Dans toutes les entreprises, il existe une espèce fascinante de créatures professionnelles : les managers. Certains vivent au rythme des tableaux Excel, des diagrammes de Gantt et des échéances qui clignotent en rouge sur leur écran. D’autres connaissent le prénom du chien de chaque collaborateur, repèrent une baisse de moral à cinquante mètres et savent exactement qui a besoin d’un café ou d’un mot d’encouragement.
Entre le manager focalisé sur les projets et celui focalisé sur l’humain, la différence est parfois aussi visible qu’entre un GPS et un guide de montagne. Les deux cherchent à atteindre le sommet, mais ils n’empruntent pas forcément le même chemin.
Pour ce type de manager, le projet constitue le centre de gravité de l’univers. Les objectifs sont clairement définis, les délais sont sacrés et les indicateurs de performance sont observés avec l’attention d’un astronome découvrant une nouvelle galaxie. Son rôle consiste à coordonner les ressources disponibles afin d’atteindre le résultat attendu dans les temps impartis.
Lors d’une réunion, il pose généralement des questions très concrètes : Où en est-on ? Quels sont les risques ? Le budget est-il respecté ? Qui fait quoi ?
Cette approche présente de nombreux avantages. Les priorités sont claires, l’organisation est structurée et les équipes savent précisément ce qui est attendu d’elles. Les projets avancent souvent rapidement car chacun est concentré sur l’objectif final.
Cependant, lorsque la pression augmente, le risque apparaît de considérer les collaborateurs comme de simples ressources interchangeables. Le projet progresse, mais les personnes qui le portent peuvent parfois avoir l’impression d’être devenues des lignes dans un tableau de suivi.
À l’opposé, le manager centré sur l’humain considère que les résultats découlent avant tout de la qualité des relations et de l’engagement des équipes.
Il s’intéresse à la motivation, aux aspirations individuelles, au développement des compétences et au climat de travail. Son intuition est simple : une équipe qui se sent respectée, écoutée et valorisée donnera naturellement le meilleur d’elle-même.
Lors d’une réunion, il demandera volontiers comment chacun vit la charge de travail, quelles difficultés sont rencontrées ou quelles compétences pourraient être développées.
Cette approche favorise souvent la confiance, la fidélisation des collaborateurs et la coopération entre collègues. Les conflits sont généralement identifiés plus tôt et les périodes difficiles sont mieux traversées.
Le danger existe néanmoins de consacrer tellement d’énergie à préserver l’équilibre humain que certaines décisions difficiles sont repoussées. À force de vouloir satisfaire tout le monde, il devient parfois plus compliqué de maintenir le cap sur les objectifs.
Les situations deviennent particulièrement intéressantes lorsqu’un manager orienté projet et un manager orienté humain travaillent ensemble.
Le premier regarde sa montre et rappelle que le client attend une livraison vendredi. Le second observe les visages fatigués et souligne que l’équipe accumule les heures supplémentaires depuis plusieurs semaines.
Le premier affirme que l’objectif est essentiel. Le second répond que les personnes le sont tout autant. Curieusement, les deux ont raison.
Une entreprise incapable de livrer ses projets finit par perdre ses clients. Une entreprise incapable de préserver ses collaborateurs finit par perdre ses talents.
Avec l’expérience, de nombreux dirigeants découvrent qu’il ne s’agit pas de choisir entre les projets et les personnes. Les projets sont réalisés par des humains. Les humains ont besoin de projets pour donner du sens à leur travail.
Le rôle du manager moderne consiste donc à maintenir un équilibre parfois délicat entre performance et bien-être. Il doit savoir exiger sans écraser, écouter sans renoncer à décider et accompagner sans perdre de vue la destination.
Les meilleurs managers ne sont généralement ni des chefs de chantier obsédés par les échéances, ni des psychologues à plein temps. Ils savent alterner les deux postures selon les circonstances.
Un manager focalisé sur les projets cherche avant tout à atteindre les objectifs. Un manager focalisé sur l’humain cherche d’abord à faire grandir les personnes. Le premier construit des résultats. Le second construit des équipes.
Et lorsqu’un manager parvient à construire les deux en même temps, il cesse simplement d’être un gestionnaire. Il devient un véritable leader.
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