Ces derniers jours, je vous ai parlé à deux reprises d’OpenAI, et ces deux histoires m’ont donné envie de creuser un peu plus loin. Dans le dernier article en date, je vous racontais comment un agent d’OpenAI avait réussi à contourner une restriction d’accès à Internet en utilisant le DNS, alors que son environnement lui interdisait normalement de communiquer directement avec l’extérieur. OpenAI avait ensuite décidé de suspendre temporairement certains travaux sur ses modèles les plus puissants utilisant des outils, histoire de reboucher quelques trous dans la clôture avant de laisser tout ce petit monde courir dans le jardin.
Dans le premier, je revenais sur l’affaire australienne autour de Medicare, où un agent d’OpenAI utilisé dans le cadre d’un test avait réussi à accéder à des ressources d’un portail gouvernemental auxquelles il n’était pas censé accéder. Cette histoire est intéressante parce qu’elle illustre assez bien le changement de nature des agents IA : on ne parle plus simplement d’un chatbot qui répond à une question, mais de systèmes capables d’utiliser des outils, d’explorer différentes pistes et d’essayer de réaliser concrètement une tâche.
En écrivant ces deux articles, une question a donc fini par me trotter dans la tête (Je l’avais promis à Marie) : mais au fond, jusqu’où vont réellement les liens entre OpenAI et les gouvernements ? Et surtout, qu’en est-il des États-Unis ?
Parce qu’OpenAI n’est plus simplement la société derrière ChatGPT qui nous aide à résumer une fiche de salaire ou à comprendre pourquoi mon imprimante refuse obstinément d’imprimer alors qu’il n’y a absolument aucun papier coincé (vécu).
Aux Etats-Unis, OpenAI travaille désormais officiellement avec l’administration fédérale, avec le Pentagone et avec plusieurs organismes liés à la défense américaine. Il existe des contrats commerciaux, des partenariats militaires, des infrastructures financées par des acteurs privés mais soutenues politiquement par Washington, et même des modèles d’OpenAI qui doivent fonctionner dans des environnements militaires classifiés.
J’ai donc voulu regarder tout cela d’un peu plus près, en essayant de séparer les faits vérifiables des raccourcis qui circulent parfois sur les réseaux sociaux (et il en existe une belle brouette bien remplie).
Qui travaille réellement avec qui ? Qui paie qui ? Que demande exactement le gouvernement américain ? Qu’est-ce qu’OpenAI accepte de faire ? Jusqu’où va la coopération militaire ? Et surtout, quel rôle Donald Trump joue-t-il réellement dans cette histoire ?
Parce qu’entre “Trump donne 500 milliards à OpenAI” et “OpenAI est devenue une entreprise militaire américaine”, il y a quand même quelques nuances, et elles valent franchement le détour.
Toutes les sources utilisées sont disponibles en fin d’article ou, s’il s’agit de dates, directement dans le texte.
C’est parti !
Commençons par le chiffre qui fait évidemment le plus tourner les têtes : 500 milliards de dollars. Cela représente le budget annuel total de l’Etat français, 5000 lancements de fusées Starship ou … organiser 65 fois les JO à Paris.
En janvier 2025, Donald Trump annonce à la Maison-Blanche le projet Stargate, une gigantesque initiative destinée à construire des infrastructures pour l’intelligence artificielle aux États-Unis. Sur la photo, on retrouve Trump, Sam Altman pour OpenAI, Masayoshi Son pour SoftBank et Larry Ellison pour Oracle, soit une jolie concentration de milliards de dollars au mètre carré.
Le projet prévoit alors jusqu’à 500 milliards de dollars d’investissements sur quatre ans dans des infrastructures d’IA américaines, avec OpenAI, SoftBank et Oracle au cœur de l’initiative. Reuters confirme alors qu’il s’agit d’un projet porté par ces entreprises et non d’un financement public de 500 milliards de dollars versé directement à OpenAI.
C’est une première nuance importante, parce que l’on voit régulièrement passer sur Internet une version beaucoup plus spectaculaire de l’histoire : “Trump donne 500 milliards à OpenAI”.
Non, ce n’est pas ce qui s’est passé
Stargate est un projet d’infrastructure financé par des acteurs privés, même si Donald Trump lui apporte un soutien politique très visible et promet de faciliter sa réalisation grâce à l’action de son administration. Reuters rapportait d’ailleurs à l’époque que Trump avait lui-même insisté sur le fait que le gouvernement américain ne finançait pas directement les 500 milliards annoncés.
Le projet est néanmoins loin d’être anecdotique, puisqu’il doit fournir à OpenAI une énorme capacité de calcul américaine pour entraîner et faire fonctionner ses futurs modèles. En octobre 2025, Reuters rapportait par exemple que Stargate prévoyait déjà plusieurs nouveaux sites aux États-Unis et une capacité dépassant plusieurs gigawatts, avec un investissement total annoncé supérieur à 450 milliards de dollars à terme. Les sommes commencent doucement à devenir stratosphérique.
Autrement dit, même si le gouvernement ne signe pas un chèque de 500 milliards à OpenAI, Washington soutient très clairement la construction de l’infrastructure dont OpenAI a besoin pour poursuivre sa course à l’IA. Vous commencez à percuter les sommes en jeu ? Et là, on commence à comprendre pourquoi la relation avec l’administration Trump mérite d’être regardée d’un peu plus près.
Pour trouver un lien beaucoup plus direct entre OpenAI et le gouvernement américain, il suffit de regarder du côté du Department of Defense (ce que l’ami Donald appelle le “Ministère de la guerre/Department of War”).
Le 16 juin 2025, le Pentagone annonce officiellement avoir attribué à OpenAI Public Sector LLC un contrat pouvant atteindre 200 millions de dollars, destiné à développer des prototypes d’intelligence artificielle répondant à des problèmes liés à la sécurité nationale.
Cette fois, nous ne sommes donc plus dans une conférence de presse à la Maison-Blanche avec trois patrons de la Silicon Valley derrière Donald Trump : il s’agit bien d’un contrat conclu avec le Department of Defense. Le document officiel précise que les travaux doivent couvrir des applications liées aux activités militaires et administratives du département, avec notamment des domaines comme l’analyse de données, les acquisitions, la santé des militaires et la cybersécurité. Reuters a également rapporté le montant et la nature de ce contrat.
OpenAI ne cache d’ailleurs absolument pas cette collaboration. La société lance parallèlement son programme OpenAI for Government, destiné à regrouper ses activités avec les différentes composantes du gouvernement américain, et présente le contrat de 200 millions de dollars comme son premier partenariat majeur dans ce cadre.
On peut donc déjà répondre à une première question assez simplement : oui, OpenAI a bien un contrat avec le gouvernement américain et oui, il concerne directement le secteur de la défense.
C’est ici qu’il faut faire attention aux raccourcis, vraiment attention. Parce que “l’IA militaire” peut vouloir dire à peu près tout et n’importe quoi.
Le contrat annoncé en 2025 ne dit pas que ChatGPT va prendre les commandes de l’armée américaine ni que des généraux assis dans leur fauteuil vont demander à une IA de choisir les prochaines cibles. Il prévoit plutôt le développement de prototypes destinés à différents problèmes de sécurité nationale, avec des applications potentielles dans les opérations militaires, l’administration, la cybersécurité, la santé ou encore l’analyse de données.
Cela peut sembler moins spectaculaire, mais c’est justement ce qui rend le sujet intéressant : une IA n’a pas besoin de piloter un missile pour devenir une technologie militaire importante. Si elle peut analyser rapidement d’immenses volumes de données, aider à planifier une opération, identifier une vulnérabilité informatique ou assister la logistique d’une armée, elle devient déjà une technologie stratégique. Et c’est précisément dans cette direction que le gouvernement américain pousse depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche.
Il serait toutefois trop simple de présenter l’histoire comme une relation dans laquelle Washington donne des ordres et OpenAI exécute.
En mars 2025, OpenAI présente elle-même ses propositions à la Maison-Blanche dans le cadre de la préparation du futur plan américain sur l’intelligence artificielle. L’entreprise y défend notamment une accélération massive de la construction d’infrastructures, une politique favorable à l’innovation et une adoption beaucoup plus rapide de l’IA par le gouvernement américain.
En clair, OpenAI explique à Washington que les États-Unis doivent construire beaucoup plus de capacités de calcul, accélérer l’adoption des modèles d’IA et conserver leur avance technologique face à la Chine. Et cela correspond assez bien à la politique affichée par Donald Trump.
Dès janvier 2025, son administration adopte un décret visant à renforcer le leadership américain dans le domaine de l’intelligence artificielle, avec l’objectif affiché de maintenir les États-Unis en tête de cette course technologique (lisez “On va laisser les Chinois sur le banc de touche”). Quelques mois plus tard, la Maison-Blanche publie son America’s AI Action Plan, qui contient plus de 90 actions destinées à accélérer l’innovation, construire les infrastructures nécessaires et renforcer le rôle des États-Unis dans l’IA et la sécurité nationale.
Il existe donc une convergence assez évidente entre les intérêts d’OpenAI et ceux de l’administration américaine : Washington veut davantage d’IA américaine et OpenAI veut évidemment que les États-Unis utilisent davantage ses technologies.
Le rapprochement avec le gouvernement américain ne se limite pas au Pentagone. OpenAI a également développé ChatGPT Gov, une version destinée aux administrations américaines et conçue pour répondre à leurs exigences particulières en matière de sécurité et de conformité.
Puis, en août 2025, la General Services Administration annonce un accord particulièrement étonnant : les agences fédérales participantes peuvent accéder à ChatGPT Enterprise pour 1 dollar par agence pendant un an. Même un bar français facture plus pour une bête tranche de citron dans un Perrier en terrasse à Paris.
Derrière cette offre presque symbolique, l’objectif est évidemment stratégique : permettre aux administrations américaines de tester et d’adopter rapidement les outils d’IA d’OpenAI, avec en parallèle des ressources de formation et d’accompagnement. La GSA présente explicitement l’accord comme un moyen d’accélérer l’adoption de l’IA au sein du gouvernement fédéral. En gros, la GSA c’est un peu le service d’achats et de gestion administrative des USA : elle négocie des contrats-cadres permettant aux agences fédérales d’acheter des logiciels, du matériel, des services, etc. Un peu comme nos marchés publics.
Et OpenAI n’est pas seule sur ce marché : l’administration américaine travaille également avec Google, Anthropic, Microsoft, Amazon et d’autres acteurs majeurs de l’intelligence artificielle. Le mouvement est donc beaucoup plus large qu’un simple partenariat entre Trump et Sam Altman. Bon, ne revenons pas sur le fait qu’en février 2026, Donald Trump a ordonné aux agences fédérales de cesser immédiatement d’utiliser la technologie d’Anthropic, après le conflit entre Anthropic et le Pentagone sur les conditions d’utilisation de Claude dans le domaine militaire. Le Pentagone a ensuite désigné Anthropic comme “supply chain risk”. Mais ne nous écartons pas, nous y reviendrons plus tard.
Un autre élément mérite d’être précisé, car il serait facile de réécrire l’histoire en faisant croire que Donald Trump a débarqué à la Maison-Blanche en janvier 2025 et a immédiatement envoyé OpenAI travailler pour l’armée. Ce n’est pas exact.
En décembre 2024, donc avant le retour de Trump au pouvoir, OpenAI annonce déjà un partenariat avec Anduril, une entreprise américaine spécialisée dans les technologies de défense.
Le partenariat doit notamment permettre d’utiliser les modèles d’OpenAI dans des systèmes destinés à détecter et combattre les drones. Reuters confirme alors que les deux entreprises travaillent ensemble sur des applications liées à la sécurité nationale et aux systèmes anti-drones. Le rapprochement entre OpenAI et le monde militaire américain avait donc commencé avant la seconde présidence Trump. C’est très important de le rappeler ! Ce que l’on observe ensuite, c’est surtout une accélération très importante de cette dynamique.
OpenAI a également participé à des initiatives liées à la DARPA, l’agence américaine chargée de financer des recherches technologiques avancées pour la défense.
Dans le domaine de la cybersécurité, l’entreprise a notamment participé à l’AI Cyber Challenge, un programme destiné à utiliser l’intelligence artificielle pour identifier et corriger des vulnérabilités dans des logiciels.
Ici encore, il ne faut pas transformer chaque collaboration en scénario de science-fiction : il ne s’agit pas de robots autonomes parcourant les couloirs du Pentagone avec une puce OpenAI dans le cerveau. La coopération porte notamment sur la cybersécurité, ce qui est déjà un domaine particulièrement stratégique pour une puissance militaire.
Cela montre néanmoins que le rapprochement entre OpenAI et l’appareil américain de défense ne repose pas sur un seul contrat isolé, mais sur plusieurs collaborations qui se sont développées progressivement.
C’est probablement ici que l’affaire devient réellement sensible. En février 2026, OpenAI annonce un accord avec le Department of War permettant de déployer ses modèles dans des environnements cloud classifiés du gouvernement américain. Reuters confirme alors l’accord et rapporte que les discussions portent notamment sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans des environnements militaires sécurisés.
OpenAI annonce ensuite l’intégration de ChatGPT à GenAI.mil, une plateforme d’IA sécurisée destinée au Department of War (de la défense, pardon). Selon OpenAI, cette infrastructure concerne potentiellement environ trois millions de personnels civils et militaires et doit permettre aux utilisateurs autorisés d’accéder à des capacités d’IA dans un environnement contrôlé.
Autrement dit, nous ne parlons plus simplement d’un militaire qui ouvre ChatGPT sur son ordinateur personnel pour lui demander de reformuler un rapport. Les modèles d’OpenAI sont désormais destinés à fonctionner dans des environnements informatiques militaires classifiés.
Et cette évolution n’est pas limitée à OpenAI : le Pentagone cherche parallèlement à travailler avec plusieurs grands acteurs technologiques afin de ne pas dépendre d’un seul fournisseur. Reuters rapportait notamment en 2026 des accords avec plusieurs entreprises majeures de l’IA et du cloud.
Évidemment, une question arrive immédiatement : si OpenAI travaille avec le Pentagone, est-ce que l’entreprise accepte absolument tout ce que l’armée américaine lui demande ? D’après les documents publiés par OpenAI, non.
L’entreprise affirme avoir négocié des limites concernant notamment la surveillance intérieure massive des citoyens américains et certaines utilisations d’armes autonomes. OpenAI affirme également que ses modèles ne doivent pas prendre seuls certaines décisions à haut risque lorsque les règles militaires imposent qu’un humain conserve le contrôle.
C’est évidemment un élément essentiel du débat, mais il faut également préciser que ces garanties sont celles qu’OpenAI affirme avoir intégrées à son accord avec le gouvernement américain. Elles ne permettent pas à un observateur extérieur (nous) de garantir que chaque utilisation future respectera parfaitement ces limites.
Et c’est justement cette question du contrôle qui a rendu les relations entre les entreprises d’IA et le gouvernement américain particulièrement tendues en 2026.
Le cas d’Anthropic permet de comprendre à quel point la question est devenue sensible. Anthropic, qui développe Claude, travaillait elle aussi avec le gouvernement américain, mais l’entreprise refusait certaines utilisations militaires, notamment celles concernant la surveillance intérieure et les systèmes d’armes totalement autonomes.
Le conflit avec l’administration Trump s’est fortement durci en février 2026 (je vous en parlais plus haut), jusqu’à ce que Donald Trump demande aux agences fédérales de mettre fin à l’utilisation des technologies d’Anthropic et que le Pentagone désigne l’entreprise comme un risque pour sa chaîne d’approvisionnement. Reuters a documenté cette confrontation ainsi que les positions respectives du gouvernement et d’Anthropic.
Ce qui est intéressant ici, ce n’est pas de dire qu’OpenAI a gagné là où Anthropic a perdu, mais de constater que deux grandes entreprises d’IA ont fait des choix différents face aux mêmes demandes gouvernementales.
OpenAI a accepté de travailler avec le Pentagone tout en négociant ses propres restrictions, tandis qu’Anthropic a maintenu certaines lignes rouges que l’administration Trump n’a pas acceptées.
Il serait également trompeur de présenter OpenAI comme le fournisseur exclusif de l’intelligence artificielle militaire américaine.
Le Pentagone cherche au contraire à multiplier les fournisseurs afin d’éviter de dépendre entièrement d’une seule entreprise. En 2026, plusieurs acteurs majeurs de la technologie ont ainsi conclu des accords permettant à leurs modèles et infrastructures d’être utilisés dans les environnements du Department of War. Cela concerne notamment OpenAI, Google, Microsoft, Amazon Web Services et d’autres entreprises technologiques.
Cette stratégie est assez logique : si l’armée américaine confiait toute son infrastructure d’IA à une seule entreprise privée, elle deviendrait extrêmement dépendante de cette société, de ses prix, de ses décisions techniques et de ses éventuels changements de politique. Le gouvernement cherche donc à avoir plusieurs cartes en main.
C’est probablement la partie la plus facile à caricaturer, et donc celle sur laquelle il faut justement rester prudent.
Il existe incontestablement un rapprochement politique entre Sam Altman et l’administration Trump. Altman a notamment annoncé un don personnel d’un million de dollars au fonds d’investiture de Donald Trump, et il s’est ensuite retrouvé à ses côtés lors de l’annonce de Stargate à la Maison Blanche.
Il existe également une convergence assez nette entre les positions défendues par OpenAI et la stratégie technologique de l’administration Trump : développement massif des infrastructures, accélération de l’adoption de l’IA, priorité donnée aux technologies américaines et volonté de conserver une avance sur la Chine.
Mais cela ne signifie pas que Donald Trump signe personnellement les contrats d’OpenAI. Le contrat de 200 millions de dollars est un contrat avec le Department of Defense, tandis que les accords concernant l’utilisation de ChatGPT dans l’administration fédérale passent par les organismes compétents comme la General Services Administration.
Autrement dit, il existe un lien politique très visible entre Trump et OpenAI, mais cela ne signifie pas que les contrats fédéraux sont des contrats personnels entre Trump et Sam Altman.
Cette distinction est importante si l’on veut comprendre ce qui se passe plutôt que simplement fabriquer un titre bien énervé pour les réseaux sociaux.
Il ne faudrait pas non plus tomber dans l’excès inverse et faire comme si Donald Trump n’avait absolument rien à voir avec cette évolution. Son administration considère clairement l’intelligence artificielle comme un enjeu économique, industriel et stratégique majeur, et elle cherche à accélérer son développement aux États-Unis tout en évitant que la Chine ne prenne une avance décisive.
L’America’s AI Action Plan présenté par la Maison-Blanche en 2025 rassemble ainsi plus de 90 mesures destinées à accélérer l’innovation, développer les infrastructures et renforcer le leadership américain en matière d’IA. OpenAI défend parallèlement auprès de Washington une politique allant largement dans le même sens. Il existe donc une convergence d’intérêts assez évidente, sans qu’il soit nécessaire d’imaginer une quelconque entente secrète entre Donald Trump et Sam Altman.
Stargate, c’est finalement la partie “on construit les gros blocs de Lego” de l’histoire. D’un côté, les États-Unis veulent une puissance de calcul gigantesque pour rester dans la course à l’IA. De l’autre, OpenAI a besoin de montagnes de serveurs pour entraîner et faire tourner ses modèles sans transformer chaque data center en radiateur géant.
Le projet permet donc de faire d’une pierre deux coups : accélérer les infrastructures américaines tout en donnant à OpenAI accès à une capacité de calcul colossale, avec SoftBank, Oracle et d’autres partenaires industriels, en moindre partie.
Présenter Stargate comme un simple “cadeau” de Trump à OpenAI serait donc faire un gros raccourci paresseux : le projet repose sur des investissements privés et une stratégie industrielle plus large. Et contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les 500 milliards ne sortent pas directement du portefeuille de l’Oncle Sam. Enfin… pas cette fois. Tiens, est-ce que ça parle encore aux jeunes ça “L’Oncle Sam” ?
D’après les contrats et les annonces officielles, il est possible de résumer la situation assez simplement. Nous pouvons donc valider que :
Par contre :
Cette distinction me paraît particulièrement importante : une IA qui parvient à contourner une restriction dans un laboratoire bien sagement sous contrôle n’est pas automatiquement la même bestiole qu’une IA déployée sur le terrain militaire, enfermée derrière des garde-fous techniques et contractuels. Entre les deux, il y a quand même quelques couches de sécurité et pas juste un bouton “faire n’importe quoi”.
Au départ, je voulais simplement répondre à une question assez simple : OpenAI est-elle devenue proche de Donald Trump ?
A force de regarder les contrats, les partenariats et les annonces officielles, on finit par se dire que cette question est finalement bien trop étriquée pour contenir le gigantesque chantier qui est en train de se jouer. C’est comme essayer de placer un couple de thon dans un boite pour six sardines.
Le changement beaucoup plus profond est que les États-Unis commencent à traiter l’intelligence artificielle comme une infrastructure stratégique, au même titre que les télécommunications, les semi-conducteurs, l’énergie ou certaines infrastructures militaires. Et OpenAI veut évidemment être au centre de cette transformation. Et c’est bien normal, non ? N’oublions pas leurs “amis” chinois pour lesquels Trump a récemment répété “avoir beaucoup de respect”. Bon, il change d’avis assez souvent, mais c’est un autre sujet.
Washington veut davantage d’IA américaine, OpenAI veut davantage de clients et d’infrastructures, le Pentagone veut accéder aux modèles les plus performants et les entreprises technologiques veulent éviter de laisser leurs concurrents prendre toute la place. Tout ce gentil petit monde a donc de bonnes raisons de se retrouver autour de la même table.
C’est probablement ce qui me frappe le plus dans cette histoire. Il y a encore quelques années, lorsqu’on parlait d’intelligence artificielle, on imaginait surtout un chatbot capable de répondre à nos questions, de résumer un document ou de nous expliquer pourquoi notre ordinateur refusait de démarrer, tout en cherchant quoi faire avec deux patates douces et de la fêta (Eric, si tu me lis).
Aujourd’hui, les systèmes les plus avancés peuvent utiliser des outils, chercher des informations, interagir avec des services externes et essayer plusieurs stratégies pour atteindre un objectif. C’est exactement ce que les histoires que je vous racontais ces derniers jours autour du DNS et de Medicare permettent d’illustrer. Et c’est aussi ce qui explique pourquoi leur utilisation dans des environnements gouvernementaux ou militaires mérite une attention particulière.
Une IA qui se plante dans une recette, ce n’est finalement pas bien méchant : au pire, on obtient un gratin qui ressemble vaguement à une expérience de carbonisation extrême. Par contre, si elle se trompe en analysant un dossier administratif, une infrastructure informatique, une opération militaire ou des informations classifiées, là, on passe assez vite du “oups, j’ai oublié le d’éteindre le four” au “oups, on vient de créer un problème diplomatique”.
La vraie question des prochaines années ne sera donc probablement pas simplement de savoir quelle IA est la plus intelligente. Il faudra surtout déterminer où on la branche, quelles permissions on lui donne, quelles informations elle peut consulter et qui conserve réellement le contrôle lorsqu’elle se trompe.
Parce qu’une IA qui raconte une connerie, c’est gênant. Une IA à laquelle on donne accès à un système important et qui prend une mauvaise décision avec beaucoup d’assurance, c’est déjà nettement moins drôle.
Et c’est précisément pour cela que je trouve le rapprochement entre OpenAI, l’administration Trump et le Pentagone intéressant à suivre. Vous l’aurez maintenant compris : Il ne s’agit pas, du moins à ce stade, d’une mystérieuse alliance secrète entre Donald Trump et Sam Altman.
Il s’agit de quelque chose de beaucoup plus concret et, à mon avis, beaucoup plus important : l’intelligence artificielle est en train de devenir une composante officielle de la puissance économique, administrative et militaire américaine.
Et ça, ce n’est plus de la science-fiction. C’est déjà en route, vers l’infini et au-delà ! (à lire avec la voix de Buzz l’Eclair en tête).
Reuters
OpenAI
Maison-Blanche
Administration américaine (GSA)
Anthropic
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