Humeurs

Pékin est rempli de voitures, mais on y respire presque comme un dimanche sans voiture à Bruxelles

Il y a une chose qui m’a frappé dès les premières heures de mon séjour à Pékin. Une sensation assez difficile à expliquer si on ne l’a pas vécue : une ville immense, des routes remplies de voitures, parfois de gros embouteillages… et pourtant presque aucun bruit de moteur.

À Bruxelles, le dimanche sans voiture donne une impression assez particulière. Pendant quelques heures, les grandes artères deviennent presque méconnaissables. On entend davantage les vélos, les conversations, les enfants qui courent sur la chaussée et, évidemment, quelques cyclistes qui semblent considérer que la journée sans voiture signifie également “dimanche sans code de la route”.

Les familles avec de jeunes enfants profitent de la route, les piétons traversent un peu partout et tout le monde semble avoir oublié que cette même chaussée est habituellement réservée aux voitures.

Mais ce qui me marque le plus, ce n’est finalement pas l’absence de voitures, c’est l’absence du bruit et des odeurs qu’elles génèrent habituellement. Et c’est exactement cette sensation que j’ai retrouvée à Pékin : Des embouteillages… presque silencieux.

Pékin est pourtant loin d’être une petite ville tranquille. Les avenues sont gigantesques, la circulation peut être dense et les voitures sont partout mais la majorité des véhicules que j’ai croisés étaient électriques et cela change énormément l’ambiance.

Même lorsque plusieurs dizaines de voitures sont arrêtées devant moi à un passage pour piétons, je n’entends pratiquement pas de moteurs, pas de diesel qui tourne au ralenti, pas de moteur essence qui accélère avant de repartir. Il reste évidemment le bruit des pneus sur la chaussée, les accélérations, les freinages, quelques klaxons et tout le bruit normal d’une grande ville.

Mais le bruit caractéristique du moteur thermique disparaît en grande partie et la différence est franchement surprenante.

Pas seulement le bruit : les odeurs changent aussi

À Pékin, cette sensation était pratiquement inexistante dans les rues que j’ai parcourues, et pourtant j’étais en plein centre-ville. J’ai vraiment eu l’impression de respirer un air plus pur qu’à Bruxelles.

Je ne suis évidemment pas en train de dire que l’air de Pékin est parfaitement pur ou qu’il n’y a aucune pollution. Une métropole de cette taille connaît forcément différentes sources de pollution et la qualité de l’air dépend aussi de nombreux facteurs, notamment de la météo et des conditions atmosphériques.

Mais ce que je respirais et sentais dans les rues était clairement différent de ce que je ressens habituellement à Bruxelles. Beaucoup moins d’odeurs d’échappement, beaucoup moins cette sensation de gaz dans l’air lorsqu’on marche au milieu de la circulation.

Et quand on passe plusieurs heures à marcher dans une ville, ça se ressent.

Et pourtant, les chiffres racontent une autre histoire

Il y a quand même un détail intéressant : mon impression sur place ne signifie pas que Pékin a objectivement un air plus pur que Bruxelles, au contraire.

En 2025, la concentration moyenne annuelle de particules fines PM2.5 était de 27 µg/m³ à Pékin. À Bruxelles, elle était nettement plus basse : les données de Bruxelles Environnement montrent que les stations bruxelloises respectaient les normes européennes, même si aucune ne respectait encore la recommandation beaucoup plus stricte de l’OMS. Sur ce critère, Bruxelles est donc clairement devant. Et pourtant, en marchant dans Pékin, j’ai réellement eu l’impression de respirer un air plus agréable.

C’est probablement parce que les chiffres ne racontent pas toute l’expérience d’un piéton. Les PM2.5 regroupent des particules provenant de nombreuses sources : chauffage, industrie, transport, poussières, etc. À Bruxelles aussi, le chauffage des bâtiments, le transport routier et d’autres sources contribuent aux particules fines.

Ce que je ressentais dans les rues de Pékin était différent : beaucoup moins d’odeurs d’échappement, pratiquement aucun moteur thermique au ralenti et beaucoup moins cette sensation de respirer directement les gaz d’une voiture lorsque l’on marche au bord de la route.

Et il y a un chiffre qui permet de mieux comprendre à quel point Pékin a changé : sa concentration moyenne de PM2.5 est passée de 89,5 µg/m³ en 2013 à 27 µg/m³ en 2025, soit une baisse de près de 70 %. La ville indique également avoir connu seulement un jour de pollution sévère en 2025, contre 58 en 2013.

Cela ne veut donc pas dire que Pékin a aujourd’hui un air plus pur que Bruxelles. Cela montre quelque chose d’intéressant : la ville a énormément amélioré sa qualité de l’air en quelques années, au moment même où elle a massivement développé les véhicules électriques. Sur place, cette amélioration se ressent.

Ce qui est exceptionnel chez nous est banal là-bas

Et c’est finalement ça qui m’a fait réfléchir. À Bruxelles, une journée sans voiture est un événement. Pendant quelques heures, nous découvrons ce que donne une ville débarrassée d’une grande partie de ses voitures : moins de bruit, moins d’odeurs d’échappement et une impression de calme assez incroyable. À Pékin, j’ai retrouvé une partie de cette sensation… avec des voitures partout.

Bien sûr, la comparaison a ses limites, une voiture électrique ne supprime pas le bruit des pneus, les bouchons, l’occupation de l’espace public ou les particules liées notamment à l’usure des pneus et des freins. Mais sur deux aspects très concrets que l’on ressent immédiatement en tant que piéton (le bruit et les odeurs d’échappement) la différence avec une circulation composée majoritairement de voitures thermiques est étonnante.

Ce n’est pas un débat sur l’écologie

Je ne cherche pas ici à faire un plaidoyer pour ou contre la voiture électrique, chacun son avis et même, on peut aimer les deux !

Ce n’est pas non plus un article sur la politique chinoise, l’écologie ou le bilan économique de la voiture électrique, je parle simplement d’une expérience de voyage, une sensation étonnante qui donne envie, et qui pourrait être une sensation étonnante qui donne peut-être un aperçu de ce que pourrait devenir l’ambiance de nos villes si les voitures électriques devenaient largement majoritaires.

Je suis arrivé à Pékin avec l’habitude d’une ville européenne où les voitures thermiques font encore partie intégrante du paysage sonore et olfactif. Je me suis retrouvé dans une ville où les voitures sont omniprésentes, mais où une partie de ce qui accompagne habituellement leur présence a quasiment disparu. C’est peut-être la comparaison la plus simple que je puisse faire.

À Bruxelles, un dimanche sans voiture nous donne pendant quelques heures un aperçu d’une ville avec beaucoup moins de moteurs thermiques.

À Pékin, j’ai eu l’impression de retrouver cette sensation… un jour tout à fait normal, en pleine circulation.

Nicolas Varga

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