Il aura fallu des années à l’industrie technologique pour nous convaincre que notre maison devait être connectée (et donc piratable, comme nous le disions hier). Des ampoules qui obéissent à la voix, des caméras qui surveillent votre bouledogue français, des enceintes qui diffusent de la musique dans les toilettes et des thermostats qui se prennent pour des experts chauffagistes. Tout cela est formidable, jusqu’au moment où il faut ouvrir quatre applications différentes pour éteindre une lampe.
Apple pense avoir trouvé la solution. Le 13 octobre, ils ont dévoilé le HomeView, un écran connecté de 7 pouces conçu pour devenir le centre de commande de la maison. L’entreprise présente également une nouvelle gamme d’accessoires domotiques, avec des caméras, des thermostats, des capteurs et même une sonnette vidéo. Le tout doit fonctionner dans un environnement unifié, sans obliger les utilisateurs à jongler entre une collection d’applications dont les interfaces semblent parfois avoir été conçues par des gens qui ne se parlent jamais.
Sur le papier, c’est séduisant. Mais entre les promesses d’Apple et ce que nous pourrons réellement utiliser dans notre petit coin d’Europe, il y a quelques détails qui méritent notre attention (voir notre encadré ci-dessous).
Le HomeView est un écran intelligent de 7 pouces destiné à rester dans la maison, sur un meuble ou fixé au mur. Il permet de contrôler les équipements compatibles, de consulter certaines informations personnelles, de passer des appels FaceTime et de gérer des automatisations.
L’idée est assez simple : plutôt que de sortir son smartphone pour chaque petite opération, on dispose d’un panneau de commande toujours accessible. On peut consulter son calendrier, retrouver des informations utiles, vérifier ce qui se passe chez soi et commander certains équipements (compatibles, évidemment) sans devoir partir à la chasse au téléphone.
C’est précisément l’un des problèmes de la maison connectée actuelle. Nous possédons des appareils intelligents, mais leur utilisation quotidienne n’est pas toujours très intelligente, je confirme. Pour allumer une lampe, il faut parfois retrouver son smartphone, déverrouiller l’écran, ouvrir l’application adéquate, attendre qu’elle se connecte et espérer que le fabricant n’a pas décidé de modifier son interface pendant la nuit ou, pire, devoir pour la nième fois filer son login/mot de passe car l’app a été mise à jour.
Avec un écran fixe, Apple veut rendre les commandes plus accessibles à tous les membres du foyer. Plus besoin de confier à son conjoint un cours accéléré sur les subtilités de l’application domotique avant de partir en vacances.
Le constructeur mise également sur la reconnaissance des visages pour adapter l’affichage à chaque personne. L’écran peut ainsi donner accès aux informations personnelles de l’utilisateur identifié, notamment ses messages, son calendrier ou ses rappels.
Reste à voir si toute la famille appréciera cette attention. Personnellement, je ne suis pas certain que tout le monde souhaite que le calendrier familial s’invite en permanence dans le salon. Mais c’est un autre débat.
Le véritable intérêt du HomeView ne se limite pas à son écran. Apple mise surtout sur Siri AI, une nouvelle version de son assistant vocal conçue pour comprendre des demandes plus naturelles et tenir davantage compte du contexte.
L’objectif est de pouvoir formuler des demandes sans devoir mémoriser une liste de commandes précises. Au lieu de réciter une formule magique pour chaque appareil, on devrait pouvoir interagir plus naturellement avec son assistant.
Apple veut également personnaliser l’expérience en fonction des personnes présentes et de leurs besoins. Le système peut, par exemple, s’appuyer sur les informations disponibles sur l’iPhone associé pour répondre à certaines demandes personnelles.
L’entreprise insiste sur la confidentialité. Elle affirme que la protection des données est au cœur de sa conception et que le traitement local permet de limiter l’exposition des informations personnelles.
C’est évidemment un argument important pour un appareil qui trône dans la pièce où l’on vit. Entre les caméras, les microphones et les assistants vocaux, nos maisons ressemblent parfois à des bureaux de renseignement dont les occupants auraient eux-mêmes financé l’installation.
Mais il reste une question essentielle : Siri sera-t-il réellement assez performant pour justifier l’achat d’un nouvel appareil ? Un assistant vocal qui comprend les demandes complexes, c’est bien. Un assistant qui répond à côté, puis demande de répéter trois fois avant de finir par allumer la mauvaise lampe, c’est nettement moins impressionnant.
Le HomeView n’arrive pas seul. Apple a également présenté une nouvelle gamme d’accessoires domotiques développés avec des partenaires, notamment LG Electronics et Schneider Electric. Au programme : des caméras intérieures et extérieures, des thermostats, des capteurs de température, une sonnette vidéo et une serrure connectée. Ne comptez pas du moi pour remplacer ce que je possède déjà s’il me prenait l’idée d’acheter cet écran-ventouse.
L’ambition est de proposer des équipements qui s’intègrent directement dans l’application “Maison”, sans imposer systématiquement une application ou un compte supplémentaire. L’installation doit également être simplifiée, notamment grâce à un appairage rapide avec un iPhone. Voilà une promesse qui mérite notre attention.
La maison connectée souffre d’un problème assez ridicule : plus on ajoute d’équipements, plus on risque de multiplier les applications, les comptes et les mises à jour. On se retrouve alors avec une application pour les ampoules, une autre pour les caméras, une troisième pour la sonnette et une quatrième pour les prises connectées (c’est mon cas). Sans oublier celle du fabricant qui décide un beau matin de revoir complètement son interface, juste pour nous rappeler qui commande à la maison.
L’approche d’Apple pourrait donc apporter une réelle simplification, à condition que les appareils compatibles soient suffisamment nombreux et que les fonctions proposées ne soient pas artificiellement limitées à son propre écosystème.
Car une maison connectée vraiment pratique ne devrait pas nécessiter de choisir chaque appareil en fonction du logo figurant sur sa boîte.
C’est la question qui fâche un peu. Nous avons déjà des smartphones, des tablettes, des montres connectées et des téléviseurs capables d’afficher à peu près tout ce que nous voulons. Faut-il vraiment ajouter un écran supplémentaire dans la cuisine ou le salon pour commander des appareils que nous contrôlons déjà avec notre téléphone ?
La réponse dépend surtout de la manière dont nous utilisons notre maison connectée. Pour une famille équipée de nombreux accessoires compatibles, un panneau central peut avoir du sens. Il permet de consulter rapidement les caméras, de gérer les lumières ou de lancer des scénarios sans que chacun doive installer et apprendre plusieurs applications.
Pour les autres, le HomeView risque de ressembler à un iPad spécialisé vendu au prix d’un appareil supplémentaire. Et si l’assistant vocal ne tient pas ses promesses (si jamais il arrive en Europe, voir encadré ci-dessus), on disposera surtout d’un bel écran pour consulter la météo et rappeler à toute la famille qu’il faut acheter du lait.
Il faudra aussi vérifier les possibilités réelles d’utilisation multimédia. Malgré son positionnement orienté divertissement, le HomeView ne prend pas en charge nativement certaines applications audio et vidéo importantes. Plusieurs services nécessitent de passer par AirPlay depuis un iPhone. Ce n’est pas exactement la définition d’un appareil autonome censé simplifier la vie.
Apple devra donc démontrer que son produit apporte davantage qu’une interface élégante et quelques fonctions que nous possédons déjà ailleurs.
L’initiative d’Apple répond à un véritable problème, voire un besoin pour ceux qui sont forts connectés à la maison. La domotique est devenue plus accessible, mais elle reste souvent inutilement compliquée. Les fabricants savent connecter des appareils. Ils ont parfois davantage de difficultés à les faire fonctionner ensemble de manière cohérente. Exemple personnel : le fabricant de mes caméras sur batterie ne me notifie pas … que les batteries sont quasi à plat.
Un écran central bien conçu, une interface compréhensible et un assistant vocal réellement utile pourraient améliorer l’expérience quotidienne. Ce serait même une excellente nouvelle pour les utilisateurs qui souhaitent profiter de la technologie sans devenir administrateurs système à temps partiel.
Mais Apple devra encore convaincre sur plusieurs points : la disponibilité des produits, la compatibilité avec les équipements existants, les possibilités multimédias et, surtout, la qualité réelle de son nouvel assistant.
Pour l’instant, la marque nous vend une vision séduisante de la maison connectée. Une vision dans laquelle tout fonctionne ensemble, où chacun trouve facilement les bonnes commandes et où la technologie se fait oublier. C’est exactement ce que nous attendons depuis des années.
Le seul problème, c’est qu’une maison vraiment intelligente devrait aussi comprendre que nous n’avons pas envie d’acheter un appareil supplémentaire chaque fois qu’un fabricant découvre une nouvelle manière de nous simplifier la vie.
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