Vie du Web

OpenAI lance Dots, l’IA qui travaille toute seule… sauf en Europe

Je vous le rappelais encore récemment, il fut un temps où l’on demandait à ChatGPT de rédiger un mail, de résumer un document ou de nous expliquer pourquoi notre imprimante refusait encore une fois de fonctionner. On attendait tranquillement la réponse, on copiait éventuellement le résultat dans Word et on passait à autre chose. OpenAI vient de décider que cette époque était manifestement beaucoup trop reposante.

Avec Dots, l’entreprise veut transformer ChatGPT en une sorte de collègue numérique capable de continuer à travailler tout seul, même lorsque vous n’êtes plus devant l’écran. Et cette fois, on ne parle plus simplement d’une IA qui répond à vos questions : on parle d’une IA à laquelle vous donnez un objectif et qui peut ensuite se débrouiller pour avancer.

Sauf qu’il y a un petit détail assez savoureux pour nous autres Européens : les abonnés ChatGPT Pro du bien nommé “Espace économique européen” devront regarder la fête depuis le trottoir. Youpie !

ChatGPT passe de l’assistant au collègue

Dots est présenté par OpenAI comme un agent “toujours actif”. Son principe est relativement simple : vous lui confiez une tâche ou un objectif, puis il peut continuer à travailler en arrière-plan sans nécessiter votre intervention à chaque étape.

Chaque Dot dispose de son propre ordinateur dans le cloud. Il peut donc utiliser des outils, consulter des informations, travailler sur des fichiers et interagir avec différentes applications pour accomplir une mission.

Autrement dit, on ne lui demande plus seulement “écris-moi ça”. On peut commencer à lui dire : “occupe-toi de ça”. Et cette différence est beaucoup plus importante qu’elle n’en a l’air.

Une IA qui ne vous attend plus

L’une des caractéristiques intéressantes de Dots est justement cette capacité à poursuivre une tâche dans le temps.

Imaginez que vous lui demandiez de surveiller un projet, de préparer progressivement une présentation, d’analyser régulièrement certaines informations ou de suivre une série d’actions à accomplir. Au lieu de repartir de zéro chaque fois que vous ouvrez ChatGPT, l’agent peut continuer à avancer.

OpenAI veut donc faire évoluer ChatGPT d’un système essentiellement conversationnel vers une sorte d’environnement de travail dans lequel des agents peuvent prendre en charge des morceaux entiers d’un processus. C’est un changement de philosophie assez radical. Jusqu’ici, l’IA était essentiellement assise derrière son bureau en attendant qu’on lui donne du travail. Avec Dots, elle commence à se lever toute seule.

Plus de 4 000 applications dans la brouette

Et pour qu’un agent soit réellement utile, il faut évidemment lui donner accès à des outils. OpenAI annonce ainsi que Dots peut exploiter plus de 4 000 applications connectées à ChatGPT. L’objectif est de permettre à l’agent de ne pas rester coincé dans sa petite fenêtre de conversation, mais de pouvoir travailler avec différents services.

C’est là que le concept devient particulièrement intéressant pour les entreprises. Un agent capable de lire une information, de l’analyser, de produire un document, de mettre à jour un outil et de revenir ensuite vers un humain pour demander une validation commence à ressembler beaucoup moins à un chatbot et beaucoup plus à un véritable assistant numérique.

Et contrairement au stagiaire humain, celui-là ne réclame même pas de pause-café.

Concrètement, je fais quoi avec ça ?

Pour comprendre ce que change réellement un agent comme Dots, il faut oublier quelques minutes les démonstrations habituelles où l’on demande à une IA de résumer un PDF ou de rédiger un joli mail. L’intérêt devient beaucoup plus évident lorsqu’on lui confie une tâche qui demande plusieurs étapes et qu’on le laisse travailler pendant qu’on fait autre chose.

Au boulot 

Imaginez que vous arriviez le matin avec une boîte mail remplie, plusieurs réunions dans votre agenda et une brouette de documents qui attendent votre attention.

Au lieu de simplement vous résumer les mails, Dots pourrait analyser ce qui s’est passé pendant votre absence, repérer les demandes urgentes, consulter les outils auxquels vous lui avez donné accès, préparer certains documents et vous présenter ensuite ce qui mérite réellement votre intervention. L’idée n’est donc plus de demander à l’IA “fais-moi un résumé”, mais plutôt “regarde ce qui s’est passé et prépare-moi la journée”. Nuance assez importante : pendant ce temps-là, vous pouvez réellement prendre votre café.

Pour chercher une maison

Imaginez que vous soyez à la recherche d’une nouvelle habitation. Vous pourriez demander à Dots de surveiller plusieurs sites immobiliers, de repérer les nouvelles annonces correspondant à vos critères, d’éliminer celles qui dépassent votre budget ou qui sont trop éloignées et de comparer les propriétés qui restent.

Il pourrait même relever certaines incohérences ou informations manquantes et vous signaler qu’une maison qui semble parfaite se trouve finalement à 25 minutes de plus de votre boulot que prévu. Vous éviteriez ainsi de passer trois heures à ouvrir 47 annonces dont 39 présentent une photo du salon prise avec un smartphone datant de 2014.

Pour organiser la vie familiale

Imaginez maintenant que plusieurs agendas se croisent avec les activités des enfants, les rendez-vous, les anniversaires, les vacances et les obligations professionnelles de chacun. Dots pourrait surveiller ces informations, repérer les conflits d’horaires, préparer une organisation cohérente et vous signaler qu’il existe, par exemple, trois rendez-vous impossibles à caser le même mercredi après-midi.

Au lieu de jouer vous-même au Tetris avec les agendas de toute la famille, vous pourriez simplement recevoir une proposition déjà organisée et décider si elle vous convient.

Pour gérer un projet personnel

Vous pourriez également lui confier quelque chose qui vous prend habituellement plusieurs heures, comme préparer un voyage, comparer différentes possibilités, réunir les informations utiles et construire une première organisation. Dots pourrait rechercher les différentes options, comparer les contraintes, conserver les informations intéressantes dans vos fichiers et revenir vers vous uniquement lorsqu’une décision humaine est réellement nécessaire.

Et c’est probablement là que l’on comprend le mieux la différence avec un chatbot classique : vous ne lui demandez plus de faire une petite tâche isolée, vous lui donnez un objectif et vous le laissez se débrouiller avec toutes les étapes intermédiaires.

Mais il ne faudrait quand même pas lui donner les clés de la maison

OpenAI sait évidemment qu’un agent autonome capable d’utiliser plusieurs applications peut rapidement devenir un problème s’il décide de prendre quelques libertés. L’entreprise a donc prévu des règles permettant de définir ce que Dots peut faire automatiquement, ce pour quoi il doit demander une autorisation et ce qui lui est interdit.

Certaines opérations sensibles nécessitent ainsi une validation humaine. L’utilisateur peut également définir ses propres règles afin de limiter les actions de l’agent.

C’est plutôt rassurant, parce qu’une IA qui rédige une mauvaise présentation, ce n’est finalement pas dramatique. Une IA qui modifie vos fichiers, change un mot de passe ou effectue une action irréversible pendant que vous êtes parti déjeuner, c’est déjà beaucoup moins rigolo.

Et OpenAI rappelle d’ailleurs que Dots peut toujours commettre des erreurs. Ce qui est une façon assez élégante de dire : « Vous pouvez lui confier du boulot, mais ne partez peut-être pas immédiatement faire le tour du monde. »

Et la Belgique, la France dans tout ça ?

C’est ici que le scénario devient particulièrement intéressant.

Dots est bien lancé aujourd’hui, mais pas pour les abonnés Pro de l’Espace économique européen.

La Belgique se trouve donc dans le même panier que les autres pays de l’EEE, ainsi que la Suisse et le Royaume-Uni, qui ne font pas partie du déploiement initial destiné aux utilisateurs Pro.

Pour les entreprises, la situation est différente. Les offres Business Premium sont concernées dans les régions où ChatGPT est pris en charge, tandis que les clients Enterprise peuvent tester Dots en bêta après activation par l’administrateur de leur espace de travail.

Donc, si vous êtes Belge ou Français, que vous avez ChatGPT Pro et que vous cherchez Dots dans l’application, inutile de redémarrer votre ordinateur, de vider le cache ou de demander à votre voisin informaticien de venir regarder.

Le bouton n’est simplement pas prévu pour vous, pour l’instant. On vous tiendra au courant !

Pourquoi l’Europe attend-elle ?

OpenAI n’a pas annoncé de date précise pour l’arrivée de Dots auprès des abonnés Pro européens.

Il serait donc hasardeux d’affirmer que l’absence actuelle est uniquement due au RGPD ou à l’AI Act européen. Plusieurs éléments réglementaires et liés à la protection des données rendent effectivement le marché européen plus complexe, mais OpenAI n’a pas donné de calendrier public permettant d’attribuer officiellement cette décision à une seule réglementation.

Les agents autonomes manipulent potentiellement davantage de données et peuvent effectuer davantage d’actions qu’un simple chatbot. Leur déploiement pose donc de nouvelles questions concernant les autorisations, les données personnelles, les comptes tiers et la responsabilité lorsqu’une IA fait quelque chose qu’elle n’aurait pas dû faire.

L’Europe n’est donc pas simplement confrontée à une nouvelle version de ChatGPT. Elle doit maintenant composer avec des logiciels capables d’agir.

Meta avait déjà sorti son propre agent

OpenAI n’arrive d’ailleurs pas seule sur ce terrain. Meta a lancé Muse quelques semaines avant Dots, avec une philosophie assez similaire : proposer un agent capable d’accomplir des tâches et d’interagir avec différents services.

La différence est que Meta avait commencé son déploiement sur un marché beaucoup plus limité, tandis qu’OpenAI annonce une intégration beaucoup plus large dans son écosystème et un accès à plusieurs milliers d’applications.

La bataille ne se joue donc plus uniquement sur celui qui possède le meilleur chatbot. Elle se déplace progressivement vers une autre question : qui construira l’agent auquel les utilisateurs accepteront réellement de confier leur quotidien numérique ?

Et ça, c’est nettement plus compliqué que de savoir quelle IA écrit le meilleur poème sur un grille-pain.

OpenAI veut maintenant plusieurs employés numériques

Le projet ne s’arrête d’ailleurs pas à un seul Dot. OpenAI travaille déjà sur la possibilité de faire collaborer plusieurs agents, avec notamment des agents spécialisés capables de prendre en charge des tâches précises dans les entreprises.

On pourrait donc progressivement voir apparaître des équipes dans lesquelles certains membres sont humains et d’autres entièrement logiciels.

Un agent pour analyser les données, un autre pour préparer les documents, un troisième pour surveiller certains processus et un humain pour vérifier que tout ce petit monde n’a pas décidé de partir en sucette.

C’est probablement l’évolution la plus importante derrière Dots. OpenAI ne cherche plus simplement à fabriquer une IA qui sait faire des choses. L’entreprise cherche à fabriquer une IA qui fait ces choses sans qu’on lui demande chaque étape.

Et là, forcément, la question n’est plus seulement de savoir si l’IA est suffisamment intelligente. Il faut aussi savoir si on lui fait suffisamment confiance.

Et pour les Belges, ce sera « bientôt »

Pour l’instant, le verdict est donc assez simple : Dots existe, fonctionne déjà pour certains utilisateurs et représente une nouvelle étape vers les agents IA autonomes, mais les abonnés Pro belges doivent encore patienter. Ce qui est finalement assez amusant.

Pendant des années, on nous a expliqué que l’intelligence artificielle allait nous faire gagner du temps.

Maintenant qu’une IA capable de travailler toute seule arrive enfin, l’Europe répond : “Très bien, mais vous pouvez attendre dans le couloir pendant qu’on regarde les conditions d’utilisation.”

L’IA travaille donc déjà pendant que vous dormez. Enfin… pas encore si vous habitez chez nous.

Sources

  • Présentation officielle de Dots
    OpenAI – Introducing dots — États-Unis
    Présentation officielle des agents Dots, de leur fonctionnement, de leur ordinateur cloud, de leur autonomie et de leurs capacités.
  • Disponibilité et conditions d’accès
    OpenAI Help Center – Getting started with your dot — États-Unis
    Précise que le déploiement Pro exclut actuellement l’Espace économique européen, la Suisse et le Royaume-Uni, tandis que Business Premium est disponible dans les régions ChatGPT prises en charge.
  • Lancement et stratégie d’OpenAI
    Reuters – OpenAI takes on Meta with dots agent — Royaume-Uni
    Analyse du lancement de Dots, de l’approche « always-on » et de la concurrence avec Meta dans les agents autonomes.
  • Fonctionnement et applications
    The Next Web – OpenAI launches dots — Pays-Bas / international
    Détails sur les ordinateurs cloud, les plus de 4 000 applications connectées et le déploiement géographique.
  • Fonctionnement des agents et concurrence avec Meta
    MacRumors – OpenAI Launches Always-On ‘Dots’ Agents — États-Unis
    Détails sur les capacités de Dots, leur fonctionnement continu, les connexions aux applications et la comparaison avec Muse.
  • Sécurité et autonomie des agents
    OpenAI Deployment Safety Hub – GPT-6 Astra — États-Unis
    Documentation technique sur les évaluations de sécurité de Dots, notamment face aux tentatives de prompt injection et aux actions non autorisées.

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.

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