Belgique et Tesla FSD : l’IA sait conduire, mais visiblement pas toujours lire les panneaux 30
Franchement les gars, il y a des jours où on se dit que l’IA est décidément en train de devenir incroyablement impressionnante. Elle écrit des textes, génère des images, résume des réunions interminables (et inutile) et peut même expliquer pourquoi votre collègue raconte n’importe quoi pendant une visioconférence, ce qui est déjà une prouesse technologique considérable.
Et puis il y a Tesla, qui nous rappelle que malgré tous ces progrès, une IA peut encore avoir quelques difficultés avec un concept pourtant assez simple : quand un panneau indique 30, et bien : on roule à 30 !
Une nouvelle étude réalisée en Belgique par l’association Johanna.be vient en effet mettre un petit grain de sable dans la belle mécanique marketing du “Full Self-Driving” de Tesla, avec des essais effectués pendant trois jours et environ 400 kilomètres, principalement dans des environnements où les piétons et les cyclistes apprécient généralement que les voitures respectent les règles du jeu.
Quand le 30 devient soudainement un conseil… optionnel
Le résultat le plus spectaculaire concerne les fameuses zones 30 de Bruxelles (oui, bon, il y en a beaucoup, je sais), où le FSD aurait dépassé la limitation sur 55 % des tronçons testés, avec une vitesse moyenne de 44 km/h dans les cas concernés. Oui, 44. Pour une zone 30. Quelle vandale, cette Tesla !
On pourrait évidemment imaginer qu’il s’agit d’une petite erreur ponctuelle, le genre de moment où la voiture hésite entre deux panneaux (dont un sur quatre est tagué ?) ou se retrouve confrontée à une situation particulièrement compliquée, mais le problème signalé par l’étude est justement que le comportement se répète suffisamment souvent pour devenir difficile à considérer comme une simple petite contrariété informatique.
Encore plus amusant, et nettement moins rassurant, le système pouvait parfois reconnaître visuellement le panneau indiquant 30 km/h tout en affichant ensuite 50 km/h comme limitation applicable sur l’écran destiné au conducteur. Mais quelle fourbe !
C’est un peu comme si votre GPS vous disait : “Tournez à droite”, que vous tourniez effectivement à droite et qu’il ajoutait ensuite : “Enfin, si vous voulez, parce que j’ai aussi 50 km/h en tête.”
Le copilote qui vous assure que tout va bien
C’est ici que la notion de FSD “Supervised” devient particulièrement intéressant :Tesla ne prétend pas actuellement que le conducteur peut aller s’installer tranquillement sur la banquette arrière avec un magazine et un sandwich martino (avec anchois, les connaisseurs sachent). Le conducteur doit surveiller le système et rester capable d’intervenir.
Sur le papier, cela règle évidemment une partie du problème puisque l’humain est toujours responsable. Dans la pratique, cela donne tout de même une situation assez drôle: on vous fournit une voiture capable de gérer une grande partie de la conduite, mais on vous demande simultanément de surveiller qu’elle respecte correctement les règles de circulation qu’elle est censée appliquer.
C’est un peu comme embaucher un majordome robotisé pour préparer votre café, puis rester debout derrière lui pendant vingt minutes pour vérifier qu’il ne verse pas le lait dans la cafetière.
Et c’est précisément là que l’idée d’une conduite “assistée” devient intéressante : plus le système paraît autonome, plus le conducteur risque naturellement de lui accorder sa confiance, alors que les autorités rappellent justement qu’il ne faut pas le faire.
Le cycliste belge entre alors dans la conversation
Les limitations de vitesse ne sont d’ailleurs pas le seul problème relevé. Les essais de Johanna.be ont également documenté des situations dans lesquelles le FSD aurait tenté de dépasser des cyclistes dans des rues cyclables, alors que les règles belges interdisent justement aux voitures d’y dépasser les vélos. Mais quel rustre véhicule irrespectueux !
Vous êtes tranquillement installé sur votre vélo, vous avancez dans une rue où les voitures sont censées rester derrière vous, et soudain vous entendez une Tesla arriver avec l’assurance d’un commercial de chez Porsche qui vient de découvrir qu’il a une réunion dans cinq minutes. Le système tente de dépasser. Le cycliste, lui, connaît la règle.
Et voilà donc une intelligence artificielle capable de calculer des trajectoires en temps réel qui découvre une subtilité assez belge : parfois, le plus intelligent à faire est simplement de rester derrière le vélo.
Et le 20 km/h, il devient quoi ?
L’étude ne s’est pas limitée aux zones 30. Dans les zones résidentielles limitées à 20 km/h, Johanna.be indique que le FSD a dépassé la limitation dans 42 % des cas examinés. Nous sommes foutus !
Ce genre de chiffre mérite évidemment d’être interprété avec prudence, car il s’agit d’une étude indépendante portant sur un nombre limité de parcours, et non d’une mesure statistique de tous les kilomètres parcourus par toutes les Tesla équipées du FSD en Europe.
Mais il pose tout de même une question assez amusante : si l’intelligence artificielle doit apprendre les particularités de chaque environnement routier, faut-il lui prévoir un petit stage d’intégration avant de l’envoyer dans Bruxelles ?
“Bienvenue en Belgique, voici votre badge, votre accès Wi-Fi et le dossier de 146 pages expliquant pourquoi un panneau peut être différent selon la région.”
Tesla affirme de son côté que tout va bien
Évidemment, l’histoire serait beaucoup moins intéressante si tout le monde était d’accord (Personne n’est jamais d’accord en Belgique). Tesla a publié récemment ses propres données affirmant que les véhicules équipés du FSD ne roulaient pas de manière excessive et adaptaient leur vitesse au trafic environnant.
On se retrouve donc avec deux approches assez différentes : d’un côté, les données produites par Tesla à partir de son gargantuesque parc roulant blindés de partout, et de l’autre, une série de tests indépendants ciblant précisément les zones à basse vitesse et les situations particulièrement sensibles pour les piétons et cyclistes.
Le ministère flamand, qui a autorisé le système en Belgique, rappelle quant à lui que le FSD reste un système évolutif et que le conducteur demeure responsable à 100 %.
Ce dernier point est essentiel : l’autorisation belge ne transforme pas le FSD en chauffeur automatique et ne permet évidemment pas au propriétaire de Tesla de s’endormir au volant en faisant confiance à Elon pour ramener la voiture à la maison.
Le régulateur néerlandais RDW, qui a accordé l’homologation européenne provisoire du système en avril, rappelle lui aussi très clairement que le FSD Supervised n’est pas une voiture autonome et que le conducteur doit rester maître du véhicule.
Une voiture qui apprend, mais qui doit encore passer son examen
Le calendrier rend d’ailleurs cette polémique particulièrement intéressante. La Belgique fait partie des pays européens ayant reconnu l’autorisation accordée initialement par les autorités néerlandaises, tandis qu’une procédure européenne doit déterminer si cette autorisation peut être étendue à l’ensemble de l’Union. Un vote au niveau européen est actuellement prévu le 6 octobre.
Et voilà donc Tesla confronté à une situation assez savoureuse : son système arrive précisément au moment où les autorités européennes doivent décider jusqu’où elles veulent laisser cette technologie circuler, tandis qu’une association belge vient publier une étude montrant des difficultés très concrètes sur des règles de circulation parmi les plus élémentaires.
Ce n’est pas exactement le meilleur moment pour découvrir que l’intelligence artificielle a une relation compliquée avec les panneaux 30.
Imaginez la même chose dans votre vie quotidienne
Imaginez que vous achetiez un lave-vaisselle équipé d’une intelligence artificielle capable de déterminer automatiquement le programme idéal selon le contenu de la machine, la saleté, le… Ah, oui, ça existe déjà. Pardon.
Vous le remplissez avec des assiettes, des verres et quelques casseroles. Le système analyse tout. Il choisit le programme. Puis il vous affiche : “Programme intensif recommandé.” Vous regardez la machine et vous demandez pourquoi. Elle vous répond : “Je suis un système apprenant.”
Vous laissez faire. Deux heures plus tard, vous retrouvez vos verres transformés en copeaux de verres façon pare-brise explosé.
Vous appelez le fabricant, furieux. Réponse : “Vous restez responsable de la surveillance du cycle. C’est de votre faute”.
Bref, plus ces IA deviennent impressionnantes, plus l’utilisateur peut être tenté de leur faire confiance, alors que leur fonctionnement repose toujours sur la capacité de l’humain à détecter une erreur et à reprendre la main.
Et détecter une erreur n’est pas toujours aussi simple que cela en a l’air lorsque la machine conduit à votre place, analyse simultanément des dizaines de paramètres et vous donne suffisamment confiance pour que vous commenciez naturellement à considérer son comportement comme normal.
Le vrai problème n’est peut-être donc pas la voiture
Le sujet intéressant n’est finalement pas de savoir si Tesla est bonne ou mauvaise en matière de conduite autonome, ni même de transformer chaque erreur du FSD en preuve définitive que la technologie est dangereuse.
Le sujet est beaucoup plus intéressant : quel niveau d’erreur sommes-nous prêts à accepter lorsqu’une machine prend une partie des décisions à notre place ?
Un humain peut se tromper sur une limitation, rater un panneau ou effectuer une mauvaise manœuvre. Nous avons malheureusement des milliers d’exemples pour le confirmer.
Mais lorsqu’une machine équipée de caméras, de capteurs, de puissance de calcul et d’une intelligence artificielle se trompe régulièrement au même endroit, la question change : est-ce encore une simple erreur individuelle ou faut-il considérer qu’il existe un problème systémique à corriger avant de lui donner plus de responsabilités ?
Et c’est probablement là que se trouve la vraie difficulté pour Tesla. Parce qu’une voiture qui se trompe une fois peut simplement avoir eu un mauvais jour.
Une voiture qui vous explique que 50 km/h est parfaitement acceptable dans une zone 30 commence, elle, à avoir une opinion. Et dans une Tesla, une opinion à 44 km/h, ça peut rapidement devenir une conversation très concrète avec la police.
Sources
- Johanna.be : Étude indépendante sur le Tesla FSD dans les zones à basse vitesse
- Reuters : Tesla’s supervised self-driving system often misreads speed limits, Belgian safety group finds
- Electrek : Tesla FSD sped in 55% of Brussels 30 km/h zones ahead of EU vote
Crédit vidéo : Johanna.be

