Il existe des hommes qui rêvent de laisser leur nom dans l’Histoire. Certains construisent des monuments, écrivent des livres ou accomplissent des choses suffisamment remarquables pour que leur nom survive aux générations. Et puis il y a Donald Trump.
Lui préfère visiblement commencer par les cartes. Le président américain vient de signer un décret visant à désigner officiellement le lac Ontario sous le nom de “Lake America” dans les usages fédéraux américains. Le Canada, qui partage ce lac et qui semble étrangement attaché à son histoire, continue évidemment à l’appeler lac Ontario.
Il faut reconnaître une certaine cohérence à la méthode Trump : lorsqu’un problème est compliqué, pourquoi chercher une solution compliquée quand on peut simplement changer le nom d’un lac ?
Le lac Ontario porte son nom depuis des siècles. Il était là avant la naissance des États-Unis, avant Donald Trump, avant la télévision et même avant que l’humanité puisse publier une vidéo de 14 secondes pour expliquer au monde entier pourquoi elle avait raison.
Le lac, lui, ne demandait rien. Il était tranquillement installé entre deux pays, occupé à faire ce que font les lacs : contenir de l’eau et refléter le ciel. Et voilà qu’un matin, quelqu’un décide qu’il s’appellera America.
On imagine sa réaction : “Pardon ? Après quatre siècles, vous changez mon nom sans même me consulter ?” Malheureusement, le lac ne dispose pas encore de syndicat.
Cette passion pour le rebranding impulsif géographique n’est d’ailleurs pas nouvelle. Trump avait déjà décidé que le golfe du Mexique devait être appelé “Gulf of America” dans les documents fédéraux américains. La logique semble donc désormais parfaitement établie.
Un conflit avec un pays voisin ? Changeons la carte. Un désaccord diplomatique ? Rebaptisons quelque chose. Un problème international ? Cherchons un fleuve disponible.
À ce rythme, le Mississippi pourrait devenir Trump River, le Grand Canyon Trump Canyon et l’Atlantique Trump Ocean. Pourquoi s’arrêter là ?
La Lune pourrait devenir Trump Moon, le Soleil Trump Star et, avec un peu de chance, l’univers entier pourrait être déclaré zone économique exclusive américaine.
C’est finalement le plus beau dans cette histoire. Pendant que les humains se disputent son appellation, le lac continue tranquillement son existence.
Il fait des vagues, accueille des bateaux, reflète les couchers de soleil et se moque probablement éperdument de savoir comment Washington souhaite l’appeler.
On peut modifier une carte. On peut signer un décret. On peut même rebaptiser la moitié de la planète. Mais le lac, lui, continuera d’être le lac Ontario.
Et c’est peut-être cela qui est le plus vexant pour un ego présidentiel : la nature n’a manifestement pas prévu de bouton “J’aime”. À ce rythme, Trump finira peut-être par signer un décret déclarant officiellement que le miroir du Bureau ovale s’appelle “Trump”.
Au moins, celui-là ne pourra pas lui répondre.
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