Humeurs

Samsung : Visite à la “Gallery Fold” à Bruxelles : l’IA peut-elle vraiment créer de l’art ?

Et si l’intelligence artificielle ne se contentait plus de générer des images, mais devenait réellement un outil artistique ?

C’est la question que je me suis posée hier en poussant les portes de Gallery Fold, une galerie d’art éphémère installée au cœur de Bruxelles par Samsung, en collaboration avec ACE.

Ici, pas question de simplement faire défiler quelques images générées par une IA et de s’extasier devant le résultat. Gallery Fold propose quelque chose de plus intéressant : découvrir le travail d’une dizaine d’artistes internationaux qui ont choisi d’intégrer volontairement l’intelligence artificielle dans leur processus créatif. Et forcément, cela change un peu notre regard sur ce que l’on considère comme une œuvre d’art.

Car derrière chaque création, il y a toujours un artiste, une idée, des choix et une intention. Mais lorsque l’IA intervient dans le processus, où s’arrête l’outil et où commence réellement la création ? Est-ce que l’utilisation d’une intelligence artificielle enlève quelque chose à l’œuvre, ou permet-elle au contraire à l’artiste d’explorer des territoires jusque-là difficiles, voire impossibles à atteindre ?

C’est justement ce que Samsung cherche à montrer avec Gallery Fold : non pas tenter de définir ce qui est de l’art ou ce qui ne l’est pas, mais nous laisser découvrir ce qui se passe lorsque des artistes s’emparent de cette nouvelle technologie.

Et après ma visite, j’ai surtout retenu une chose : l’IA ne remplace pas forcément l’artiste. Elle peut aussi devenir un nouvel instrument entre ses mains.

Je suis arrivé avec les pieds de plomb

Quand Samsung m’a invité à un événement consacré à l’art généré par l’IA, je dois bien l’avouer : j’y suis allé avec les pieds de plomb. J’ai accepté l’invitation un peu par politesse, en me disant que j’allais me montrer, regarder rapidement de quoi il s’agissait et probablement repartir assez vite.

La galerie se trouvant à quelques minutes de chez moi, j’ai pris ma trottinette et suis arrivé sur place une dizaine de minutes plus tard, l’effort était minime.

Il faut dire que le monde de l’art et moi, ce n’est pas forcément une grande histoire d’amour. Je suis plutôt quelqu’un de classique et de cartésien. J’aime comprendre comment les choses fonctionnent et, dans mon esprit, l’intelligence artificielle sert surtout à répondre à des questions, à nous soulager d’une partie de notre travail, à rédiger un joli e-mail ou, pour les plus débrouillards, à programmer, créer des sites, développer des agents et tout un tas d’autres choses. Mais réaliser des “œuvres d’art”, j’étais beaucoup plus sceptique.

Et avant d’entrer dans la galerie, je m’attendais finalement à deux possibilités : des œuvres qui ressemblent à des créations d’enfants, ou au contraire des images ultra-réalistes qui ressemblent tellement à des photographies qu’elles finissent par manquer d’intérêt. Je me suis trompé.

Ma découverte des œuvres

La galerie n’est pas immense, mais elle rassemble plus d’une vingtaine de créations réalisées par différents artistes internationaux.

Comme je ne connaissais absolument personne et que je n’avais donc aucun a priori sur les artistes présentés, j’en ai profité pour prendre le temps de regarder chaque œuvre et de lire les explications qui l’accompagnaient.

Et très rapidement, une première question m’est venue à l’esprit : “Quelle longueur doit faire le prompt pour réussir à générer quelque chose comme ça ?”.

Parce que les créations présentées n’avaient vraiment rien à voir avec le classique prompt de quelques mots que l’on peut donner à un générateur d’images. Et visiblement, derrière ces créations, on est très loin du simple “prompt magique” : les artistes présents utilisaient tous Midjourney.

Les styles étaient d’ailleurs très différents : rétro, réaliste, campagne publicitaire pour une compagnie aérienne fictive, macro-photographie d’une plante, créations beaucoup plus artistiques… et même des bouteilles de parfum imaginées avec l’IA puis imprimées en 3D.

Je dois l’avouer : j’ai pris du plaisir à regarder les œuvres. Mais finalement, ce n’est pas devant les œuvres que j’ai le plus changé d’avis, c’est pendant les échanges avec les artistes.

Et si l’IA n’était finalement qu’un nouvel outil ?

Quatre artistes étaient présents pour répondre aux questions d’un animateur.

Leurs profils étaient assez différents, mais un point commun ressortait : avant d’utiliser l’IA, ils étaient déjà des artistes. Photographe, peintre… L’intelligence artificielle n’était donc pas leur point de départ, mais un nouvel outil venu s’intégrer dans leur manière de créer.

Une question posée pendant la séance correspondait exactement à ce que je pensais en arrivant : “Finalement, ce n’est pas l’artiste qui crée, c’est l’IA”.

Et c’était précisément ma façon de voir les choses quelques dizaines de minutes plus tôt. La réponse de l’un des artistes m’a pourtant fait réfléchir.

Pour lui, l’IA n’est qu’un moyen de retranscrire l’idée artistique de la personne qui l’utilise. L’artiste a une vision, une idée précise en tête. Il doit ensuite la décrire, la préciser, faire des choix et expérimenter pour essayer d’obtenir le résultat qu’il imagine. L’IA devient alors un moyen de représentation, un peu comme un peintre utilise un pinceau ou comme un photographe utilise un appareil photo. Et cette comparaison a complètement changé ma manière de regarder les œuvres présentées.

Tout le monde peut-il vraiment le faire ?

Avant de venir, je me disais également : “Ce n’est pas vraiment de l’art puisque tout le monde peut le faire”.

Mais en y réfléchissant, cet argument ne tient pas forcément. Tout le monde peut prendre un pinceau, essayer de reproduire un tableau ou également prendre un appareil photo. Cela ne signifie pas pour autant que tout le monde va créer la même chose.

L’idée, le regard, les choix artistiques et la manière de les retranscrire restent propres à la personne qui crée l’œuvre.

Et c’est probablement là que se trouve la différence entre taper quelques mots dans un générateur d’images et utiliser réellement l’IA comme un outil artistique. D’ailleurs, une partie de la présentation m’a particulièrement intrigué.

Un slide est malheureusement passé assez rapidement mais on pouvait apercevoir le processus de création d’une image réalisée par une artiste coréenne.

Et là, on était très loin du prompt de trois lignes du genre : « Crée-moi une maison rouge avec un beau soleil qui se couche un soir d’été. »

Le processus semblait beaucoup plus complexe, avec des flux de créations connectés et de nombreuses étapes avant d’arriver à l’image finale

Je n’ai malheureusement pas compris le fonctionnement pour pouvoir vous l’expliquer dans le détail, car ce n’était pas réellement le sujet de la présentation.

Mais une chose était claire : il y avait beaucoup plus de travail derrière l’image finale que ce que j’imaginais en entrant dans la galerie Et c’est probablement à ce moment-là que mon regard sur l’art généré par l’IA a commencé à changer.

Samsung transforme aussi nos gribouillis en œuvres

Samsung était également présent pour présenter une fonctionnalité intégrée à sa dernière génération de smartphones. Le principe est assez amusant : vous faites un dessin directement sur l’écran (ou un bon vieux ‘craboucha’, comme on dit en Belgique) et l’IA se charge de le transformer en une sorte d’œuvre.

Quelques possibilités sont proposées, avec notamment le choix d’ajouter une feuille, un papillon ou d’autres éléments, mais aussi de régler l’intensité de la transformation.

Soyons honnêtes : c’est un gadget. C’est amusant à essayer, ça permet de faire quelques créations en quelques secondes, mais je ne suis pas certain que ce soit l’argument qui vous fera choisir un smartphone Samsung plutôt qu’un autre.

Par contre, cette fonction a peut-être un autre intérêt : elle pourrait donner envie aux plus créatifs de pousser un peu plus loin l’expérience et de se lancer dans la création artistique avec l’IA. Et finalement, c’est peut-être là que ce petit gadget prend tout son sens. Quand je vois le résultat de mon œuvre, je me dis que j’ai toutes mes chances de percer dans le milieu.

Séance de questions-réponses

Les œuvres ayant éveillé mon intérêt, j’étais maintenant curieux d’écouter les questions-réponses qui ont suivi la présentation.

Et finalement, les artistes ne cherchaient pas vraiment à se défendre. Leur discours était plutôt simple : peu importe le moyen utilisé pour créer, l’essentiel reste l’intention et la démarche de l’artiste.

Les différents artistes présents expliquaient également que l’IA n’est qu’un complément à leur manière de créer. Ils ne font d’ailleurs pas uniquement de l’art avec l’aide de l’intelligence artificielle et continuent à travailler de manière plus classique.

Et en y réfléchissant, ce débat n’est finalement pas nouveau. À une époque, la photographie était considérée comme une concurrente de la peinture et certains se demandaient si une photo pouvait réellement être considérée comme de l’art.

Plus tard, Photoshop allait soi-disant tuer la photographie. Aujourd’hui, c’est au tour de l’intelligence artificielle d’être accusée de mettre en danger les artistes numériques.

Peut-être que le problème n’est finalement pas l’outil, mais la manière dont on l’utilise.

Je suis arrivé sceptique, je repars avec une autre vision Je suis donc reparti de cette séance avec une vision totalement différente de celle que j’avais en arrivant.

Je ne m’attendais franchement pas à grand-chose de cette visite. J’avais accepté l’invitation en pensant jeter un coup d’œil à quelques images générées par l’IA avant de repartir.

Au final, j’en suis sorti avec beaucoup plus de questions qu’en entrant… mais aussi avec une vision complètement différente de l’art généré par l’intelligence artificielle.

Je ne dirais pas que l’IA est devenue mon nouvel outil artistique préféré. Je suis toujours aussi mauvais pour dessiner qu’avant. Mais j’ai compris qu’il y avait beaucoup plus de travail, de réflexion et de démarche artistique derrière certaines de ces créations que ce que je pensais. Et c’est probablement ça que je retiendrai de Gallery Fold.

Pour ceux qui sont curieux de découvrir ces créations par eux-mêmes, la Gallery Fold est ouverte gratuitement au public jusqu’au samedi 26 septembre, de 13 h à 18 h, Place Sainte-Gudule à Bruxelles.

La visite ne vous prendra pas des heures : comptez environ une demi-heure. Mais si vous êtes curieux de voir jusqu’où l’intelligence artificielle peut aujourd’hui être utilisée comme outil créatif, le détour vaut vraiment le coup.

Info : https://galleryfold.com/

Nicolas Varga

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