Belgique : De Orange à la RTBF, Christophe Dujardin prend les commandes après une année mouvementée
La RTBF change de patron, et cette fois, ce n’est pas un nouveau générique que l’on découvre à l’écran : Christophe Dujardin deviendra le nouvel administrateur général de la RTBF le 1er novembre 2026, avec un mandat de six ans. Après une procédure de sélection particulièrement suivie et quelques turbulences politiques dont la RTBF aurait probablement préféré se passer, le casting est donc terminé. Enfin, normalement.
Christophe Dujardin n’arrive pas directement d’une rédaction avec un micro dans une main et un conducteur du JT dans l’autre. Son parcours professionnel s’est essentiellement construit dans les télécoms, la finance, la vente et la transformation d’entreprises. Bref, il sait gérer des organisations complexes, des clients parfois mécontents et des transformations numériques : il ne part donc pas complètement les mains dans les poches.
Un homme venu des télécoms
Diplômé de l’Université de Namur en économie et gestion d’entreprise, Christophe Dujardin a commencé sa carrière comme analyste financier chez bpost avant de rejoindre Belgacom.
Chez Belgacom puis Proximus, il a occupé différentes fonctions liées notamment au contrôle financier et aux projets de transformation, avant de devenir en 2017 Consumer Sales Director de la division grand public de Proximus.
Il a ensuite rejoint Orange Belgium en février 2020 comme Chief Consumer Officer, après avoir quitté Proximus où il occupait jusque-là la fonction de Consumer Sales Director.
Orange présentait alors son parcours comme celui d’un dirigeant disposant de plus de 18 ans d’expérience dans les télécommunications, avec une expertise couvrant notamment la vente, les relations clients, la transformation et la finance.
Autrement dit, Christophe Dujardin connaît plutôt bien les consommateurs, les organisations et les transformations numériques. Il connaît aussi probablement très bien les réunions où quelqu’un explique que “la transformation est une formidable opportunité”.
Reste maintenant à appliquer cette expérience à une entreprise où le client ne peut pas simplement appeler le service résiliation quand il n’aime pas la grille des programmes.

Une succession qui ne pouvait évidemment pas être simple
Le choix de Dujardin intervient après le départ programmé de Jean-Paul Philippot, qui dirigeait la RTBF depuis 2002 et avait annoncé en novembre 2025 qu’il ne solliciterait pas un cinquième mandat.
Après plus de vingt-quatre ans à la tête de la maison, Philippot quittera donc son fauteuil, laissant derrière lui une RTBF qui a profondément évolué avec la télévision connectée, le streaming, les réseaux sociaux et la transformation numérique.
Mais avant de trouver son successeur, il fallait évidemment passer par la grande machine administrative belge. La situation avait d’ailleurs une petite particularité assez savoureuse : l’évaluation de fin de mandat de Philippot avait été jugée “plus que favorable” par un collège de quatre experts externes. Juridiquement, cela aurait permis au gouvernement de renouveler son mandat sans organiser une nouvelle procédure.
Mais Philippot a finalement choisi de ne pas se représenter et a accepté d’assurer la transition jusqu’au 31 octobre 2026. La RTBF allait donc devoir trouver un nouveau patron. Et comme souvent en Belgique, trouver quelqu’un était finalement la partie relativement simple. Le reste allait demander quelques épisodes supplémentaires.
Neuf candidats, puis trois
La première phase avait vu arriver neuf candidatures, avec des profils internes à la RTBF mais également plusieurs personnalités venues d’autres secteurs.
Parmi elles figuraient notamment Christophe Dujardin et Caroline Franckx, CEO du CHU Brugmann.
Le conseil d’administration a finalement retenu trois candidats : Christophe Dujardin, Caroline Franckx et Emmanuel Tourpe, alors directeur des médias au pôle Outre-Mer de France Télévisions.
Le CSA les a ensuite auditionnés en août 2026 avant de transmettre son avis au gouvernement. Et là, petit suspense façon télé-crochet : le régulateur a placé Christophe Dujardin et Caroline Franckx ex æquo en première position, devant Emmanuel Tourpe.
Le CSA a notamment relevé chez Dujardin son expérience de gestion, de transformation et des enjeux technologiques, tout en soulignant qu’il connaissait moins directement le secteur des médias et du service public audiovisuel que certains autres candidats.
Une manière assez élégante de dire : “Il connaît très bien les entreprises, mais il va quand même falloir lui expliquer où se trouve le bouton du JT.”
Félicitations à Christophe Dujardin pour sa désignation à la tête de la @RTBF. Le choix d’une personne issue du privé est un signal clair de la volonté de faire évoluer la gouvernance publique et para publique vers des standards de plus grande efficacité avec une vision qui…
— Georges-L BOUCHEZ (@GLBouchez) September 18, 2026
Et c’est là que la politique entre dans le scénario
Parce qu’une nomination à la tête de la RTBF ne serait évidemment pas suffisamment belge sans un épisode politique au milieu de l’histoire.
En mai 2026, le conseil d’administration de la RTBF avait déjà provoqué une importante polémique après la nomination de Thomas Gadisseux à la direction de l’Information et des Sports. Le même jour, les cinq administrateurs désignés par le MR ont annoncé leur démission du conseil d’administration.
Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, dénonçait notamment ce qu’il considérait comme un fonctionnement problématique du conseil et un manque de transparence.
Le MR contestait les conditions dans lesquelles la procédure de nomination de Gadisseux avait été menée, tandis que les autres acteurs concernés défendaient la régularité du processus.
La crise a également opposé politiquement le MR et Les Engagés, alors que Joëlle Milquet présidait le conseil d’administration de la RTBF. Autrement dit, pendant que les téléspectateurs regardaient tranquillement leurs programmes, le véritable feuilleton politique se déroulait dans les coulisses du bâtiment de Reyers.
Et contrairement à une série Netflix, il n’était même pas nécessaire de payer un abonnement supplémentaire. Cette crise de gouvernance est intervenue quelques mois seulement avant la désignation du successeur de Jean-Paul Philippot, ce qui a forcément ajouté un peu de piment à une procédure qui n’en manquait déjà pas.
L’Association des journalistes professionnels a par ailleurs dénoncé en septembre 2026 les pressions politiques exercées autour de la RTBF et rappelé que les journalistes et les médias ne sont au service d’aucun parti politique.
Finalement, le choix est tombé
Après cette longue procédure, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a finalement désigné Christophe Dujardin comme nouvel administrateur général de la RTBF.
Il prendra officiellement ses fonctions le 1er novembre 2026, après plus de vingt-quatre années de présence de Jean-Paul Philippot à la tête de l’entreprise publique.
La ministre des Médias Jacqueline Galant a expliqué que son expérience dans la transformation des organisations, la conduite du changement et le numérique avait pesé dans le choix du gouvernement.
Christophe Dujardin devra désormais passer du monde des télécoms à celui des médias publics, avec notamment la transformation numérique, l’évolution des usages, les contraintes budgétaires et la mission de service public parmi les grands dossiers qui attendent la nouvelle direction.
Il devra également composer avec une RTBF confrontée à un paysage médiatique qui n’a plus grand-chose à voir avec celui de 2002, année où Jean-Paul Philippot prenait ses fonctions.
À l’époque, Facebook n’existait pas encore, Netflix n’était pas encore arrivé en Belgique et TikTok n’avait même pas l’idée d’exister. Aujourd’hui, un média public doit donc jongler avec la télévision traditionnelle, le streaming, les plateformes numériques, les réseaux sociaux et des spectateurs qui trouvent parfois qu’une vidéo de 45 secondes est déjà beaucoup trop longue.
Et comme si cela ne suffisait pas, le nouvel administrateur général devra présenter, dans les trois mois suivant sa désignation, son projet culturel et de gestion devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Bref, Christophe Dujardin connaît les consommateurs, les télécoms, la transformation numérique, la finance et les grandes organisations.
Il va maintenant découvrir un univers où une décision peut déclencher une réaction politique, une réaction syndicale, un éditorial, trois débats sur X et probablement quelques dizaines de commentaires Facebook expliquant que “c’était mieux avant”.
Bienvenue à la RTBF, donc. Le futur patron connaît déjà les télécoms et la transformation numérique. Il lui reste maintenant à maîtriser la technologie la plus imprévisible de l’audiovisuel belge : le bouton “polémique”.
Et celui-là, contrairement au Wi-Fi, semble fonctionner parfaitement partout dans le bâtiment.
Sources
- RTBF — Désignation et succession de Jean-Paul Philippot
- Orange Belgium — Parcours professionnel de Christophe Dujardin et nomination comme Chief Consumer Officer
- CSA Belgique — Procédure de sélection, auditions et avis sur les candidats
- 21 News — Déroulement de la succession et contexte autour de la désignation
- Media Marketing — Analyse de l’avis du CSA et profils des candidats
- Le Soir — Processus de succession et candidats retenus
- La Libre — Actualité politique et institutionnelle autour de la nomination
- L’Avenir — Désignation du nouvel administrateur général de la RTBF

