par avoir le temps de développer trois générations d’iPhone avant que son idée arrive au bon endroit.
Ternus souhaiterait donc rapprocher davantage les ingénieurs des décideurs et donner davantage de poids aux équipes techniques. Cela pourrait notamment passer par la suppression de certains postes de management intermédiaire et par une organisation plus directement tournée vers la conception des produits. Le mouvement a d’ailleurs déjà commencé dans certaines équipes d’ingénierie.
Le calendrier Apple pourrait aussi partir en sucette
Autre changement potentiellement important : Apple réfléchirait à abandonner progressivement son rythme traditionnel de lancement.
Pendant des années, la mécanique était relativement prévisible. Quelques annonces au printemps, une grosse rentrée en septembre, puis quelques nouveautés supplémentaires plus tard dans l’année. Pour le client, c’était pratique : il suffisait de regarder le calendrier et de savoir à quel moment son portefeuille allait commencer à transpirer.
Ternus voudrait davantage de lancements répartis tout au long de l’année, avec davantage d’expérimentation et de produits susceptibles d’arriver plus rapidement sur le marché.
L’objectif est assez clair : éviter qu’Apple passe plusieurs mois à travailler tranquillement pendant que ses concurrents avancent à toute vitesse sur de nouveaux appareils, de nouvelles interfaces et surtout sur l’intelligence artificielle. Et Apple aurait justement beaucoup à rattraper.
Le problème s’appelle aussi intelligence artificielle
Car derrière cette réorganisation se trouve probablement une réalité beaucoup moins amusante pour Apple : l’entreprise doit accélérer.
Pendant que Microsoft, Google, OpenAI, Anthropic et d’autres acteurs occupaient le terrain de l’IA générative, Apple a donné l’impression d’avancer avec une brouette pendant que les autres avaient déjà sorti l’autoroute.
Apple Intelligence existe évidemment, mais certaines ambitions annoncées autour de Siri et de l’IA ont connu des retards et des difficultés. Le nouveau patron arrive donc dans un contexte où l’intelligence artificielle n’est plus simplement une fonction supplémentaire à ajouter dans un iPhone : elle commence à modifier la manière dont les utilisateurs cherchent, travaillent, communiquent et utilisent leurs appareils.
Et cela change légèrement la nature du problème. Apple ne doit plus seulement fabriquer un excellent smartphone. Elle doit aussi déterminer ce que deviendra le smartphone lorsque l’assistant intelligent commencera à faire une partie du travail à la place de l’utilisateur.
Un patron qui vient du produit, pas de la finance
Le choix de John Ternus n’est d’ailleurs pas anodin. Entré chez Apple en 2001, il a passé une grande partie de sa carrière dans l’ingénierie matérielle avant de rejoindre la direction générale en 2021. Il a travaillé sur plusieurs générations d’iPhone, de Mac, d’iPad et d’Apple Watch, ainsi que sur les AirPods.
Autrement dit, Apple vient de remplacer un patron réputé pour son expertise opérationnelle et sa gestion industrielle par quelqu’un dont le parcours est beaucoup plus directement lié à la conception des produits.
Tim Cook a transformé Apple en une gigantesque machine industrielle et commerciale. Sous sa direction, l’entreprise a dépassé les 400 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel et revendique désormais plus de 2,5 milliards d’appareils actifs dans le monde.
Le problème est justement que cette énorme machine doit maintenant continuer à avancer sans devenir une usine à gaz.
Apple veut redevenir un peu plus “agile”
C’est probablement là que se trouve le véritable enjeu de cette réorganisation. Lorsqu’une entreprise compte des dizaines de milliers de personnes, travaille sur des centaines de projets et vend ses produits dans pratiquement toute la planète, ajouter un niveau de validation supplémentaire paraît parfois raisonnable. Puis on en ajoute un autre. Puis un comité. Puis un responsable chargé de coordonner les responsables.
Et un beau matin, quelqu’un découvre qu’il faut six réunions pour décider de la couleur d’un bouton. Le problème n’est évidemment pas spécifique à Apple. Toutes les grandes organisations connaissent cette mécanique. Plus elles grossissent, plus elles développent des procédures destinées à éviter les erreurs, mais ces mêmes procédures peuvent finir par ralentir les décisions.
John Ternus semble donc vouloir remettre davantage d’ingénieurs au centre de la machine, accélérer les cycles de développement et faire circuler les produits plus régulièrement.
Sur le papier, cela paraît plutôt simple. Dans une entreprise de la taille d’Apple, ça l’est probablement beaucoup moins.
Le prochain Apple pourrait donc être assez différent
Il faudra évidemment attendre pour savoir jusqu’où John Ternus ira réellement. Une entreprise comme Apple ne se réorganise pas comme une petite PME qui décide un lundi matin de déplacer trois bureaux et de changer le mot de passe du Wi-Fi.
Mais le signal envoyé est intéressant : le nouveau patron ne semble pas vouloir simplement poursuivre la recette de Tim Cook avec quelques modifications cosmétiques.
Apple veut aller plus vite, réduire certaines lourdeurs internes, rapprocher les ingénieurs de la direction, multiplier les expérimentations et surtout accélérer sur l’IA. Reste maintenant à voir si cette grande opération de dégraissage permettra réellement à Apple de retrouver davantage de vitesse.
Parce qu’entre l’idée de supprimer quelques couches de management et la réalité d’une multinationale de plusieurs centaines de milliards de dollars, il existe généralement une petite différence.
Cette différence s’appelle souvent “Trois comités, cinq réunions et une bonne brouette de Powerpoint”.
Sources
| Thématique | Source et lien | Pays | Concerne |
|---|---|---|---|
| Réorganisation d’Apple | Reuters | États-Unis | Réduction des niveaux hiérarchiques, management et volonté d’accélérer l’entreprise |
| Stratégie et lancements produits | The Verge | États-Unis | Évolution possible du calendrier de lancement des produits Apple et organisation interne |
| Organisation interne | 9to5Mac | États-Unis | Réduction du management intermédiaire et évolution de l’organisation de l’ingénierie |
| Succession de Tim Cook | Apple | États-Unis | Nomination officielle de John Ternus comme CEO et parcours du nouveau dirigeant |
| Parcours de John Ternus | Los Angeles Times | États-Unis | Profil de John Ternus et contexte de la succession de Tim Cook |
| Premières orientations de Ternus | MacRumors | États-Unis | Premières communications de John Ternus aux employés d’Apple |

