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Trump crée la Super Intelligence Force. Parce qu’une commission normale, ça faisait trop banal

 

 

Donald Trump vient de trouver une nouvelle façon de répondre à l’un des grands défis technologiques de notre époque : créer une structure au nom tellement impressionnant qu’on pourrait presque croire qu’elle va sauver le monde. Son administration vient en effet de mettre sur pied une ronflante “Super Intelligence Force”, chargée de réfléchir à la manière dont les États-Unis doivent gérer le développement de l’IA et surtout conserver leur avance dans ce domaine. Surtout.

Le nom est évidemment à la hauteur de l’ambition. On ne parle plus simplement d’intelligence artificielle, mais de “Super Intelligence”. Trump avait d’ailleurs même proposé un sondage sur les réseaux sociaux pour trouver un chouette nom (Bon, il n’a pas tenu compte des résultats du sondage et a finalement choisi lui-même).

Et puisqu’une technologie devient forcément plus sérieuse lorsqu’on lui ajoute le mot “super”, Washington a donc décidé de créer une force spécialement consacrée à cette nouvelle menace, ou cette nouvelle opportunité, selon le communiqué que l’on est en train de lire.

Rassurez-vous toutefois : personne ne va débarquer demain matin dans votre salon avec un casque et une combinaison moulante pour arrêter Jean-Kevin ChatGPT. Malgré son nom qui ressemble davantage à celui d’une équipe de super-héros qu’à celui d’une structure administrative américaine, la Super Intelligence Force est surtout chargée de coordonner les réflexions du gouvernement sur l’avenir de l’IA.

Une superforce qui doit surtout réfléchir

La structure sera notamment dirigée par Jay Clayton, le directeur du renseignement national américain, avec plusieurs responsables issus de l’administration, notamment de la Federal Trade Commission, du Pentagone et de l’Office of Personnel Management.

Son rôle sera de réunir les différentes agences gouvernementales concernées par l’intelligence artificielle et de réfléchir à la manière dont les États-Unis peuvent conserver leur leadership dans ce domaine tout en essayant de limiter les risques associés aux systèmes les plus puissants.

Le programme est plutôt sérieux sur le fond. L’IA touche désormais à la cybersécurité, à la défense, aux infrastructures critiques, à la recherche scientifique, à l’économie et, accessoirement, à la capacité de millions de travailleurs à continuer à expliquer à leur patron pourquoi ils ont besoin d’une journée pour terminer quelque chose que ChatGPT fait en 14 secondes.

Le gouvernement américain veut donc mieux coordonner ses efforts, identifier les risques et déterminer quelle place doit réellement occuper l’État face aux entreprises qui développent ces technologies.

Et c’est probablement là que les choses deviennent intéressantes, parce que Washington veut en même temps accélérer massivement le développement de l’IA et éviter de mettre trop de bâtons dans les roues des entreprises américaines qui sont en train de construire cette nouvelle industrie.

120 jours pour comprendre ce qui se passe

La Super Intelligence Force dispose surtout d’un calendrier qui devrait faire plaisir à tous les amateurs de bureaucratie efficace : elle doit produire ses recommandations dans un délai de 120 jours.

Quatre mois pour examiner les technologies existantes, évaluer les risques, consulter les entreprises, coordonner les agences fédérales et déterminer ce que les États-Unis devraient faire face à l’arrivée éventuelle de systèmes d’intelligence artificielle beaucoup plus puissants.

Sur le papier, ce n’est donc pas complètement idiot. Le problème est plutôt le décalage entre l’urgence affichée autour de l’intelligence artificielle et la manière très administrative dont on décide de s’en occuper.

L’IA avance à une vitesse qui oblige les entreprises à revoir leurs produits tous les trois mois, tandis que Washington crée une force spéciale qui va commencer par organiser des réunions afin de préparer un rapport destiné à expliquer ce qu’il faudrait éventuellement faire.

C’est un peu comme installer un comité de surveillance autour d’un train lancé à 300 km/h et lui demander de rendre ses conclusions avant la prochaine gare.

Et le budget de cette superforce ?

Malgré son nom digne d’un programme militaire classifié, aucun budget spécifique n’a été annoncé pour la Super Intelligence Force. Free style mode.

Elle devra fonctionner avec les ressources déjà disponibles au sein de l’administration et dans le cadre des crédits existants. Autrement dit, Washington vient de créer une “Super Intelligence Force” sans annoncer de super-budget qui permettrait de faire fonctionner cette superforce.

Il faut cependant éviter une confusion assez facile avec une autre initiative de l’administration Trump : la Genesis Mission, qui dispose, elle, d’un financement annoncé de plus de 5 milliards de dollars.

Cette initiative vise à utiliser l’IA et les infrastructures scientifiques américaines pour accélérer la recherche dans des domaines comme la médecine, l’énergie, les matériaux, les infrastructures ou encore l’exploration spatiale.

Les milliards existent donc bel et bien, mais ils ne constituent pas le budget de la nouvelle Super Intelligence Force. Les deux programmes participent à la même volonté de faire des États-Unis un leader mondial de l’IA, mais ils n’ont pas le même objectif.

Ce qui signifie que si vous imaginiez déjà une gigantesque forteresse remplie de superordinateurs, de chercheurs en blouse blanche et de boutons rouges marqués « NE PAS TOUCHER », vous pouvez ranger le casque de chantier.

Trump rebaptise même l’intelligence artificielle

Et puisque rien ne doit être fait à moitié, l’administration Trump (enfin, juste lui-même à mon humble avis) a également décidé de revoir la manière dont elle parle de cette technologie.

Le terme “Artificial Intelligence” doit progressivement laisser la place à “Super Intelligence” dans les communications officielles américaines. L’objectif est notamment de mettre davantage l’accent sur les capacités toujours plus importantes des systèmes développés par les entreprises technologiques.

C’est une approche assez typique de l’administration Trump : lorsqu’un problème est suffisamment compliqué, on peut toujours commencer par lui donner un nom beaucoup plus impressionnant.

L’intelligence artificielle devient donc la superintelligence, le groupe de travail devient une force et le gouvernement américain se lance dans une bataille pour conserver son avance technologique.

Soyons de bonne foi, le sujet est pourtant loin d’être ridicule. Les États-Unis sont effectivement confrontés à des choix majeurs concernant la réglementation, la sécurité, la défense, les emplois, l’énergie nécessaire aux gigantesques centres de données et la concentration du pouvoir entre les mains de quelques entreprises technologiques.

Le vrai défi sera donc de voir si cette nouvelle structure permettra réellement de prendre des décisions ou si elle deviendra simplement une nouvelle couche administrative destinée à produire de très beaux rapports expliquant qu’il faudrait continuer à réfléchir.

Pour l’instant, Trump a donc réussi une première performance : donner à une commission gouvernementale un nom qui ferait probablement trembler le pire méchante d’un Marvel.

Reste maintenant à voir si cette “Super Intelligence Force” sera suffisamment intelligente pour faire autre chose que nous expliquer, dans 120 jours, que ce machin mérite qu’on organise une autre réunion.

Sources

 

Bertrand

Explorateur d'Internet depuis 1995 et toujours à la recherche de la prochaine terre promise connectée. Mangeur de chocolat, fan de cuisine, de rando et de Kindle.

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